LIVRE VINGT-SEPTIÈME
ordinaire à Rome , pour prêter l'obéissance au pape , cet ambassadeur , soit par ordre de son maître, soit de son propre mouvement, ou peutêtre par mégarde , visita l'ambassadeur d'Espagne avant lé nôtre. Henri ne l'eut pas plus tôt appris , qu'il songea à en tirer raison; et il commença par révoquer un ordre qu'il venait de donner , sur les représentations du chevalier Guidi , pour le paiement d'une somme de cent mille livres , qui se trouvait encore due au grand-duc. Joannini , agent de ce prince , qui prévit toutes les conséquences de cette affaire, assembla ses amis et ses partisans pour concerter avec eux les moyens de faire en sorte que la réparation que nous étions en droit d'exiger se bornât du moins au duc de Florence , et ne fât pas une espèce d'insulte pour
« reine cette nouvelle d'une manière qui ne Teffrayât point , « supposa un songe, dans lequel il avait vu le grand-duc mort, « et qu'il lui raconta à son lever. La reine en a été d'abord suret prise ; mais ensuite elle a dit au roi que ce n'était qu'un « songe. Mais , Madame , a reparti le roi , je crains que mon A songe ne soit vrai ; nous sommes tous mortels. Il est donc « mort? Oui, ajouta le roi ; voilà la nouvelle que j'en ai reçue... « Cette mort fut cause que les divertissemens ordinaires du fl carnaval furent suspendus, etc. » C'est Ferdinand de Médicis qui fît cette réponse à notre ambassadeur, lequel lui faisait des plaintes de ses liaisons avec l'Espagne : « Si le roi eût eu « quarante galères à Marseille, je n'eusse pas fait ce que j'ai « fait. » Côme II de Médicis, son fils, est celui dont il est question ici.
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TEspagoe même ; et comme je passais pour être celui du conseil qui était le plus capable d'inspi^ rer au roi une résolution ferme et hardie , ils convinrent que Joannini vi^drait mè trouver , et ferait tous ses efforts pour m'amener à des senti*^ mens plus doux.
Il ne me coûtait rien d'accorder à ses instances que je n'agirais ni ne parlerais en cette occasion que pour exécuter simplement les ordres du roi. Je savais que , sur pareille matière , Henri n'avait pas besoin qu'on l'excitât à soutenir ses droits , et Joannini n'en était pas moins persuadé que moi. Je lui dis pourtant qu'il me paraissait fort étrange qu'un aussi petit prince que l'était son maître , et tout récemtpent mis au rang des ducs , se mêlât de régler le rang entre les rois de France et d'Es* pagne. Joannini reçut ces paroles comme fait tout ambassadeur en pareille rencontre; et, pour me persuader que je devais traiter son maître avec plus de respect , il entra dans un long discours sur ses qualités et sur sa généalogie , qu'il rapporta à la maison d'Autriche , dont il commença aussi à faire l'éloge. Je l'interrompis en lui disant que tout le monde pouvait décider aussi bien que lui sur le véritable degré de la grandeur du duc de Florence , puisqu'on l'avait vue commencer de nos jours ; que , pour ce qui regarde la maison d'Autriche, je n'avais pas besoin d'être instruit ,
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moi qui comptais parmi mes aïeules une fiUe de cette maison ' , morte il y avait cent cinquante ans ; mais qu'on ne pouvait faire sérieusement comparaison de cette maison à l'auguste maison de France*
Il se fit à ce sujet plusieurs manèges à la cour , dans lesquels la reine parut pousser un peu loin sa tendresse pour son sang. Le roi lui en fit des reproches assez vi& , et elle me fit bien sentir qu'elle n'en accusait point d'autre que moi. Cependant cette affaire ne produisit rien de plus fâcheux , parce qu'à la première plainte que le roi en fit porter au duc de Florence , celui* ci protesta qu'il n'avait aucune part à l'imprudent procédé
'Jean de Béthune, seigneur de Vandeuil; Locres, etc., auteur de la branche de laquelle descendait le duc de Sully, épousa Jeanne de Couci, alliée à la maison d'Autriche, parce qu'Enguerrand VI de Couci, ou, pour parler plus juste, de Guines, portant le nom et les armes de la maison de Couci, éteinte , avait pris en. mariage Catherine d'Autriche, fille de Léopold, qui est cette fille que désigne ici Sully. Il eût parité plus correctement, s'il avait dit qu elle enti^a dans la maison de Couci, dans laquelle la sienne s'allia. Il tombe encore dans une autre faute de chronologie, en ce qu'au lieu de cent cinquante ans, il devait mettre deux cent cinquante ans, cet Engnerrand de Couci, mari de Catherine d'Autriche, ayant été tué à la bataille de Crécy, en i346. Consultez MM. de Sainte- Marthe y du Chesne, Anselme y et autres généalogistes. Voyez aussi ce que nous avons remarqué précédemment sur la maison d'Autriche.
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de son ambassadeur , et qu'il se soumettait à tout ce que sa majesté voudrait exiger de lui pour la réparation de cette offense. Il rappela cet ambas- ^sadeur , sans attendre que le roi le pressât davantage , et il lui ordonna de faire avant que de partir une déclaration authentique de sa faute , qui fut rendue publique à Borne et en France. Henri se tint content de cette satisfaction ; et, pour montrer au grand-duc qu'il avait tout oublié , il le fit assurer qu'il aurait pour lui tous les paêmes sentimens d'amitié et de bienveillance qu'il avait eus pour le duc dernier mort , et il lui donna le premier tanoignage, en lui faisant rendre sur la mort de son père, et sur son avènement à la couronne, les complimens qu'il recevait de tous les autres princes de l'Europe.
L'Espagne s'en était acquittée par le cardinal Zatapa. Henri jugea à propos de se servir aussi d'un cardinal , pour ne pas donner lieu à un second contre-temps pareil au premier, et dont l'explication aurait pu ne nous être pas aussi favorable ; car on sait de quelles prérogatives jouissent personnellement les cardinaux en Italie auprès des princes. Je lui nommai l'abbé de LaRochefoucault , qui allait à Rome prendre possession de cette dignité. Sa majesté ne l'agréa point par cette raison - là même : elle s'imagina que cet abbé, qu'on savait bien n'être pas encore nommé cardinal, et