‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 30 sur 195 · LIVRE VlirGf -QUATRIÈME. 7I · texte numérisé non relu

LIVRE VlirGf -QUATRIÈME. 7I

plus gtand mal de l'habitude n'est pas d'autoriser des abus grossiers : on pçut portera ceux-ci, prèsqu'en tout temps , des coups infaillibles ; c'est d'accréditer certains abus moins sensibles, jusqu'à les revêtir d'un masque de sagesse , et d'une fausse apparence d'utilité publique qui les reiid respectables aux princes même du meilleur esprit. Le moment marqué pour la destruction de ceux-ci ne se trouve qu'au bout d'ilpe loiigue chaîne de réflexions et de conséquences ' , qu'on manie lentement les unes après les autres t en toute manière , la vie d'un homme ne suffit pas pour les arracher tous.

Ce Ile fut pas dans cette ^eule occasion que je me trouvai d'avis contraire à sa majesté. On lui persuada d'établir une nouvelle chambre de justice contre les financiers. Opération décidée inutile et abusive par mille expériences , mais toujours du goût de ce prince , qui , n'aimant pas à prendre sur les deniers ordinaires pour ses dé-

• Rien assurément n'est plus juste que ce que dit ici l'auteur, ni rien de plus heureusement imaginé que ce projet pour détruire le préjugé, qui subsiste encore aujourd'hui parmi la noblesse française, malgré les lumières d'un siècle aussi éclairé que le nôtre. Pourquoi^ en effet, se dégraderait-elle davan^ tage par la finance, le commerce, et les autres fonctions de bons citoyens, et par les belles-lettres, qu'elle n'a plus honte de cidtivet aujourd'hui? Espérons que l'un viendra après f attire.

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penses de jeu , bâtimens , maîtresses , et autres de cette espèce, lesquelles, comme je l'ai dit, étaient très-considérables , y employait avec plaisir une somme d'argent , qu'il trouvait par là sans peine sous sa main , et que ses courtisans intéressés lui faisaient toujours beaucoup plus grande qu'elle ne se trouvait l'être. Je fus si fâché que Henri fut encore la dupe de tous ces gens-là , que j'en dis mon sentiment en pleine cour. La colère où ma sincérité mit le roi donna à mes ennemis de grandes espérances de ma disgrâce. L'aventure de l'Arsenal que j'ai rapportée s'y joignit, et les redoubla; mais il ne fut pas en mon pouvoir de m'empécher, malgré tout cela, de rompre publiquement en visière aux commissaires de cette chambre , lorsque je les voyais fermer les yeux sur les principaux coupables , et punir avec autant d'ostentation que de dureté de légères malversations.

Mangot , l'im de ces commissaires , ayant pris des conclusions directement contraires à des ordres particuliers que le roi lui avait donnés ( je ne sais plus sur quelle affaire), je lui fis sentir qu'il avait dans ma personne un surveillant déterminé à ne lui rien passer. Il se plaignit de moi à sa majesté , et engagea ses confrères à se joindre à lui , du moins on me le rapporta avec des particularités si positives, que je n'en doutai point. Le roi ne m'en disait rien ; mais ce n'était pas pour

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