LIVRE VINGT-SIXIÈME. a
à personne , et sa rêverie parut en ce que , de temps en temps , il frappait de son couteau sur son assiette.
Mon secrétaire crut qu'il allait être expédié , lorsqu'il vit ce prince remonter, au sortir de la table , dans le même cabinet , et qu'il s'entendit appeler au hoat id'vûxe demi-heure ; ixiais quelques princes et seigneurs étant arrivés dans ce moment , comme il vit que sa maje^é s'était mise à s'entretenir avec eux , il se retira dans un coin avec La Varenne et Béringhen. L'endroit où ils étaient était assez obscur pour qu^ii ne fût pas facile de les apercevoir ^ surtout avec un peu de soin de se cacher; ce qu'ils firent sans rien affecter, lorsque, qudques instans après, ils virent Henri s'avancer avec quelques-uns de la compagnie , qu'il avait séparés des autres ^ assez près d'eux pour qu'ils pussent ai tendre ce qu'il disait, quoiqu'il parlât aitre haut et bas ; ils redoublèrent d'attention lorsqu'ils l'entendirent parler ainsi : ce Je suis las de m'étre tant promené ce « matin , car j'ai été plus de deux heures avec trois « hommes, sur de grandes matières , où je les ai « trouvés aussi contraires dans leurs opinions « qu'ils le sont dans leur tempérainent et leur « inclination. Un autre que mdi serait peine à « s'en bien servir; mais je connais leurs fantaisies, « tellement cpae je tire méme^rofi^ de leurs oon-
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« testations et contrariétés ; elles servent à rendre «( les affaires si claires et si bien approfondies, « qu'il m'est facile de choisir la meilleure résoluce tion : vous allez les connaître assez sans que je « les nomme. »
Sa majesté continua à faire le portrait de ces trois ministres, comme on le va voir. J'aurai assez de sincérité pour ne rien changer à ses paroles , même dans ce qui me regarde ; et c'est par moi qu'elle commença. « Quelques-uns se plai- « gnent, dit Henri, et quelquefois moi-même, ce qu'il est d'une humeur rude, impatiente et cqp- « tredisante. On l'accuse d'avoir l'esprit entreprea nant , de présumer tout de ses opinions et de «( ses actions , et de rabaisser celles d'autrui , de <c vouloir élever sa fortune , et avoir des biens et a des honneurs. Or, quoique je lui connaisse <c bien une partie de ces défauts, et que je sois tf contraint de lui tenir quelquefois la main haute, « quand je suis de mauvaise humeur, qu'il se a fâche ou se laisse emporter par ses idées , je ne « laisse pas pour cela de l'aimer , de lui en passer « beaucoup , de l'estimer et de m'en bien et uti- « lement servir , parce que je reconnais que vé- « ritablement il aime ma personne , qu'il a intérêt a que je vive , et qu'il désire avec passion la « gloire , l'honneur et la grandeur de moi et de « mon royaume. Je sais aussi qu'il n'a rien de