‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 37 sur 195 · LIVRE VINGT-QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-QUATRIÈME

jesté avec moi dans le cabinet des livres, dont j'ai ci-devant parlé , roula en grande partie sur ce sujet. Henri me pria, comme on prie son ami (pour me servir de ses termes), de me mettre encore une fois entre les deux personnes qui lui causaient ses chagrins. Il ne sera plus question de tout ceci Fannée suivante ; ainsi je n'en dirai rien en celle-ci que pour rendre raison de quelques lettres que ce prince m'écrivit sur ce chapitre L'une de ces lettres est datée de Yemeuil près de Senlis, du i5 avril. Il s'y plaint de ce qu'après lui avoir promis aiU Louvre de travailler à un accommodement, quinze jours s'étaient passés sans qu'il vît rien de ma part. «: Je vois bien y me di* « sait-il, que les prières d'ami n'étant pas suffitf santés pour vous persuader, il faut que j'use du « commandement de roi et de maître : vous n'y « manquerez donc pas , si vous m'aimez , et si « vous désirez que je vous aime; car je suis résolu « de me débarrasser l'esprit de toutes ces intrir « gués, qui récidivent trop souvent, comme vous a savez bien me le dire ; et je veux y mettre fin à « quelque prix que ce soit. Je vous aime bien, «c mais aimez-moi aussi ; ce que je croirai , si vous « me rendez le service que je désire de vous. »

J'en trouve une autre de Fontainebleau, du mois d'octobre, conçue en ces termes : « Il m'est \ tf arrivé un déplaisir domestique qui me donne

<c une fâcherie la plus grande que j'aie jamais eue. <c J'achèterais votre présence beaucoup ; car vous « êtes le seul à qui j'ouvre mon cœur , et par les « conseils duquel je reçois le plus de soulagement. « Il n'y va ni de l'amour, ni de la jalousie; c'est « affaire d'état. Hâtez vos af&ii^s pour revenir le « plus tôt que vous pourrez. M. de Sillery m'y (c sert , mais il n'a pas l'esprit assez fort. Vous pouce vez bien juger de quoi il s'agit : cette dureté ce d'esprit me sera à la un insupportable — Pour ce mon déplaisir pardculier , me mandait- il quelce ques jours après à la suite d'autres choses , il ce dure toujours. Si vous étiez ici, vous feriez bien ce en colère, et en diriez votre opinion. » Le lecteur , je crois , plaint fort ce bon prince ; et c'est aussi presque tout ce que je pouvais faire.

Le duc de Bouillon reçut une grande preuve de la bonté et de la douceur de ce prince lorsqu'il se résolut à lui rendre Sedan , et à lui en confier la garde à lui-même , jen retirant Nétancour t et la compagnie qu'il y entretenait. Le sieur Gamaiiel de Monsire, commissaire ordinaire des guerres, y fut envoyé pour cet effet. L'instruction qu'on lui donna est datée du dernier jour de décembre de cette année, et porte que, quoique le terme de quatre ans , marqué à la garnison royale , ne soit pas encore expiré , sa majesté , sur de bonnes raisons , a jugé à propos de la retirer pour remettre

le duc dé BomHoii en possession de sa ville; que Monsire fera la montre de cette compagnie pour les quatre mois restant à pay^er de Tancée coupante; qu'après <^la «He sera licenciée, >ei que Monsire aura i'ceii à oe que ies soldats paieni; exact<ement ce qu'ils pouvaient devoir auK boungeois. Comme le roi n'entendait point déroger à l'article de Tacte dç protection du 2 avril 1 596 , par lequel sa majesté doit y entretenir des capitaines , et un nombre de gens de guerre pour Ja sûreté de la viUe , il est enjoint à Monsire de faire prêter à ces capitaines et soldats qui y entreront , en même temps que la compagnie de Nétancourt en sortira ,. un serment particulier à sa majesté , outre celui qu'ils étaient obligés , par le même traité , de faire quatre fois l'année aux jours de leur paiement. Ces ofiGiciers et soldats s'engageaient par serment à servir le roi envers et contre tous, et même contre le duc de Bouillon , par lequel ils étaient cependant censés établis , comme gouverneur , s'il venait à manquer aux clauses de l'accord de 1606. Enfin Monsire était encore chargé de faire pareillement prêter serment aux bourgeois dé Sedan , le serment marqué dans l'acte de protection , et qui n'avait rien de différent de l'autre , sinon qu'il les relève du serment prêté au duc de Bouillon y. et de son propre consentement , si quelque jour il était capable d'entrer dans des intérêts contraires

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à ceux de sa majesté. Tout cela fut exécuté ; les actes de cette expédition , passés devant les notaires de Sedan, en font foi, aussi-bien que les deux actes de cette double prestation de serment des bourgeois et des soldats , l'un du 22 , et l'autre du a3 janvier suivant.

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