‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 88 sur 195 · LIVRE VTTTGT-SIXliME. 2l · texte numérisé non relu

LIVRE VTTTGT-SIXliME. 2l

« hiimble et le plus affectionné. Pierre Cotton. A « Paris , ce quinzième mars 1609. Madame la mar- « quise de Mesnelay va se rendre à Capucine, non* « obstant tout le monde. M. Avias, recteur de la « principale , est malade à mort de pourpre, pris « prêchant -et servant à l'hôpital ; c'est un bon « prêtre et un bon ami qui va à Dieu. »

Henri lut deux fois de suite la lettre entière ^ et, quoiqu'il me cachât la moitié de ce qui se passait au-dèdans de lui-même , je lus aisément sur» son visage son mécontentement. « J'avoue , me « dit-il , qu'il y a plus de conduite , de prudence « et de fidélité en vous , et de vérité danis vos pâte rôles , quelque méchant huguenot que vous (c soyez , que dans beaucotip de catholiques , et « même d'ecclésiastiques, qui font bien lés dévots a et les scrupuleux. » Il me quitta pour aller entretenir le comte de Soissons , qu'il voyait s'ap«^ procher , et je crois qu'il lui conta tout, et même qu'il lui montra la lettre , dans laquelle ce prince avait son mot comme les autres. Je me sus bon gré d'en avoir retenu une copie , car sa majesté ne voulut jamais me rendre l'original.

Le P. Cotton sut le contre-temps arrivé à sa lettre , et en fut mortifié au dernier point. Il se consola un peu quand on lui dit qu'excepté le roi , je ne l'avais fait voir , ni parlé à personne de ce qu'elle contenait : il crut m'eti devoir un rçr>

il4 m^MOIRES DE SDLLT.

mercîmént , et il sentit aussi qu*un petit root de justification n'&tait point ici de trop. La lettre que j'en reçus au Retour d'un voyage qu'il avait fiait en province est à ces deux fins : il me l'écrivit de Fontainebleau, où la cour était alors, et moi j'étais à Paris. Le P. Cotton y prend occasion de louer la bonté de mon esprit et la douceur de mon naturel , de ce que tous les efforts qu'on a faits pour me donner une mauvaise impression de lui n'ont pas été capables, dit-il, d'altérer ma première bienveillance à son égard. Il reconnaît qu'un homme d'un peu de mauvaise humeur aurôi^ pu faire servir la lettre dont il vient d'être £aiit mention de prétexte à son ressentiment ; il ne dit pas de cause , parce que , selon lui , les termes dans lesquels il s'y exprime sur mon sujet n'ont pas. cette gravité, qui peut seule autoriser un galant > homme à se fâcher. Aussi ne l'ai^-je pas feit; j'ai cru que le P. Cotton devait mieux entendre le sens de ses lettres que personne , et que, s'il se fut senti véritablement coupable envers Vhommé de V Arsenal, il n'aurait pas eu la hardiesse qu'otï lui voit dans cette lettre, de le prier de se souvenir du bâtiment de l'église des pères jésuites, et des appârtemens destinés pour tenir leurs classes à Poitiers , en dressant les étaË» où sont comprises ces sortes de dépenses; autre louange à Cette occasion sur ma charité,

Page 1