LIVRE VIKGT-SlXlèMB. ai
suivie d'une fervente prière à Dieu d'achever soû ouvrage , en m'inspirant le reste des sentimens dé la bonne religion ^
Je connus, clairement quelque tenips après qu'il était survenu au roi quelque autre sujet de chagrin et beaucoup plus violent. Tout ce qu'il
* On verra par le trait, suivant, tiré des Mémoires pour Vhis-toire de France^ que Sully ne pardonna pas si facilement au P. Cotton. « Sur la fin de cet an , les jésuites ayant obtenu du « roi un don de cent mille francs, pour parachever le bâti- « ment de leur chapelle à la Flèche, se retirèrent vers Sully R pour en être pay«s. Le P. Cottmi lui dit .avec sa douceur or* >« dinaire, que sa majesté lein* avait fait un- petit don de cent « mille livres pour la chapelle de la Flèche; à quoi le duc ré- « pondît : Appelez-vous cent mille livres, pour vous, un petit « don ? Le roi vous en donne trop, et je ne vous dcwinerai rien. « Quelle est la raison de ce refus ? demanda le P. Cotton. Ce « n'est pas à vous , répliqua le duc , à qui je la veux et dois reû- « dre; je la rendrai au roi. Le P. Cotton s'en plaignit au roi, « qui, pour le contenter, tança publiquement le duc, et dit « qu'il voulait que son mandement eût lieu. SuUy ne fit rien « de ca que le roi avait ordonné pour la (chapelle des jésuites « à la Flèche. » Le même auteur marque en quelque endroit, et le bruit en était assez commun alors, que, lorsque le roi et son ministre paraissaient ainsi d'avis opposé en public, c'était souvent après en être convenus ensemble en particulier. C^ qui porte à. croire que ce concert p^t bfen avoir lieu ici, c'est que « sa majesté, ajoute cet écrivain, donna à Sully, pré- « cisément dans ce même temps, trente mille écus pour ses « étrennes, au lieu de vingt mille, qu'elle avait accoutumé de lui donner : de quoi les jésuites ne furent guère contens. »/ Année 1609.
ai6 HiMOlRÏIS D£ SULLT.
faisait pour le dissiper ne servait qu'à le mieux faire paraître , et peut-être à l'augmenter encore. Il passa huit jours entiers hors de Paris , à promener sa mélancolie dans des lieux où on ne le voyait jamais , Livry et une autre maison appartenant à Montbazon. De retour de cet endroit, tous les jours étaient pour lui des jours de chasse, afin sans doute de pouvoir se trouver plus long-tenoips et plus souvent seul. Tout cela n'étant pas le vrai remède à son mal , il passa enfin par F Arsenal , pour se soulager en m'ouvrant son cœur. Il monta droit à mon cabinet , sans vouloir qu'on m'avertit, et y frappa lui-même. J'allai ouvrir, ne m'altendant à rien moins qu'à une pareille surprise , et n'ayant que ma robe de chambre et tout le reste de l'habillement de nuit. Il me dit bonjour , me demanda ce que je faisais, fit éloigner tout le monde, rentra avec moi, et iieferma la porte, sans que je fisse rien de mon côté qu'être très-attentif à la vivacité de tous ces mouvemens, qui le firent asseoir, se lever , se promener et parler avec beaucoup de feu pendant près de deux heures que nous passâmes ensemble. On va savoir le sujet de cette agitation : je n'ai aucune raison de cacher notre entretien, qui fut d'ailleurs fort aisément entendu du dehors. Sa majesté croyait que tout le monde était sorti de là petite salle pour aller se promener dans la grande salle , dans les cours et les jar-^