LIVRE VINGT-SEPTIÈME
Ce qui me reste à dire de cette année regarde les affaires étrangères, que je commencerai par celles des Provinces-Unies* Le roi leur fit encore délivrer, au mois d'avril, une somme de trois cent mille livres : Préaux alla porter aux États l'agréable nouvelle de cette gratification, et m'apporta l'ordre de sa majesté de faire transporter cette somme à Dieppe , où elle devait être chargée sur un vaisseau de la république. Henri crut devoir cette dernière récompense aux égards qu'eut le conseil des Provinces - Unies de lui donner la principale part dans son accommodement avec l'Espagne; car c'est en cette année que fut enfin conclue cette trêve ' attendue pendant fort longtemps, et si également souhaitée de tout le monde, que ceux qui du commencement s'y étaient montrès les plus contraires, et le prince d'Orange luimême , y donnèrent à la fin les mains.
* Il est bon de consulter, tant sur les négociations de cette fameuse trêve que sur toutes les affaires de Flandre, dont il a été fait mention dans ces mémoires, les volumes. des manus* crits royaux, cotés QOoS, 9759, 9991; le Mercure Jrancais, Matthieu, Yittorio Siri, et les historiens particuliers de cette république.
3lO MEMOIRES DE SULLT.
Je ne rapporterai point le traité qui en fut dressé à la Haye, lieu ordinaire des conférences , mais seulement celui de l'intervention des rois de France et d'Anglcîterre , comme garans de l'exécution. La date de cette pièce, passée , comme la précédente , à la Haye, est du 17 juin 1609, en présence de messire Pierre Jeannin, chevalier, baron de Changy et Montreu, conseiller de sa majesté très-chrétienne en son conseil d'état , et son ambassadeur extraordinaire auprès des États , et messire Elie de La Place, chevalier, seigneur de Russi, vicomte de Machaut, aussi membre du conseil d'état du roi, gentilhomme ordinaire de sa chambre, et son ambassadeur ordinaire; tous les deux au nom et comme ayant charge de très-haut, très-puissant et très-excellent prince Henri quatrième, etc. Les noms des deux ministres de sa majesté britannique y sont ensuite avec les mêmes qualifications d'ambassadeurs extraordinaire et ordinaire ; et après ceux-ci, ceux des conseillers et ministres des différentes provinces des Pays-Bas, avec obligation réciproque de faire ratifier le contenu au présent traité, dans deux mois, par les parties respectives.
L'intervention *et la garantie y soqt exprimées de la manière suivante ; que les deux rois , n'ayant py , quelques soins qu'ils se fussent donnés , parvenir à établir une paix véritable et solide entre
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les deux puissances en guerre, s'étaient réduits à leur proposer une trêve à longues années , sur laquelle il s'était encore rencontré des difficultés, qui vraisemblablement en auraient rompu le projet, si leurs majestés, pour le bien des parties et pour l'entière assurance des États, n'avaient consenti à en être les cautions et les garans; qu'ils promettaient donc et engageaient le. secours de toutes leurs forces aux Provinces^^Unies , nonseidement dans le cas de l'infraction de la trêve de la part de l'Espagne , mais encore dans celui de leur commerce aux Indes, arrêté, ou seulement incommodé da la part de sa majesté catholique , des archiducs, de leurs officiers ou sujets, quels qu^ils pussent être; ce qui s'étendait tant sur ceux que les États jugeaient à propos d'associer à ce comnaerce que sur le pays où ils; le faisaient; pourvu cependant que la république ne prétendît pas prononcer elle-même sur la réalité des torts qui pourraient lui être fsiits à cet égard, mais qu'elle s'en rapportât à la décision des deux majestés, dans un conseil commun, où elle aurait voix : permis à elle , dans le cas de trop de longueur au jugement, de pourvoir par provision à la sûreté de ses sujets; qu'en conséquence les parties contractantes renouvelaient et confirmaient les traités particuliers faits l'année précédente, le 23 janvier, entre la France et les Provinces-
3ia HIÉMOIRES DE SULLY.
Unies, et le 26 juin, entre l'Angleterre et les mêmes provinces, en appliquant à la trêve les méme^ conventions, promesses et obligations que portaient ces traités pour le temps de la paix, qu'on croyait alors sur le point d'être conclue; qu'en reconnaissance de cette garantie des deux rois médiateurs, et des secours que les Étatsgénéraux avaient reçus d'eux, ils, s'engageaient à ne faire aucun traité ni convention avec les .archiducs pendant les douze années de la trêve , que de l'avis et du consentement de leurs majestés , lesquelles promettaient de leur côté , de n'entrer dans aucune alliance préjudiciable à la liberté et à la conservation de leurs amis et alliés ; c'est le nom que les princes y donnent aux États.
Les archiducs, pour ne pas déplaire au roi d'Espagne , n'avaient pas voulu consentir qu'il fut fait mention dans le traité de trêve d'assurer aux Hollandais le commerce des Indes, quelques instances que ceux-ci en eussent faites; ils s'étaient seulement obligés de gré à gré , de la part de sa majesté catholique , de le leur laisser exercer. Voilà pourquoi la république, qui cherchait à s'assurer contre un retour de mauvaise foi du côté des Espagnols , en avait du moins &it un des articles positifs de celui d'intervention des rois de France et d'Angleterre. Henri ne fut pas