‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 172 sur 195 · LIVRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-HUITIÈME

On ne verra point ici le détail d'un forfait si exécrable; il pénètre mon cœur d'une douleur qui s'y renouvelle à chaque .moment , et qui s'y conservera jusqu'à mon dernier soupir : je ne comprends pas même de quelle trempe peuvent l'avoir ceux qui en parlent encore aujourd'hui, ou qui entendent parler froidement du plus grand des malheurs qui aient pu arriver à ce royaume^ Mais la vive horreur dont ce sentiment est accompagné, fait que je détourne les yeux , autant que je le puis , de dessus cet objet déplorable , et que ma bouche r^use de prononcer-le nom du monstre abominable qui a causé tous nos maux. Lorsque intérieurement j'implore la vengeance divine contre lui et contre ceux qui ont anioé son bras, le cri public les désigne de manière à fixer tous les doutes sur ce détestable complot. Je ne saurais pourtant m'empécher de me récrier avec tout le monde sur une particularité que personne n'a ignorée : c'est qu'après que le parricide eut commis son crime, il fut si peu sévèrement gardé, et même si peu observé dans la maison où on le mit d'abord, que, pendant plus de quatre heures, on laissa à toutes sortes de perscmnes la liberté de V. a?

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s'approcher de lui et de lui parler , et que certaines gens qu'il n'est pas besoin de nommer ici usèrent si imprudemment de cette liberté , qu'ils osèrent lui dire , en l'appelant leur ami , qu'il se donnât bien de garde, je rapporte les paroles dont ils se servirent, d* accuser les gens de bien^ les in* nocens eS les bons catholiques , parce que ce serait un crime irrémissible et digne de la damnation éternelle. Quelques personnes , vraiment scandalisées de ce qu'elles voyaient, commencèrent à parler si haut contre une pareille négligence, qu'on se crut obligé de garder dans la suite le Busurtrier avec plus de soin.

Quoi qu'il en soit , telle fut la fin tragique d'un pripce auquel il semble que la nature ait voulu accorder avec prefuûon tous ses avantages , exr* cepté celui d'une mort telle qu'il devait l'avoir. J'ai déjà marqué qu'il avait le corps, la taille et tous les membres formés avec cette proportion qui constitue non-seulemait ce qu'on appelle un homme bien fait, mais encare l'homme fort, adroit, vigoureux et sain; qu'il avait le teint animé, et tous le^ traits du visage vifs et agréables ' , ce qui faisait une physionomie dmice et

' D'Aubigné nous appren4 qu'il avait la vue cxtrémemept perçante et Touïe monstrueuse , pour me servir de son expriession; et il en rapporte une preuve sensible. « Le roi, dit-il, « 'étant çouabé à la G^nacHe y en une grancle ohambite rayateg

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heureuse , assortie à des manière^ ai fatrnlièred et si engageantes , que ce qu'il y mêlait quelquefois^ de majesté n'en ^it jamais tout^à->fiaLtt cet air de fiidlité et d'enjouement ' . le n'apprendrai non

a et son lit, oulre les rideaux ordinaire» ^ bordé d'un tour d« « lit de grosse buré , Frontenac et moi à 1 autre coîa de la « chambre , en un lit qui «tait Eut de même , c<>ma>9 nous

< drapions aotre maître , ayant mes lèvres sur son oreille, et « ménageant ma voix , loi répondait souvent, qu€ diMu ? le roi a repartit : Sourd que vous êtes, n'entendea^Vbus pas qu'il dit

< que je veux faire plusieurs gendries de ma swor? Nous en n fûmes quittes pour dire qu'il dèreiît, et que notts en avions « bien d*atttres àdire àses dépefiS« » (Tonke ), liv. 3^ ehup. ai.) Une réponse aasaa semblable à celle«ti , est celle que le duc de Bellegarde fit à ce prince, étant tous deUx oouchéa dans la même chambre , peu de temps après la mort de Henri III. Henri lY réveilla Bellegarde trois ou quatre fois pendant la nuit, pour lui proposeir de se défaire de que,lque^-UBe& de ses charges en faveur des personnes qu*il lui nooimait. «Je le veux • bien, Sire, lui dit enfin le grand écujer; mais au nom de « Dieu, ne voua réveilles plus» ^ Ce tonde raiUerie et de plaisanterie avait passé, comme il arrive toi^jours , du maître aux courtisans^ etSiri le reproche avec asse/' de raison à Henri IV, cooftme un défaut dans uu roi

' a Le roi, disent les Mémoires pour thisttiùre </« Fmnee, <t t. a, p. 277, passant pour aller au Louvre ^ et a^raiilt ren- « contré une pauvre femme qui cotiduisaif une vacbe^ $ y Bf*- « réta, etlcB demanda comhieti sa vache. Cette femitk^ kâ en « ayant dit le prix : Venlre^infr^isi dit le toi, elle ne vaut « pas tant; je tous en donnerai cela. Vcwe n éie» |>sb, repai^tit « lafenmie, marchand de vaches, je le vois bien. Hél po^quoi « ne le seraisr^je pas^ ma cottmère? réplitopia le roi, q«ii était « accompagné de (ùt0$ noblesse; vdytfK -^ vo«s pas tous ees

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plus rieïi de nouveau sur la trempe de son cœur et sur le caractère de son esprit.., ^n disant qu'il était né sensible et compatissant , droit , vrai , généreux ' , intelligent, pénétrant; en un mot, doué

« veatix qui me suivent? » Son jardinier de Fontainebleau se plaignant un jour à lui qu'il ne pouvait rien faire venir dans ce terrain-là : « 9Ion ami, lui dit Henri lY, en regardant le « duc d'Épernon, semez-y des Gascons, car ib prennent par- « tout. » On rapporte encore que, s'étant un jour vanté à l'ambassadeur d'Espagne qu'il irait déjeûner à Milan, entendre la messe à Rome, et dîner à Naples, cet ambassadeur lui répondit : « Sire , si votre majesté va si vite , elle pourra bien ir être à Vêpres en Sicile. » Il ne se fâchait point des reparties qu'on pouvait \m faire dans ce goùt4à. Matthieu dit qu'aucun de ses courtisans n'entendait aussi iHen que lui à rendre un conte d'une manière plaisante.

* « Quant à ses ennemis, il en a toujours parlé avec respect, « quelque jeune et offiensé qull ait été. Il ne nomma pas un « de ses ennemis qu'il ne dît Monsieur, » (Décade de Le Grain , liv. 8. ) ^ Il n'y aurait pas assez de forêts dans mon « royaume, dit-il, pour dresser des gibets, s'il fallait pendre « tous ceux qui ont écrit et prêché contre moi. Quand on lui « eut fait lire les calomnies contre la feue reine sa mère, il n haussa les épaules, et dit : O le méchant! mais il est revenu « en France sous la foi de mon passe-port', et je ne veux point oc qu'il ait de mal. » [Mercure français ^ année 1610, p. 4Sa. ) Il n'avait pas la même indulgence pour les offenses qui ne le regardaient pas. « Le jour des Rois, comme le roi s'acheminait «r pour aller à la communion, M. de Roquelaure j qui avait « épié cette occasion comme la plus propre pour la grâce qu'il '( voulait demander pour- Saint-Chamand (François de Hau- « tefort), son partit, lequel avait fait donner les étrîvières aa « lieutenant-général de Tulles (Pierre de Fems, sieur du TéX^

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