‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 8 sur 231 · XX PRÉFACE · texte numérisé non relu

XX PRÉFACE

les antiquités , a pris d*y rassembler tout ce qu'il a pu recouvrer de monumens si glorieux à son illustre maison. Ce ne sont^ pour la plupart ^ que des états, mémoires , etc. , qui ont rapport aux difîérentes charges de Maximi* Hen , duc de Sully , et dont la substance se retrouve d'ailleurs dans nos mémoires. Les seules pièces manuscrites de ce cabinet qui pourraient intéresser la curiosité , sont loriginal du premier volume des Mémoires de Sully , sur lequel sans doute a été fait l'imprimé; et la suite d'une espèce de roman héroïque en 4 vol. in-fol. dont les deux premiers ont été perdus. Ces aventures , ou plutôt histoires allégoriques de ce temps-là, sont intitulées, Gelastide, ou les illustres Princesses et belliqueuses Pucelles du puissant empire de la grande Sclaramane de Dolosophomorie , les Sclarazonnes diamantées , Percy de Bubicelle et Pyrope : titres aussi singuliers que celui des mémoires de Sully , et qui marquent assez que ce sont les mêmes mains qui les ont rédigés.

Peut-être aussi que la perte de ces originaux ne doit être imputée qu'au duc de Sully lui-même, puisque ses secrétaires non-seu-

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lement agissaient par ses ordres, mais encore travaillaient sous ses yeux. En ce cas , nous serions obliges de convenir qu'un peu de vanité dans ce ministre ' a empêché que ces mémoires ri'a^ient paru sous son nom. Il aura senti qu'il ne pouvait se dispenser de se faire honneur à lu^même de ce qu'il y a eu de -'plus brillant dans le règne de Henri IV , et ne voulant ni se louer , ni perdre le fruit de ce qu'il avait fait de louable , il aura pris le parti de faire dire par d'autres ce que la modestie l'aurait obligé de supprimer.

On lui a reproché un autre défaut, qui tient , dit-on , à celui-ci, mais qui , bien examiné , pourrait bien n'être rien moins qu'un défaut; c'est la manière libre dont il parle et dont il agit avec son souverain. Ecoutons encore là-dessus notre ancien dissertateur. « Cette humeur, dit-il , mêmement si ferme « et hautaine , qui oblige souvent son prince « à le prévenir pour s'ouvrir à lui et se dé- (c clarer : peut-être se fût-il rendu plus re- « commandable , et d'autant plus parfait que <c moins difficile. Mais quoi ! si l'original était a de la sorte , et le naturel le voulait ainsi ,

' Tome 3, pages 83 et 294.

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« le devait-il flatter , le devait-il déguiser « dans la peinture ? Mais quoi ! si ça été cette c même gravité ou circonspection universelle « que ses ennemis ont reprochée à sa mé- « moire, qui a donné tout ce grand prix à « son ministère et autorité , la doit-on re- « gretter en lui comme lyie tache , et la conce damner en lui comme un manque?» ^En eOet pourquoi un ministre dont la droiture est connue , et qui ne peut être soupçonné d aucun mauvais principe, n aurait-il pas, soit en parlant , soit en traitant avec son maître , le privilège de pouvoir suivre les impressions austères de la vérité? La condition des particuliers serait donc en ce point plus heureuse que celle des souverains? Mais la preuve qu*à cet égard le duc de Sully ne mérite aucun reproche , c'est que ce maître ne lui en fait point ; qu'il le souffre , c'est trop peu dire , qu'il laime, qu'il le loue de cette liberté* Qu'on dise donc tout ce qu'on voudra , par exemple , de cette fameuse promesse de mariage déchirée par le duc de Sully entre les mains de Henri IV. Je ne vois dans ce trait rien que d'admirable, et l'on ne doit pas craindre qu'il tire à conséquence.

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La nécessité de prévenir le lecteur pour moi-même a donné lieu à ces deux remarques. Je n'ai point regardé comme iticonvenant dans Sully de rapporter tout ce qui lui est arrivé en ce genre avec Henri IV ; et quant aux louanges personnelles, en retranchant ce qui de la bouche de ses secrétaires ne pouvait passer dans la sienne , j'y laisse tout ce qu'il dit, ou qu'il souffre qu'on lui dise d'avantageux pour lui et pour la maison de Béthune. J'y laisse même ce qu'il avance par le même principe de vanité , tantôt sur les maisons les plus célèbres , telles entre autres que la maison d'Autriche ; tantôt sur des particuliers auxquels il n'a pas toujours renda justice , Comme les ducs de Nevers et d'Eper* non, Villeroi, Jeannin, le cardinal d'Ossat et autres, parmi les catholiques; et dans le parti protestant , les ducs de Rohan , de Bouillon et de la Trimouille , Duplessis-Mornay, etc.

Si je m'arrête sur cet article , c'est uniquement afin qu'on voie combien je déteste toute sorte de prévention : cçr du reste je sais bien que là-dessus je ne serai point pris à partie. Le fond du texte original même , que je n'ai

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