LIVRE VINGT-CIWQUliME. î5g
On aurait pu pousser beaucoup plus loin ces ouvrages de nécessité ou de commodité publique, si le roi avait bien voulu, suivant mon conseil, y sacrifier une partie de ses dépenses particulières , ne fut-ce que celles de son jeu. 11 me fit donner tout d'un coup trente-quatre mille pistoles , qu'il devait au Portugais Edouard Fernandès ' ; cet ordre est daté du 27 août J'en recuis souvent de semblables ^ pour deux ou trois mille pistoles ,
' Il est parlé de oe% j^douard Fernandès, dans les mémoires de Bassompierre, comime d'un riche banquier portugais, qui prêtait de l'aident aux seigneurs de la cour pour jouer, sur gages , ou à gros intérêts.
* « Je ne sais, dit Péréfixe, ce qu'il faut répondre à ceux, qui « lui reprodbient qu'il a trop aimé le jeu des cartes et des dés, « peu séant à un grand roi , et qu'avec cela il n'étgit pas beau « joueur, mais âpre au gain, timide dans les grands coups , et « de mauvaise humeur dans la perte. » Il n'y a rien à leur répondre, dirai-je à cet jécrivain, et il Cqiut convenir de bonne foi que c'est une des taches de la vie de oe grand prince. Gomment justifier la passion du jeju, poussée au point où l'on sait que la porta Henri lY ? Quoi de plus pernicieux dans un souverain? Quoi de plus mauvais exemple , de plus propre à renverser l'ordre et à corrompre les mœurs?
Ou lit à ce sujet daQs les Mémoires pour servira i' histoire de France un trait aussi plaisiint que plaisamment conté. ff M. de Créquy, qui fut depuis duc de Lesdiguières et ma^-c- « chaJ de France , y fit de telles pertes, qu'il sortit un jour de ^ chez le roi comme hors de soi , si qu'ayant rencontré M. de « Guise qui allait au château, il lui dit : Mon ami, mon ami, " où sont assises les gardes aujourd'hui? Alors M. de Guise se • retirant deux pas en arrière : Vous m'excuserez. Monsieur,
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et pour beaucoup d'autres moins considérables. Ce qui ne m'empêche pas de convenir que ce prince ne se refusa jamais à tout ce qu'on pouvait lui proposer où l'utilité publique fut intéressée.
La Loire fit un ravage * terrible au mois d'oc-
« je ne suis pas de ce pays-ci, et du même pas alla trouver le « roi, qu'il en fit bien rire. »
Le maréchal de Bassompierre dit que Pimentel , cet étranger dont il est parlé au commencement de ce livre, « gagna plus « de deux cent mille écus, avec lesquels il gagna pays, et quu « revint en France l'année suivante, et y fit encore bonne « récolte. » On prétend que le stratagème dont se servit cet étranger pour faire ces profits immenses , fut de faire enlever tous les dés qui étaient dans les boutiques des marchands de Paris , et d'y substituer des pipes. Mais ce qu'il faut regarder comme un pur trait de satire, c'est, comme quelques-uns ont voulu dire, que JBenri IV fut informé de celte trompene, et qu'il la favorisa, dans l'intention d'appauvrir ses courtisans, et par là de se les rendre plus soumis. Le duc d'Épernon perdit des sommes considérables , et tous ses bijoux. Le duc de Biron avait aussi perdu en une seule année plus de cinq cent nulle écus.
' « Ce ravage dura vingt-quatre heures, et survint en un « instant. Sans les levées qui se rompirent, la ville de Tours « allait être submergée , et Blois courait grand risque. Sully, « qui était alors à Sully, eut beaucoup de peine à s'en sauver, «f et courut fortune avec tout son duché. » Mémoire histonquc de France, ibid.
Selon le Mercure français y ce malheur arriva deux fois cette année sur la Loire : l'une, à la fin de l'hiver, dans un dégel, et l'antre au commencement de Tété, par la fonte subite des