‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 109 sur 195 · LIVRE VINGT-SIXIÈME. a6 l · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-SIXIÈME. a6 l

de recevoir de La Force, sur une nouvelle tracasserie des Espagnols en Béam, et. dans la basse Navarre , à laquelle il avait fallu répondre sur-lechamp , avait interrompu mon travail. J'écrivais* « aussi , lui dis-je, touchant mon neveu et ma nièce a Biron , qu'on veut démarier , ce qui serait une; « belle besogne , car elle croit être grosse , et l'est « en effet. Voilà , reprit sa majesté , une des fâ- « cheuses et sottes affaires que j'aie guère vues , et « je serai bien trompé si jamais vous mettes^ tous c ces esprits à la raison. Achevez vos dépêches , ff ajouta ce prince , après m'avoir dit tout bas « quelque chose qu'il avait à me communiquer; « achevez aussi nos mémoires le plus promptece ment que vous pourrez , et n'allez point plutôt <c au conseil d'aujourd'hui. Cela ne se peut , Sire » « repartis-je , car il y a des affaires qui pressent , a et qui furent remises hier à cause que je n'y « étais pas. Faites donc du mieux que vous pourrez ^ « dit-il , et adieu ; je m'en vais aux Tuileries. »

Je ne laissai pas de travailler au mémoire avec tant d'application , qu'il' était prêt le lendemain matin, que je fus encore mandé aux Tuileries par sa majesté. Je donnai ces papiers à porter à mon secrétaire , enfermés dans une feuille de papier cacbetée. Sillery et Villeroi étaient avec ce prince, et nous continuâmes à nous promener, tous quatre, près de deux heures, discourant sur

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le projet de ces mémoires avec tant de chaleur et d'action , que tout le monde s'aperçut aisément que nous ne nous accordions pas. Je me retirais , 'satos avoir parlé au roi de mon paquet , lorsqu'il me rs^pela de cent pas, pour me le demander. Je le lui fis voir entre les mains de mon secrétaire, auquel j'ordonnai ensuite de le présenter à sa majesté, lorsqu'dle voudrait le lire, mais d'avoir soin de le retirer d'elle , et cacheté comme il l'était. Ce qui venait de se passer m'obligeait à user de cette précaution , dont mon secrétaire s*excusa auprès de Henri par le commandement positif que je lui en avais Êiit. Il suivit le roi qui s'en allait à la messe aux Capucins , et il profita de ce temps pour aller déjeûner ; il lui aurait été difficile d'en trouver de long-temps la commodité. Le roi, sortant de la messe, lui dit : « Suivez- « moi au Louvre , et n'en partez point que je ne a vous le dise. » Il lui demanda le paquet lorsqu'il fut arrivé dans son cabinet d'en bas , et mon secrétaire lui ayant dit en ce moment l'ordre qu'il avait reçu de moi , sa majesté se contenta de lui répondre : « Hé bien ! je le ferai ; mais encore « une foi^ ne partez donc point d'auprès de « moi. » Elle monta dans le cabinet des livres pour y mettre le paquet pendant qu'elle allait dîner. La cour n'était pas grosse , parce qu'il était plus tard que de coutume. Le rôi neparîa presque

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