‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 81 sur 195 · LIVRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-SIXIÈME

Le premier jour de Tannée j j'allai , suivant la cootume, présenter au roi les jetons d'or. La gloire que sa majesté s^était acquise dans l'accommodement du pape avec les Vénitiens , des Espagnols av^ec les Flamands , et de quelques autres princes de l'Europe, faisait le sujet de ceux-^i. Après qudques momens d'une conversaticm in* difiërente, ce prince me tira dans Tembrasure d'une fenêtre pour me dire de lui composer quatre états dans le goût de plusieurs autres que je lui avais déjà remis ; le premier, des équivalens perças dans les douze généralités du royaume ; le second , de tous les droits et redevances qui faisaient partie des revenus royaux ; le troisième , des levées du principal de la taiUe , nommée Vordùuure, depuis iSqq jusqu'à 1609, ces deux années comprises ; le quatrième y des levées de la taiHe , sous le nom de grande crue , ou crue extraordinaire pendant ces mêmes onze années : c'était pour les faire voir, me dit Henri, à des personnes qui se croyaient fort habiles dans les finances, quoiqu'elles n'y eussent rien fait qui vaille , et à ceux qui admiraient leur méthode , toute défectueuse qu'elle était.

Ce prince n'avait pas besoin de justifier à mes yeux une pareille demande. Le plaisir que je trouvais à le voir entrer avec moi dans tous les détails du gouvernement ne me laissait pas seulement examiner par quel motif il agissait. Je voyais bien que depuis quelque temps il faisait une étude particulière de ma façon de conduire les affaires générales et particulières, et qu'à force de me demander, tantôt un état, tantôt un mémoire, aujourd'hui une instruction, le lendemain une explication , toutes ces pièces lui composeraient bientôt un système complet sur la finance et les autres parties de l'état. Mais j'étais là-dessus sans aucune inquiétude; et, soit que Henri ne cherchât en effet qu'à s'instruire lui-même, soit qu'il eût dessein de former de nouveaux hommes d'état selon mes principes , dans la crainte que je ne vinsse à lui manquer, ou dans le dessein de m'employer hors ou dans le royaume à d'autres fonctions qui ne me laissasseut plus de temps pour celles-ci , la manière dont il se comportait avec moi ' ne me permettait de rien voir dans cette ' conduite que de bon , de sage , et même d'aYan«tageux pour moi.

' Le motif de cette conduite de Henri lY avec le duc de Sully serait tout autre, si nous en croyons l'auteur de l'histoire de la mère et du fils. « Il était peu satisfait, dit-il, de la '« personne du sieur de Sully; il pensait à lui dter lo manie--

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