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piquans reproches de ce prince. Il était encore si. échauffé lorsqu'il sortit de ma chambre , qu'on lui entendit dire tout haut : « Yoilà un homme que « je ne saurais plus souffrir : il ne fait jamais que a me contredire , et trouver mauvais tout ce que « je veux ; mais pardieu je m'en ferai obéir , je ne « le verrai de quinze jours. » Ma disgrâce parut à tous les assistans une chose décidée ; mes domestiques s'en affligèrent , et plusieurs des autres s'en réjouirent, je crois, intérieurement.
Dès les sept heures du lendemain matin , on vit arriver sa majesté à l'Arsenal, avec cinq ou six personnes qu'elle avait dans son carrosse. Ce prince monta dans mon appartement sans vouloir qu'on m'avertît, et frappa lui-même à la porte de mon cabinet. Je ne fus pas peu surpris lorsqu'ayant demandé qui est là ? j'entendis répondre c'est le roi , et que je connus au son de la voix que c'était lui-même qui avait répondu : « Hé bien! « que Éaisiez-vous là? » me dit-il en entrant avec Roquelaure, de Vie, Zamet, LaVarenne et l'ingénieur Ërard, car il avait à me parler des fortifications de Calais. Je lui répondis que j'écrivais des lettres et apprêtais du travail à mes secrétaires. Ma table était effectivement toute couverte de lettres et d'états des matières que je devais traiter ce jour-là au conseil. « Et depuis quand êtes-vous a là ? me dit encore sa majesté. Dès les trois
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ce heures du matin, repris -je. Hébi^i! Roque^ a laure, dit ce prince, en se retournant vers lui , « pour combien voudriez-vous mener cette vie-là ? flf jPardieu! Sire, pour tous vos trésors, répondit « Roquelaure. » Henri ne répliqua rien. Il fit sortir tout le monde, et il commença à m'entretenir de choses sur lesquelles il me fut iiQpossible de me ranger à son avis, ce qu'il connut aisément lorsqu'il vit que je lui répondais froidement que je n'avais aucun conseil à lui donner , que sa majesté ayant pris sa résolution , après une mûre délibération sans doute , il ne me restait rien à faire que de lui obéir, puisque aussi-bien elle ne trouvait pas bon qu'on, fut d'un sentiment contraire au sien. « Oh, oh! vous faites le réservé, me dit Henri ce en souriant et en me donnant un petit coup sur a la joue, et vous êtes encore en colère d'hier ; je « n'y suis plus moi , la , la , embrassez-moi , et vi* « vez avec la même liberté que vous avez accou* a tumé; car je vous ccmnais bien, si vous fisiisiez « autrement:, ce serait signe que vous ne vous $ou- « cieriez; plus de m es affaires. Quoique je me fâche a quelquefois, ajoutat-t'-il avec une candeur qui lui <t était naturelle , je veux que vous le souffriez; car « je ne vous en aime pas moins : au contraire , dès <t rheure que vous 91e me contredirez plus dans les « choses que je sais bien qui ne sont pas de votre «c goût , je croirai qiie vous ne m'aimerez plus. »
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Voilà un de ces traits qui sont tout-à*fait propres i faire connaître à fond Henri ; et en yérité c'est le montrer par un bel endroit. Il n'e^t pas rare de voir des ministres et des confidens de princes disgraciés ; il n'est pas rare nojn plus qu'ils méritent ce traitement par des procédés reprochables. Lorsque eela arrive , est-ce véritablement les fautes que les princes punissent ? presque jamais. Us font par oaprice, par légèreté, par orgueil, par mau** vaise Jbunieur , ce qu'il ne tiendrait qu'à eui: de faire par le seul motif de la justice. Il semble que le sort de la naîson est de n'être écoutée ni lors* qu'elle combat les passions , ni lorsqu'elle conseille la même chose qu'elles.
. Jjd roi m'entretint après cela de choses qu'il ne m'est fias permis de rapporter, m'embrasa, et me dit a/dîieu. En sortant , il dit à de Vie : <^ J'ai poy^* ^ vu à l'affaire de Calais » et tout haut ; « Il y ea « a d'àftsez sots pour croire que , quand je me « mets en colère contre M. de SuJly , c'ei$t à bfin R escient et pour long-temps ; mais tout au coi^^ ic traire; car, quand je viens à considérer qu'il ne « me remontre ou ne me contredit que pour « mon honneur , ma grandeur et le bien de mes <c a£Eaires , et jamais pour les siennes , je l'en aima « niieux , et je suis impatient de le lui dire. » Tout prince qui entend ses intérêts ne négligea point de donner de temps en temps, des marques écla-
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tantes de son estime aux ministres dont il a fait choix , supposé que ce choix sent bon ; elle lui assurera celle du public , ce qui est un point essentiel.
Je reviens aux affaires dont Villeroi et Sillery étaient venus, par ordre du prince, conférer avec moi. L'une des principales regardait lesprotestans. Le roi leur ayant permis Tannée précédente de tenir en celle-ci un synode , ils l'indiquèrent à la . Rochelle , et firent nommer dans des assemblées provinciales les députés dont il devait être composé. Ce furent quelques-uns de ces députés mêmes qui firent savoir à sa majesté que leurs cahiers étaient chargés de l'article du synode de Gap touchant le pape, dont il a déjà été tant parlé. De quelque mauvais esprit que fussent poussés une partie de ceux qui dirigeaient cette assemblée , ils se crurent obligés de prévenir sa majesté, en lui envoyant trois députés , tant sur cette affaire que sur quelques autres , qu'ils avaient raison de croire n'être pas de son goût ; c'est qu'ils avaient résolu d'y mettre sur le tapis la question déjà si fort discutée à l'assemblée de Châtelierault , sur la nomination , le nombre et le temps d'exercices des députés généraux du parti réformé, à l'occasion des deux actuellement en charge , doiit le service allait expirer.
Le roi, en m'envoyant de Fontainebleau ces