‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 4)Chapitre 98 sur 231 · LIVRE SECOND. aOQ · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. aOQ

tout ce qui se présenta à leur rencontre, et passèrent sur le ventre aux vainqueurs. Leurs armes y furent martelées de coups ; en un moment tout changea, et la mort du général " catholique acheva de donner aux protestans une victoire complète. Sitôt que je vis l'ennemi prendre la fuite, j'abandonnai le canon comme inutile , je me fis donner mon cheval, queBois-Breuil tenait derrière l'artillerie, et je courus apprendre des nouvelles de mes frères. J'eus la consolation de savoir qu'il n'en était resté aucun des deux dans le combat. Je rencontrai le roi de Navarre occupé à dissiper les fuyards * , et achever sa victoire, qu'il ne tint assurée que quand il ne vit plus rien qui pût lui tenir tête. Le corps de Joyeuse et celui de Saint-Sauveur ^ , son

« paraître. Il enfonça les premiers rangs des ennemis , fit des «, prisonniers de sa main, et en vint jusqu'à colleter un nommé « Cbàteau-Renard, cornette d'une compagnie de gens d'armes , « lui disant : « Rends- toi, Philistin. » Péréf, ibid. -

' Tué dç sang- froid par La Mothe, Saint-Heray; d'autres disent par deux capitaines d'infanterie , nommés Bordeaux et Descentiers.

' « Quelqu'un, ayant vu les fuyards qui faisaient halte, lui « vint dire que l'armée du maréchal de Matignon paraissait. « Il reçut cette nouvelle comme un nouveau sujet de gloire , « et se tournant bravement vers ses gens : a Allons, dit-ii , mes « amis, ce sera ce qu'on n'a jamais vu, deux batailles en un « jour. » Péréf, ibid.

' Claude de Joyeuse, le plus jeune de sept fils de Guillaume, duc de Joyeuse.

aïO MEMOIRJBS DE SULLY.

frère, furent retirés du milieu d'un tas de cadavres, et portés dans une salle du château de Coutras, où ils demeurèrent sur une table , couverts seulement d'un méchant linceul qu'on jeta sur eux '.

' Voici une anecdote dont je ne garantis pas la vérité , mais qu'on ne sera pourtant pas fâché de voir. Je la trouve dans les mémoires d'Amelot de La Houssaye, t. a, p. 44^) qui la rapporte comme tirée de l'histoire des seigneurs d'Enghien, par Colins, où cet auteur parle ainsi : n Le roi de Navarre remporta « la victoire, au grand contentement du roi de France, lequel « avait secrète correspondance avec le victorieux par l'entre- « mise fidèle du marquis de Rosny, de la maison de Béthune, « présentement duc de Sully, qui demeurait inconnu à Paris. » Cet auteur paraît avoir eu connaissance des négociations secrêtes du duc de Sully avec Henri III, qu'on a rapportées plus haut : mais en quoi il se trompe , c'est que ces négociations n'avaient point eu leur effet ; que le duc de Joyeuse n'avait rien perdu de sa faveur auprès de ce prince , du moins si nous en croyons Sully , qui devait être mieux au fait qu'un autre; enfin que Sully n'était plus à Paris, puisqu'il se trouva à la bataille ; et que même le dernier voyage qu'il y avait fait quelque temps auparavant n'avait pour objet que de voir et de secourir son épouse.

Page 1