LIVRE VINGT-SEPTIÈME, Sig
d'Allemagne. Je rendis pareillement au duo de Savoie quelques services qui m'attirèrent tme lettre ^e ce prince , et un remercîment de Jacop, son ambassadeur. Cette déférence, jointe aux visites qu'on me voyait rendre à l'ambassadeur de Savoie , parut , aux ennemis que j'avais à la cour , un fondement suffisant pour faire craindre aU roi que le duc de Savoie ne fît dé moi ce qu'il avait fait du maréchal de Biron. Henri se donna bien de garde de leur dire qu'il savait toutes mes démarches, et qu'il les approuvait. Il leâ remercia au contraire, et m'écrivit tous leurs discours, en me mandant de lui porter les dernières lettres que j'avais reçues de Turin , la première fois que j'irais le trouver.
Il y eut encore cette année une entreprise sur la ville de Genève, et elle fut conduite par ce même du Terrail ' , dont il a été assez souvetit fait mention. Elle lui réussit si mal, qu'il y fut fait
* Louis de Combonrsiér , sieur du lertail , geittilhoitime du Dauphiné , et parent de Lesdiguières. Les Mémoires pour V histoire de France eii parlent comme ceux de Sully. « Le foi, « disent-ils, dont il était sujet naturel, lui avait donné quatre « grâces^ mais il n'éti avait pas plus tôt une, disait sa majeâté, « dans une de ses pochettes, que datis Taufre il tenait Une
« conjuration toute prête La grâce c[ue lé roi lui aurait
« donnée fie lui aurait pas sauvé la vie. Ceux de Genève liii '< firent couper la tète, le 29 avril, et à La Bastide, gentil- « homme bourdelais, pris avec lui. »
3aO MÉMOIRES DE SULLY.
prisonnier ; et , sans autre forme de procès j il eut le cou coupé. C'était un homme de beaucoup de tête et de cœur , mais plein d'ambition et de vices : aussi le roi ne fut-il pas fôché que la promptitude de la justice Feût prévenu. Il fut accablé de sollicitations en faveur de du Terrail, aux premières nouvelles qui vinrent de sa prison ; mais les nouvelles de la mort suivirent de si près celles de la détention, qu'il ne se vit pas long- temps dans l'embarras. « C'est une belle dépêche , me dit a ce prince ; c'était un dangereux homme. Depuis « que je vis qu'il cessait de vous voir et de vous a hanter , comme il avait accoutumé , et que nous a le vîmes , vous et moi , étant sur le balcon de la <c galerie , tuer cet homme ' ^ je n'en eus plus d'es- « pérance. »
Le duc de Florence ayant envoyé , après la mort du duc son père ^ , un ambassadeur extra-
' tt Le mardi 8 août, du Terrail tua, en présence du roi, et « devant les fenêtres de la galerie du Louvre, Mazancy, brave « $oldat gascon, auquel sa majesté venait de parler. Il fut tel- «c lement indigné et saisi de ce coup qu'il vit donner, qu'il en « changea, dit-on, deux fois de chenàse.» Mémoires pour l'histoire de FrancCy année 1606. Du Terrail avait été obligé de sortir du royaume après cet assassinat Quelle justice !
* Ferdinand de Médicis, grand-duc de Toscane, qui avait succédé, en i587, à François-Marie de Médicis^ son frère, était mort Tannée précédente. « Le roi, dit L'Étoile, ou Tau- « teur du supplément de son journal, pour apprendre à la