LIVRE SECOND. 2O
ordre de placer son artillerie en un endroit si bas, qu'il vit dans la suite qu'elle lui serait utile , et la fit changer de place : ce qui nous donna un espace de temps dont nous sûmes profiter pour asseoir la nôtre. Il faut dire même que , quelque chose que fît ce général, il ne tira presque aucun service de son artillerie, et ce fut sans doute une des principales causes de la perte de la bataille : ce qui montre que rien n'est plus nécessaire à un général d'armée que la justesse de ce premier coup d'œil qui abrège les voies, et prévient la confusion. Je n'ai point connu de généraux qui l'eussent aussi bon que le roi de Navarre '.
Le combat^ était déjà engagé, lorsque notre artillerie, qui ne consistait pourtant qu'en trois '"
* Le Grain lui fait tenir cette harangue militaire à ses soldats : « Mes arais , voici une curée qui se présente , bien autre « que les butins passés. C'est un nouveau marié qui a encore « l'argent de son mariage en ses coffres ; toute l'élite des cour- « tisans est avec lui. » Décade de Henri le Grand , liv- 4*
■ Il commença le 20 octobre à neuf heures du matin; il était fini à dix. La victoire fut complète, il demeura sur la place cinq mille morts des ennemis, et cinq cents prisonniers. Il n'y eut qu'un fort petit nombre de soldats tués dans l'armée du roi de Navarre; et pas un prisonnier de distinction. [De Thou, liv. 87; Mém, de Duplessis , liv. i; (TAuhlgné, tome 3, liv. i; Matth. t. I, liv. 8, page 533.) Le P. Daniel, dans son histoire de France, t. 9 , in-4*', fait une description tout-à-fait juste de • la bataille de Coutras. J'aurais bien souhaité pouvoir en transcrire ici l'article entier.
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pièces de canon , se trouva établie, et il était temps ' de s'ai servir. Le quartier de M. de Turenne, dont les troupes firent fort mal^ et celui de La Trimoume avaient été forcés dans le premier choc : ce qui avait commencé à porter le désordre dans le reste p de Tarmée. Les catholiques criaient victoire , et il s'en fallait peu qu'ils ne fussent victorieux en effet; mais en ce même moment notre artillerie commença à faire un feu* si terrible, que chaque coup enlevait douze, quinze, et quelquefois jusqu'à vingt-cinq hommes. Elle arrêta d'abord l'impétuosité des ennemis, et les incommoda si fort, que, pour se mettre à couvert, ils s'écartèrent, et njoffrirent qu'un corps mal joint et mal soutenu aux efforts du roi de Navarre, du prince de Condé et du comte de Soissons , qui étaient accourus à la tête de trois escadrons. Ces trois princes^ y firent des prodiges de valeur. Ils renversèrent
* « Le premier coup d'artillerie, dit Le Grain, emporta sept « capitaines du régiment de Picardie , le meilleur .et le plus « aguerri de Farmce du duc. » Liv. 4-
' « Je ne vous dirai rien autre chose, leur dit le roi de Na- « varre, sinon que vous êtes de la maison de Bourbon; et,
.« vive Dieu ! je vous montrerai que je suis votre aîné Sa
« valeur brilla ce jour-là par-dessus celle de tous les autres. « Il avait mis sur son casque un bouquet de plumes blanches « pour se faire remarquer.... Quelques-uns se mettant devant « lui, à dessein de défendre et couvrir sa personne, il leur « cria : A quartier, je vous prie; ne m'offusquez pas, je veux