LIVRE VINGT-SÏXIÈME. sSq
galerie. Sur quoi l'idée nous vint encore, à sa majesté et à moi, de destiner une grande salle basse , avec son premier étage , à faire un magasin de modèles et d'originaux de tout ce qu'il y a de plus curieux en machines concernant la guerre , les arts, les métiers, et toutes sortes d'exercices nobles , libéraux et mécaniques , afin que tous ceux qui aspirent à la perfection puissent venir sans peine s'instruire à cette école muette ; l'appartement bas aurait servi à mettre les pièces les plus lourdes , et le haut les plus légères ; un inventaire exact des unes et des autres eût été une des pièces du cabinet dont je parle \
Des listes de tous les bénéfices du royaume , avec leurs dénomination et qualification justes ; des états de tout l'ordre ecclésiastique, séculier et régulier , depuis le plus grand prélat jusqu'au moindre du clergé , avec distinction des naturels et des étrangers , et dans l'ime comme dans l'autre religion, n'auraient pas été les pièces les moins curieuses, parmi celles qui appartenaient
* La mort de Henri IV empêcha Texécution totale de ces desseins^ auxquels on ne peut refuser ses louanges. On voit même fort aisrâaent que, tout imparfait qu'est demeuré ce cabinet d'état , il est pourtant le berceau où ont pris naissance plusieurs beaux et utiles établissemens qui ont fait honneur aiuL ministres suivans. On aura dans tout ce livre bien des sujets de faire cette réflexion.
au gouvernement ecclésiastique. Ce travail était le modèle d'un autre dans la police , par lequel le roi eût pu voir, à un près, le nombre des gentilshommes de tout le royaume , divisés par classes, et spécifiés par la différence des titres, terres , etc. Idée d'autant plus agréable au roi , qu'il formait depuis long-temps le plan d'un nouvel ordre de chevalerie , avec celui d'une académie , d'un collège et d'un hôpital royal, destinés à la seule noblesse, sans que cette institution, si utile et si glorieuse , eût été à charge au peuple , ni aux finances \ Il avait été proposé eu même
* Cette idée du duc de Sully pourrait encore être étendue. On se plaint depuis long-temps, avec raison , que l'éducation publique qu'on donne à la jeunesse dans les collèges de France et de toute l'Europe se sent encore de la rudesse des temps les plus barbares, et qu'il semble , à la manière dont on élève tous les enfans indifféremment, que nous ne connaissons d'autre méthode que celle qui conduit à faire des prêtres et des théologiens. Le latin et le grec 5 une rhétorique qui n'est propre qu'à dépraver le goût et à rendre l'esprit faux ; un cours de philosophie, où, dans le long espace de deux années , Ton n'apprend presque que des choses si sèche^ et si rebutantes , si frivoles et si inutiles, qu'il faudrait mettre autant de temps à les oublier, si la forme et la langue dans lesquelles on les montre ne produisaient pas d'elles-mêmes cet effet; ensuite un cours de droit encore plus long, où, avec les mêmes inconvéniens, la jurisprudence française est ce qu'on enseigne le moins : voilà à quoi se réduit cette méthode , dont le malheureux fruit est que , dans un temps où la quantité de bons livres sur toutes sortes de matières devrait inspirer le goût de