‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 70 sur 195 · LIVRE VlWCT-CnrQ0fiME. l6l · texte numérisé non relu

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tobP6. Je pensai m y trourer moi*méine enveloppé, en passant d'Olivet à Orléans. Tout ce trajet n'était qu'une mer, où les bateaux passaient pardessus la cime des arbri^s et des maisons , que Teau avait encore: laissés debout. Il ne m'arriva aucun. accident; mais le bateau qui m'avait a|i^ porté toucha en s'en retournant , et se brisa en deux morceaux ; toos les passagers se |auvèrent à la n^ge, sans qu'heur^sement il en pérît aucun. La désolation fut 'extrême et le dommage iheâtimable. Les .requêtes des villes- et bourgs ruinas ne portaient plus simplement une décharge totale de la taille , mais un secours prompt et considé-

neiges des montagnes du Vélay et de l'Auvergne. Il ne met aucun de ces ^lébordemens dans le mois d'octobre, en quoi il se trompe. « La perte, dit-il, des hommes, femmes, enfans, «bétail, châteaux, mouUas, maisonsNet de toutes sortes de '< biens, en a été inestimable. Il n'y eut poqt sur cette rivière , " qui a plus de cent cinquante lieues de cours , où quelques « arches ne fussent rompues. La force de l'eau fit des brèches « par toutes les levées.. Les varennes furent remplies d*eau jus- * qu'aux poteaux; les terres , qui y sont d'un g^and ra|>pDrt, « en furent long-temps couvertes , .pour ce qu'elles ne se pou- ' voient écouler, et demeurèrent stériles, à cause du sablon et « pierres que le courant de Teau y avait amenés de l'Au^ - vergne. » . »

Cette année fut appelée, l'aimée du grand hiver, parce quç ^ette saison y fut extraordinairement rude. « Henri IV. dit que ' sa moustache s'était gelée au lit, et auprès de la reine. On « lui présenta'du pain gelé le 23 janvier, et ne voulut qu'o^ " le dégelât. » Matthieu , t. » , îiv. 3, p. 761;^

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rable , du moina pour les nécessités les plus urgentes, sans quoi la plupart des terres aliaient demeurer incultes, et les maisons désertes. <i Dieu « m'a àouné mas sujets (ce soat les termes dans «c lesquels Henri répondit à la lettre qim je kii tf écrivais sur ee grand accident): pour. les oonser- « ver iiomme mes fenfans ; que mon conseil les « traite s^eç charité. i>es aumônes eost tms^réa- K blés* à Dieu, piirticuliènem^it en œt accidâit; <r j'en sentirais ma conecîenÊe chargée; qnôa les «r soulage de tout ce que ron jugera que Je le « pourrai £ûre, » Je secondai de tout mon pouvoir les pieuses intentiot>sda roi.

J'en obtins dans une même lettre trois petites gratifications pour différentes personnes: la jouissance,d'un moulin aux portes de Paris, un reste de coupe de bois brûlés , et le bois qui avait servi à refaire le pont de pierre de Mantes.

Xe mérite et la science de MM, Fenouillet et d'Abeins , connus de tout le royaume , me firent demajader, pour le premier, la réserve de l'évéché de Poitiers; et pour le second, l'évéché qui vaquerait le premier, et qui me fut promis. Je partais dans ce moment pour Sully. J'avais à peine quitté sa majesté, qu'on lui vint iqiprendre la nouvelle delà mort de l'évêque de Montpellier, (Qu'elle envoya me porter à l'hère même. Je crus que je devais mettre quelque changement k la grâce que

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j'avais obtenue du roi. Je lui écrivis qu'il me semblait que révéché^ de Montpellier , tout rempli de protestans, demandait un homme éloquent, tel que Tabbé Fenouillet, et oelui de Poitiers, im homme d'un flegme aussi parfait que l'abbé d'Abeins, pour tempérer la fougue des esprits vifs et chauds de cette province. Henri lut ma lettre en riant aux courtisans , et leur demanda si les catholiques , quand ils s'en seraient tous met lés , auieient pu mieux £aire. Fervaques fut assez malade pour me faire avertir sa majesté de songer à disposer des charges considérables qu'il avait en Normandie : mais il détruisit l'opinion de sa maladie, en faisant mander quelques jours apr^ que, si on .voulait lui envoyer une commission pour tenir les états de la province, il était en état de le faire.

Le traité de 1 564 entre la France et la Lorraine souffrait tous les jours quelques difficukés nouvelles touchant les limites du pays Messin, qui déterminèrent le roi à envoyer sur les lieux des commissaires, que je choisis avec le chancelier dans le conseil et ailleurs. Une autre opération , aussi utile et bien plus considérable , était de faire dresser des p*rocè$-verbaux sur d'exactes visites , de tout ce qui avait été empiété par nos voi&ins ^différens endroits des frontières, et principalement sur les confin& de la Champagne avec la

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Franche-Comté et la Lorraine. On ne peut rien voir de plus juste que tout le travail de ChâtîUon, l'ingénieur auquel je donnai ce soin. Il rend clair que le «roi d'Espagne et le duc de Lorraine s'étaient approprié un grand nombre de fiefs, et mêhie de villages entiers , comme le village de Pierrecourt , le bourg de Passeran , la seigneurie de Gommerci, et beaucoup d'autres dont Téniimération est inutile.

Ce travail ne fait qu'une fort petite partie de celui que j'avais entrepris par ordre de sa majesté pour avoir des plans de la dernière justesse, de toutes les côtes et de toutes les frontières de France. Le duc de Mayenne et ceux d'Antibes ayant mis en vente les terres qu'ils ont aux environs de cette ville, le roi songea à en faire l'acquisition. Ce fut assez pour le leur faire mettre à un prix qui en dégoûta sa majesté ; elle leur fit dire qu'ils pouvaient vendre leur territoire à qui ils voudraient; mais qu'il saurait bien mettre un gouverneur dans Àntibes qui peut-être les ferait repentir de leur injustice à son égard.

Venons aux finances. Il fut fait un règlement général, adressé aux trésoriers de l'épargne, des menus, des postes, des ligues suisses, de l'artillerie , de l'extraordinaire des guerres , de l'extraordinaire dc-çà les monts , et autres , qui leur prescrivait une forme encore plus exacte pour leurs

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comptes, et les mettait dans une extrême dépendance du surintendant, sans l'ordonnance duquel il ne leur était presque plus permis^ de rien faire. Ce règlement s'étendait aux greffiers mêmes , et au secrétaire du conseil , et j y assujetti» aussi lesi employés sous moi pour mes autres charges. J'obligeai Lichani, qui avait la direction du pavé de Paris , de venir tous les mercredis et samedis eu midi me rendre compte du paiemeut et de 1^ disn tributian des ateliers.

Je défendis, par une lettre circulaire, k tous les comptables^ des finances, de rapporter de nouveau dans leurs comptes les parties qui avaient été unç fois rejetées ou réduites par le conseil , n'ayant pour y reyenîr que la voie de la requête ; et afin qu'ilj^ ne pussent s'excuser §ur le manque de règles^ je leur envoyai des fornaulaires égalemeojSi exacts et clairs. Ils étaient obligés d'y citer jusqu a la date et aux signatures des lettres patentes et arrêts du çoQseil qui y étaient mentionnés. Le règlement des épices de la chambre des comptes, et concernant les deniers divertis parles trésoriers. de France et receveurs-généraux , fut joint aux précédens. Il en revint pour le présent au roi un. profit de cent mille écus, qui devait doubler, lorsque ce règlement serait observé dans sa perfection. La chambre des comptes ne se départit de ses épices qu'avec bien de la peine, même après

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qu'on lui eut fait connaître qu'il n'y avait rien de si faux que le pied sur lequel die les avait étalées : il ne fallut pas moins qu'un ordre formel de sa majesté pour l'obliger à me délivrer les registres dont je pouvais avoir besoin. Je me dcmnai bien des mouvemens auprès du procureur-général et des présidens de cette chambre, pour y faire vérifier un ^it au sujet des payeurs des rentes, et pour l'extinction de quarante-huit mille livres de rentes constituées.

Je déclarai aux cours souveraines et au bureau des finances du Languedoc l'intention du roi sur plusieurs questions qu'ils m'«Lvaient faîtes au sujet des droits de présence, droits seigneuriaux, supplément de domaine, francs-fiefs, et nouveaux acquêts, domaine de Navarre, droit de traite foraine et domaniale, police des draps, et notamment de la taille rédie, sur laquelle le conseil décida tout d'une voix que, les princes, les officiers de la couronne , et le rot lui-même n'étant pas exempts de la payer pour les biens ruraux qu'ils possèdent dans cette province , rien ne pouvait l'être, ni villes , ni communautés. Je fis porter par Maussac des lettres sur tout cela au parlement de Toulouse, aux trésoriers de France et aux fermiers des gabelles. J'adressai l'édit du rachat des greffes à M. de Verdun , premier président de ce parlem^it , pour le faire enregistrer ; ce qui fut

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fiiUpurement et simplement. Il m'écrivait en même temps qu'on aVâit pmcédé au remboursement desf^ueffiers chril, criminel et des requêtes; et il m'assurait de l'exacte soumisâon de cette cour aux volontés du roi : avec quelques remercîmens porsonuels^^^i il Joignait celui dé lui avoir envoyé pour commissaire Colapge , homme doux et plein d'égards.

Je supprime autant que je puis^des détails qui oe peuvent qu'être ennuyeux r c'est ce qui fait que je ne parlerai point des lettres que j'écrivis aa procniidittr«^énépal d# Dauphiné , au sieur Manon et.anx trésoriers de Bourgogne, soit sur les* rachats de domaine, soit en interprétation des réglem^is dont il vient d'être parlé; enfin sur toutes sortes de sujets.

Lorsque je vis la^in de l'année approcher, j'écrinsauroi^ à Fontainebleau, que sa présence était nécessaire pour Tétat^énéral des finances; que j'avais besoin de ses ordres pour mille choses , toHes que l'état de ses garnisons , gens de guerre , galères , officiers de la maison du dauphin et des enfins de France ; que son absence tenait indé* cises plusieurs autres affaires, que ceux qui y Mkùt été commis s'imaginaient lui être indifféi^entes^ et purement de mon invention. Je dirai avec vérité que j'ai toujours cherché à porter sa raajesté à s'associer elle-même à ses minisires

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pOMr le travail, parce qu'en effet les plus beaux réglemens sont toujours inutiles tant qu'on n'est pas persuadé que c'est véritablèiiient s'exposer à la ^disgrâce du prince que de n'y pas tenir la main.

Le brevet de la taille ne s'était jamais fait d'une manière aussi solennelle qu'il le fut en cette année, pour 1609. Sa majesté vint le 16 août prendre séande au conseil d'état et des finances , ayant à sa suite plusieurs princes ,' ducs et pairs , et officiers de la couronne, et fit expédier, elle présente , un arrêt du comeil par lequel il est dit que le roi , après s*être fait représenter ses états de recette et de dépense de la présente année , et entendu le surintendant de ses finances et son conseil , aurait bien souhaité pouvoir avoir égard aux reniontranoes qu'ils lui ont faites de décharger le peuple d'une partie de la taille ; mais que , les dettes contractées par ses prédécesseurs, et le mauvais état où elle a trouvé se$ financer , ne lui permettant pas , et exigeant au contraire qu'on l'augmentât , bien loin de la diminuer , sa majesté s'est contentée d'imposer pour l'année prochaine la même somme que celle-ci , avec une augmentation seulement de vingt mille sept cent cinquante livres dix sous sq)t deniers , ;en laquelle était convertie pareille somme, dont les com- ^lissaires avaient coutume de recharger wsiûtç

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les paroisses pour cp^qijes menuies dép^^ises dans les provinces , qui par là demeurerait . suppri* mée.

Je rends compte avec quelque satisfatàon d'un mémoire que je pr^ésentai |lu roi . au sujet de la taille , parce que , par les détails et les réflexions qu'il contient, il peut passer pour un abrégé de rhisto^*e de la taille en Frjuice.

Il est indubitable qqlun état , tel qu'il pui^e être , soumis à une comme à plusieurs têtes , ou conduit par le mélange de toutes les différentes autorités unies ensemble , ne saurait se passer de « subsides. Supposé que , content du degré de puissance où il se trouve , il ne songe point à l'accroître , il est impossible que de temps en temps il n'ait pas des offenses à venger et des téméraires à F^rimer : mille nécessités intérieures et indispensables ne sauraient être satisfaites que par des dépenses réglées, et pourtant tantôt plus fortes, tantôt plus faibles. Ces dépenses , tant ordinaires qu'extraordinaires , ne se sont prises pendant un très-long temps, dans ce royaume, que sur des impositions , à titre d'assistance volontaire , ordonnées, et réparties par une résolution générale de tous les ordres du royaume , dans ces assemblées solennelles qu on appelle les états , et encore sur le domaine particulier du roi ou de la couronne. Il s'en fallait de presque tout qu'elles ne

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formassent ces soimnes innneirses auxquelles on iœ a vues monter depuis; c'est qu^alors on se renfermait dans le simple nécessaire , soit au-dedans , soî^ au-^dehors : et une remarque que peutêtre personne n'a faite ^ c'est que nous ne voyons aucun .de nos rms de la troisième race jusqu'à Charles YIII s'engager dans les conquêtes ébignées, ni même déclarer la guerre en ferme à aucun des princes ses roîsins '. Arec cet esprit

' Avant Charles VIII, la France a eu la guerre en Espagne, en Flandre, en Angleterre, avec ses voisins, comme avec les • états les plus éloignés, en attaquant, comme en défendant. Quel temps ctHOparo et préfèr#-t-on ict an nôtre ^ Les derniers règnes de la seconde race de nos roi», et les premiers delà troisième? £n pourrait-on choisir un plus malheureux pour ce" royaume? Si les guerres étrangères y paraissaient plus rareSF, c'est parce qu'il Tavait presque continuetlement avec lui-^méme , ce^ qui test le comMe de la <;alËrnfité. Nos'row? n'avaient presque d'autre occupation que de &ire d'inutiles efforts pour se délivrer de mille tyrans domestiques. La France se trouva sans défense contre les barbares et contre ses voisiils, dottf elle fut le jouet tcfur à tour.

Ce temps, dira^-t^im, était du mêtns heurecnt' pour ia noblesse : c'est ce que je ne saurais encore accorder. Ce ntst qu'un faux éclat que celui dont on s'imagine qu'elle brillait alors , puisqu'il ne se pouvait pas faire que le désastre public et général- ne fét aussi sa ruine particulière. En est-on d^aîlleiirs moins malheateux^pavce qu'on est soi-même l'auteur de son malheur? Si le repos , quoi qu'en dise rand)itioB, est 16 seul état heureux, le cardinal de Richelieu a rendu à la noblesse française un beaucoup plus grand service qu'elle ne le croit.

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