LIVRE VINGT-HUITIÈME
de toutes les qualités qu'on a eu fréquemment sujet d'admirer dans ces mémoires.
Il aimait tous ses sujets comme un père, tout l'état comme un chef de famille; et cette disposition le ramenait toujours , et du sein même des plaisirs, au projet de rendre son peuple heureux et son royaume florissant : de là cette fécondité à imaginer , et cette attention à perfectionner une infinité d'utiles réglemens. J'en ai spécifié une bonne partie; j'achèverai en disant qu'on ne peut
«( sans aucun sujet, et dont sa majesté avait ordonné qu'on fît <i une justice exemplaire, s'approcha du roi, et le supplia de < voaloir bien pardonner à Saint-Chamand pour Tamour de t celui qu'il allait recevoir, et qui ne pardonnait qu'à ceux qui « pardonnaient; auquel sa majesté répondit en le regardant : « Allez, et me laissez en paix; je m'étonne comme vous oses « me faire cette requête lorsque je vais protester à Dieu de « faire justice et lui demander pardon de ne l'avoir pas faite.» (Mémoires pour r histoire de France, t. a, p. 262.) Il répondit à M. le Grand, qui IHmportunait en faveur du fils du comte deLa.Mardmère, condaiimé ànaort pour avoir tué sa sœur, « qu'après qu'on lui aurait rompu les os des bras et des jam- 1 bes, illui en donnerait les cendres. » £t à un autre seigneur, « que, s'il eût été père de ce misérable, il n'en eût pas voulu « faire la requête. » Il fit encore à un autre une plaisante ré» ponse, mais remarquable. « ventre- saint-gris , lui dit-il , se « prenant à ^atter sa tête, j'ai assez de péchés sur ma tête , « sans y mettre encore celui-là. » [L'ÉtoUçy a^ partie, p. i iS.) Quelqu'un voulant l'engager à punir l'auteur de Vile des Hertnaphrodites : <t Je ferais conscience, dit-il, de fâcher un homme « pour avoir, dit la véiâté. »
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imaginer pi étata, ni coaditiootSy ni fonctions, ni professions sur lesquelles ses réflexions ne se fus* sent portées , et de manière que les cbangemens qu'il projetait d'y Êiire ne pussent être reoversés après la mort de leur auteur , comme il n'est que trop souvent arrivé dans cette moaaarchie. Il voulait , disait^il , que la gloire disposât de ses dernières années, et les rendît toNait ensemble utiles auK hommes et agréables à Dieu. Les idées des grandes, rares et belles choses, se trouvaient placées comme d'elles-mêmes dans son esprit ; ce qui lui fusait regarder rachnsrsité comme un simple obstacle passager , et la prospérité comme son état naturel. Il avait fait dessécher des marais , pour s'e$sayer à un plus grand ouvrage^ qu'il aUaât entreprendre : c'était de joindre les deux mers et les grands fteuves par des canaux. Le temps est tout ce qui lui a mauq^ué pour ses glorieuses, ei^trepirises..
11 disait so4ive»t qu'il dwamadait ii Dieu dix choses , d'où est venu le mot des dix souhaits de Henri IF. Il n'eut pas le bonheur de les obtenir toutes : les vQi<;i„ i° la grâce et les biens spirituels; 1^ de conserver jusqu'à la mort l'usage de toutes les facuhés de son esprit, et dfe tous les membres de son corps; 3° de voir la reFigion quH a$vwt autrefois projassée dans, une situaticm fixe et tranquille ; 4^ d'être délivré db sa iemiaer ( g'ci>I
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de la première que cela doit s'entendre ) / et d'en retrouver une selon son humeur , qui lui donnât des princes q\ii\ eût le temps d'ékver et d'instruire lui'^mème ; 5^ de rendre à la France son ancienne splendeur ; 6^ de conquérir sur l'Ëspâgne , soit la îf dvarre , soit là Flandre et l'Artois ; 7^ de gagner une bataille en per^nne contre le roi d'Espagne, et une autre contre le grandseigneur ; c'est sur quoi il portait envie au prince don Juan d'Autriche ; 8^ de faire rentrer dans son tlevoir ^ sans être obligé d'avoir recours à des rensèdes tiolèns, la faction huguenote, qui avait pour cbéfâ les ducs de fiouiUon, de la Trinùouille, etc« £t il y joignait pour neuviènïe souhait de voir ces deux hommes et le duc ^k'Épemon réduits à implorer sa clémence. Il fut loBg-»t6fnps sans vouloir déclarer le dixième , <|ui regardait l'accomplissement de ses grands desh seins. Les deux objets principaux qu'il s'y prop6sait firent qu'il le partagea en deux. L'un avait rapport à la i;eligion, eft c'était de réduire dû mcrin» aux trois pridcip&les ce nombre prodigieux de religions qui remplissent et divisent l'Burope, puisqu'il était imposable de réunir tout le monidè sous une seule. L'autre était parement politique^ et regardant le «nombre, le partage et l'égalâté des puissances , dont il avsiit Intention de composer cette espèce de grandlie
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république , suivant le plan que j'en tracerai bientôt.
Je démentirais tout ce que j'ai dit jusqu'à présent, si , après avoir loué ce prince sur une infinité de qualités vraiment louables, je ne convenais pas qu'elles ont été balancées par des défauts , et même assez grands. Je n'ai dissimulé ni sa passion pour les femmes y ni son attachement au jeu, ni sa douceur, souvent poussée jusqu'à la faiblesse , ni son p^ichant pour tous les plaisirs. Je n'ai déguisé ni les fautes qu'ils lui firent commettre, ni les folles dépenses qu'ils lui firent faire, ni tout le temps qu'ils lui firent perdre; Mais j'ai remarqué^ en même temps , pour donner à la vérité ce qu'on lui doit des deux cotés, que ses ennemis ont outrément exagéré tous ces objets : que, s'il fut, si Ton veut, L'esclave des femmes, jamais pourtant elles ne décidèrent ni du choix de ses ministres, ni du sort de ses serviteurs, ni des délibérations de son conseil II faut en dire autant de tout le re^ ; et pour tout comprendre en un mot , il suffît de voir ce qu'il a fait pour convenir qu'il n'y a aucune comparaison à faire dans sa personne entre le bien et le mal , et que , puisque l'honneur et la gloire Dnt toujours eu le pouvoir de l'arracher au plaisir, on doit les reconnaître pour ses grandes, ses véritables passions.