‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 98 sur 195 · LIVRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-SIXIÈME

commençant à rompre tout-à-fait des liens que l'âge de Henri rendait encore plus messéans; mais il devait du moins conserver, dans de pareils égaremens, assez d'empire sur sa raison pour éviter toute intrigue qui pût faire une affaire de politique d'une simple galanterie. Toutes celles dans lesquelles on avait vu Henri engagé avaient nui ou à sa fortune, ou à sa gloire, et certainement à son repos ; mais il est sans contredit que le plus dangereux de tous les pièges est celui que lui tendait l'amour , dans la personne de la princesse de Condé; toutes les suites en étaient à craindre, et elles pouvaient être en fort grand nombre.

On a vu d'avance dans ces réflexions la réponse que je fis au roi lorsque, suivant son ordre, j'allai le retrouver cinq ou six jours après. Il sortait de sa chambre pour aller aux Tuileries par la grande galerie. Nous noys promenâmes dans la première galerie près d'une heure. Je remis la

tramait contre la personne de Henri lY ; mais qn'après avoir fait tous ses efforts pour engager ce prince à faire usage de son autorité, et voyant que la faiblesse de Henri lui avait toujours fait rejeter les conseils qu'il lui avait donnés là-dessus , il demeura entièrement convaincu que ce roi malheureux n'éviterait point sa cruelle destinée , et qu'il prit le parti de ne point augmenter inutilement ses alarmes , mais seulement de le faire sortir, le plus tôt qu'il serait possible , d'une ville où il demeurait exposé à de si grands dangers.

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tranquillité et la joie dans son esprit : il résolut de redoubler ses efiforts pour extirper , s'il était possible, dans son conseil et dans la cour^ toute cette politique espagnole, et il se promit bien d'élever ses enfans , surtout le jeune prince qui devait être son successeur, dans toutes ses maximes , d'attacher étroitement les protestans à leur roi et à leur patrie , et d'éloigner avec un égal soin tous les étrangers de la participation aux affaire» de l'état : c'étaient là, selon lui, les deux principales , et les plus capables d'assurer la tranquillité publique contre tous les troubles civils.

Une conclusion naturelle de tout ceci , c'est que Henri ne devait perdre que le moins de temps qu'il se pourrait à travailler à l'exécution de ses grands desseins , dont c'eût été risquer le succès que de la- remettre au temps d'une vieillesse impuissante; aussi son application à tout ce qui pouvait y contribuer ne fit que croître eilcore depuis ce moment. Les voyages de sa majesté à l'Arsenal devinrent plus fréquens , et j'allais à presque toutes les heures du matin et de la nuit au Louvre , où il m'était permis d'entrer en carrosse jusque dans la cour. Le roi accorda cette distinction, dont il n'y avait, de toute la cour, que deux autres ducs '

' Le diic d'Épernon : je ne sais quel peut être l'autre. L'historien du duc d'Épernon avance qu'il fut le seul qui jouit de celle prérogative du vivant de Henri IV. La reine-mère l'ao-

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