LIVRE VINGT-QUATRIÈME
ne fidlait pas balancer à en donner ce que Touvrier demandait.
Voilà quels étaient les amusemens de Henri. Il ne quitta Fontainebleau qu'à la fin de juillet, pour venir passer trois semaines à Monceaux. Il alla sur la fin d'août à Saint-Maur , où une indisposition le retint quelques jours, et la reine prit pendant ce temp»-là les eaux de Yanvres. Le roi demeura le mois de septembre à Paris , et n'y revint qu'au' mois de décembre , étant retourné à la mi-octobre passer l'automne à Fontainebleau. M. le connétable fut de ce voyage ; et reçut bien des càl^esses de sa majesté , lorsqu'ils se rencon» trèrent à Bouron.
Ce prince n'avait point de plaisir plus sensible que qttaud il se voyait avec ses enfians, qu'il aimait tous avec la plus forte tendresse '. Sur la nouvelle qu'il reçut au mois d'août, que l'air contagieux s'était fait sentir à Saint-Germain, il manda
' On a reproché à Henri IV que cette tendresse si forte pour ses enfans légitimes et naturels Taveuglait jusqu'à rempêcher de connaître leurs défauts, et d*agir avec sa prudence ordinaire dans ce qoi le regardait. C'est dans le livre qui a pour titre Msioire de la mère et du fth que je trouve ce reproche, t. I , p. 43. Mais je ne sais si tontes les anecdotes dont il est plein sont aussi sûres qu'elles sont ordinairement curieuses; J'y trouve un air de prévention en faveur de certaines personnes, et de passion contre d'autres, qui fMt qu'on a de 1» peine à s'autoriser de son témoignage.
aussitôt à madame de Monglat de les conduire à Noisi, et il envoya Frontenac en poste me dire qu'il se reppsait sur moi du soin d'çnvoyer les carrosses , litières et charrettes nécessaires pour ce démeublement. Le dauphin fut malade à Noisi , et sa majesté me le manda encore, aussi*bien que sa guérison ; car il n'arrivait jamais de changement en bien ni en mal, soit dans sa santé, soit dans celle de quelqu'un de la maison royale , qu'il ne m'en donnât avis aussitôt On ne trouvait aucun risque à £giire retourner les enfans de France à Saint- Germain, lorsque le mois de novembre fut arrivé ; mais Henri , qui ne voulait rien hasarder dans une
chose de cette conséquence , m'écrivit , et à madame de Monglat, qu'il fallait encore laisser passer la lune de ce mois ^ . Je ne les fis ramener que les premiers jours de décembre.
. Le temps n'apporta point dans le domestique de ce prince la tranquillité qu'on y a vu si souvent troublée par les femmes; au contraire tout se brouilla de plus en plus. L'entretien de sa ma-
* Ce qui obligea à prendre toutes ces précautions pour la santé des enfans de f rance fut la comète qui parut en cette année, au mois de septembre, parce que les astrologues publiaient qu'elle menaçait leur vie. Henri IV dit à Matthieu , son historien, qui le rapporte, « que la comète avait fait son t effet sur la fille du roi d'Angleterre, et que les astrologues « s'étaient mécomptes par la grâce de Dieu. « Tome 2, liv. 3, p. 769.