‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 7 sur 231 · PREFACE. XXJ · texte numérisé non relu

PREFACE. XXJ

lement agissaient par ses ordres, mais encore, travaillaient sous ses yeux. En ce cas , nous serions obligés de convenir qu'un peu de vanité dans ce ministre ' a empêché que ces mémoires n'^rient paru sous son nom. Il aura senti qu'il ne pouvait se dispenser de se faire honneur à lu^même de ce qu'il y a eu dOplus brillant dans le règne de Henri IV , et ne voulant ni se louer , ni perdre le fruit de ce qu'il avait fait de louable , il aura pris le parti de faire dire par d'autres ce que la modestie l'aurait obligé de supprimer.

On lui a reproché un autre défaut^ qui tient , dit-on, à celui-ci, mais qui , bien examiné , pourrait bien n'être rien moins qu'un défaut; c'est la manière libre dont il parle et dont il agit avec son souverain. Ecoutons encore là-dessus notre ancien dissertateur. « Cette humeur, dit-il , mêmemenf si ferme « et hautaine , qui oblige souvent son prince « à le prévenir pour s'ouvrir à lui et se dé- « clarer : peut-être se fût-il rendu plus re- « commandable , et d'autant plus parfait que « moins difficile. Mais quoi ! si l'original était a de la sorte , et le naturel le voulait ainsi ,

' Tome 3, pages 83 et 294.

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a le devait-il flatter , le devait-il déguiser a dans la peinture ? Mais quoi ! si ça été cette « même gravité ou circonspection universelle « que ses ennemis ont reprochée à sa mé- « moire, qui a donné tout ce grand prix à <c son ministère et autorité , la duit-on re- « gretter en lui comme lyie tache , et la conce damner en lui comme un manque? » 'En efl'et pourquoi un ministre dont la droiture est connue , et qui ne peut être soupçonné d aucun mauvais principe, n'aurait-il pas, soit en parlant , soit en traitant avec son maître , le privilège de pouvoir suivre les impressions austères de la vérité? La condition des particuliers serait donc en ce point plus heureuse que celle des souverains? Mais la preuve qu'à cet égard le duc de Sully ne mérite aucun reproche , c'est que ce maître ne lui en fait point ; qu'il le souffre , c'est trop peu dire , qu'il l'aime, qu'il le loue de cette liberté. Qu'on dise donc tout ce qu'on voudra , par exemple , de cette fameuse promesse de mariage déchirée par le duc de Sully entre les mains de Henri IV. Je ne vois dans ce trait rien que d'admirable, et l'on ne doit pas craindre qu'il tire à conséquence.

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La nécessité de prévenir le lecteur pour moi-même a donné lieu à ces deux remarques. Je n'ai point regardé comme iùconvenant dans Sully de rapporter tout ce qui lui est arrivé en ce genre avec Henri IV ; et quant aux louanges personnelles, en retranchant ce qui de la bouche de ses secrétaires ne pouvait passer dans la sienne, j'y laisse tout ce qu'il dit, ou qu'il souffre qu'on lui dise d'avantageux pour lui et pour la maison de Béthune. J'y laisse même ce qu'il avance par le même principe de vanité , tantôt sur les maisons les plus célèbres, telles entre autres que la maison d'Autriche ; tantôt sur des particuliers auxquels il n'a pas toujours rendu justice , comme les ducs de Nevers et d'Epernon, Villeroi, Jeannin, le cardinal d'Ossat et autres , parmi les catholiques ; et dans le parti protestant , les ducs de Rohan , de Bouillon et de la Trimouille , Duplessis-Mornay, etc.

Si je m'arrête sur cet article , c'est uniquement afin qu'on voie combien je déteste toute sorte de prévention : cçr du reste je sais bien que là-dessus je ne serai point pris à partie. Le fond du texte original même , que je n'ai

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pas prétendu anéantir par mon travail , subsistera toujours dans son entier ; on en tirerait, si j'avais ose laitérer , de quoi m'accuser à la fois d'infidélité et de flatterie.

Dans la vue de rendre cet ouvrage plus clair et plus complet, j'ai eu pour toutes les choses de simple agrément la même complaisance que pour celles de nécessité. Je n'ai pu me résoudre à passer un fait obscur ou ébauché, sans l'éclaircir et l'achever : ici c'est un trait qui en amène un autre simplement amusant ; là une personne de marque , annoncée par son nom seul, m'a paru demander qu'on y joignît le nom de baptême, le surnom, les dignités, les emplois, quelquefois même l'année de la naissance et celle de la mort. Ces notes regardent encore des erreurs de calcul , de fausses dates, des évaluations de monnaies, etc. J'ai tâché pour cela de ne rien emprunter que de nos meilleurs écrivains , et de puiser tout d'un coup à la source : ainsi les Mémoires de la Ligue^ de l'Etoile et de Nevers , les Chronologies novennaire et septénaire de Cayet , et le Mercure français y 4^ Thou, Péréfixe, Matthieu , f^avila , Le Grain , d'Aubigné, les manuscrits de la bibliothèque du roi , les lettres

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du cardinal d'Ossat , etc. ' , sont mes garans pour les faits , et pour tout le reste, les livres qui pouvaient me fournir les secours dont j'ai eu besoin. Je me contente ordinairement de rapporter leurs paroles sur le sujet dont il s'agit , sans entrer dans aucune discussion, excepté lorsque la diversité des opinions semble l'exiger. Cette précaution était d'autant plus nécessaire, que les premières années de l'Histoire de HeQri IV offrent une quantité prodigieuse de faits de toute espèce que les Mémoires de Sully ne font souvent qu'indiquer ou toucher très-légèrement.

A l'égard des maximes et des réflexions , le seul usage raisonnable qu'on pouvait en faire , c'était de les disperser, en les appliquant où elles conviennent. J'ai cru devoir observer à un autre égard la méthode contraire. J'ai ramassé tout ce qui est dit du grand et fameux dessein de Henri IV, en différens endroits oii il me paraissait couper la narration d'une manière désagréable, et ne trouvant de place nulle part pour un détail si étendu, j'en ai

• Je me suis servi, pour ces lettres, de rancienne édition in-fol, ainsi que de l'ancienne édition des Mémoires de rÉtoUe,

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forme un livre à part. On pourra d'abord me soupçonner sur ces derniers points d'avoir beaucoup ajoute à mon original. Je prie les lecteurs de suspendre leur jugement jusqu'4 ce qu'ils l'aient lu d'un bout à l'autre. Je sens bien moi-même que la nécessite de faire une nouvelle distribution des matières a jeté suv ce travail un air d'indépendance , qui peut le tirer de la classe des traductioîiâ ordinaires, mais non pas le ranger parmi ^^s ouvrages d'invention. On s'apercevra en beaucoup d'autres endroits que , si j'avais cru pouvoir prendre une autorité absolue sur mon originale, je l'aurais souvent présenté sous un autre aspect. Au reste , il n'était pas possible d'indiquer tous ces renvois , et le lecteur n'en aurait été que fatigué.

Ij'expédient que j'ai imaginé pour faire usage des lettres qui sont répandues dans les mémoires de Sully , a été de les tourner en récit et de les joindre au fait quelles concernent : par là , je leur ai donné une utilité qu'elles n'avaient point , et je me suis ménagé une ressource pour le tissu historique. Lorsque j'y trouve cette réticence si ordinaire à ceux qui écrivent sur des choses

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dont ils se sont auparavant entretenus de bouche, j y supplée ordinairement par une note , quand la chose est possible ou qu elle le mérite : car de ce nombre presque infini de lettres , soit de Henri IV , soit du duc de Sully , la plus grande partie ne renferme que des détails ,peu intéressans. Je mets toutes celles de cette espèce au nombre des inutiles, et je les retranche en entier ou en partie : ce que je pratique aussi à l'égard des récits trop alongés, dès remarques triviales, des mémoires trop étendus , des réglemens sur les finances trop particularisés. Mais , lorsque je tombe sur des lettres, des conversations et autres morceaux de la première main , je les copie fidèlement, sans prendre d'autre liberté, sinon que , rencontrant un terme dont le son pourrait choquer l'oreille , je lui en substitue un autre. Je cherche à satisfaire par là ceux qui pourraient se plaindre qu'en leur présentant des mémoires anciens, les personnages y parlent toujours comme s'ils étaient de notre siècle; et je juge du plaisir que doit leur faire la naïveté de l'ancien langage^ lorsqu'il est bon , par celui qu'il m'a fait à moimême. J'ai suivi l'ordre établi de diviser un

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tout-à-fait les en croire sur lé lieu de Fimpression des mémoires de Sully; ils n'ont cherche à cet égard qu'à faire prendre le change au public, par l'intérêt qu'ils avaient que cet ouvrage ne parut pas imprimé dans le royaume. Guy-Patin , le père Le Long , l'abbé Lenglet, et beaucoup d'autres sont persuadés que les deux premiers tomes forent imprimés au château de Sully même , et pour les deux derniers , c'est aussi un fait connu ^ qu'ils n'ont paru que lorsqu'ils forent imprimés à Paris , en 1 662L , par les soins de l'abbé Le Laboureur.

Il est parlé, dang les Mémoires de Ma^ demoiselle y de certaines lettres et autres originaux en fort grand nombre , que le coriite de Béthune gardait précieusement, et qu'il montrait comme une rareté aux curieux qui allaient le voir. On pourrait croire que c'était du moins en partie les minutes des écrits du duc de Sully ; mais de ce qu'il ne s'est trouvé aucune de ces pièces dans le recueil immense de manuscrits dont le comte de Béthune fit présent au feu roi , en 1 664 ^ il faut conclure que toutes ces minutes périrent , ayant été regardées comme inutiles, après la compo-

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sition des mémoires de Sully. Cependant je tiens aux compilateurs si peu de compte de leur travail , que je souhaiterais de bon cœur n'avoir eu , comme eux , que ces seuls originaux. Ce qu'ils y ont mis du leur n'y ajoute rien d'essentiel , et ne sert qu'à cacher le véritable ouvrage de Sully , qui , en beaucoup d'endroits , ne saurait plus être distingue , ni séparé du leur , parce qu'ils n'ont pas voulu se borner à ranger ceâ pièces originales suivant l'ordre des temps, qui est tout ce qu'ils pouvaient faire de mieux.

Je ije sais même s'il n'y aurait pas lieu de les soupçonner d'avoir supprimé des morceaux assez importans. Du moins peut on

sans témérité les accuser de nous avoir fait

perdre le Traité de la guerre , le Maréchal

de camp, les Instructions de milice et de

police, et quelques autres ouvrages du duc

de Sully, qui ont certainement existé. On

les cherche inutilement dans le cabinet de

M. le duc de Sully d'aujourd'hui ' , malgré les soins que ce seigneur, connu par son goût pour les belles-lettres , et en particulier pour

' Loiiis-Picrre-Maximilien de Béthune.

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