‹ Mémoires du Duc de Sully (volume 5)Chapitre 97 sur 195 · LIVRE VINGT-SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-SIXIÈME

comme un coup nécessaire pour assurer à ce prince la souveraineté des Pays-Bas, dont il le leurra jusqu'au bout. Mais est-ce à dire pour cela que FEspagne songeât à se rendre maîtresse de la vie du roi ? Combien de raisons rendaient la per« sonne et les intérêts de ce prince chers à tous les Français , et à ceux mêmes des courtisans qu'il semblait que cette couronne eût mis dans son parti ? A quoi que le cgeur humain puisse se porter, lorsqu'il est agité par une forte passion , j'avais horreur des idées de crime qu'il Ëdlait nécessairement supposer dans des personnes que la naissance j l'éducation , les sentimens soutiennent contre la noirceur et les attentats , quoiqu'elles les laissent capables de quelques faiblesses passagères. Est-ce respect ou délicatesse de sentiment qui me fait penser et parler ainsi ? est-ce simplement l'horreur et l'éloignement de toute action lâche et infâme ? Quoi qu'il en soit , je me trouvai, à la fin de toutes ces réflexions, aussi tranquille que je l'étais avant que le roi m'eût parlé ; et si la douceur qu'on lui connaissait me faisait encore de temps en temps appréhender que la licence ne s'en autorisât par l'espérance de l'impunité, je n'en appréhendais du moins aucun de ces coups accablans ' qui portent une consternation subite.

' Je crains bien que Sully ne se soit rassuré avec trop de iacLlité sur des bruits et des soupçons d'une aussi grande con-

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Quant à l'autre point du discours de sa majesté, il eût été bien plus à propos pour ce prince de fermer la bouche une bonne fois à la reine , en

séquence que ceux dont il est question ici. « 11 y avait lors , <k dit l'auteur des Mémoires pour Vhistoire de Freuice, tant de « bruits de conspirations contre le roi, que l'on croyait à Paris « que c'était le point principal du long séjour qu'y faisait don « Pèdre de Tolède ; c'est pourquoi on souhaitait fort son éloi- « gnement. » Les craintes de Henri n'étaient donc pas mal fondées, et c'est le duc de Su^y qui, dans cette occasion comme dans plusieurs autres, a été, malheureuseifnent pour ce prince, trop attaché à son sens. Il ne servirait de rien de dissimuler qu'un peu de vanité et d'entêtement ont été les défauts d'un caractère digne d'ailleurs d'être envié par mille belles parties.

On croit toujours s'apercevoir, en Usant les mémoires de ce temps-là, que ce petit nombre de serviteurs auxquels Henri lY était véritablement cher n'employèrent point tout ce qu'on aurait pu prendre de précautions pour parer le malheur qui arriva. On n'aurait peut-être rien de bien solide à répondre à quelqu'un qui appellerait ce sentiment un jugement après coup; et il faut convenir encore que, si tous les complots sourds et secrets dont il est parlé dans une infinité d'endroits de ces mémoires, sans pourtant qu'on y voie rien articuler de bien positif, ont été réels , comme l'événement veut qu'on le croie, ils ne pouvaient guère manquer d'avoir leur effet par l'éloignement qu'on connaissait à ce prince pour la sévérité et la vengeance. On doit bien haïr ceux qui, par de pareils exemples, tournent l'esprit des souverains vers le despotisme et la cruauté.

Au reste, la manière dont Sully expose ici le fond de ses sentimens sur tous ces complots détruit absolument un soupçon, qui est venu à quelques-uns de ceux qui ont fait une sérieuse attention sur tout ce qui se passa en ce temps-là. Ce soupçon est cjue le duc de Sully n'ignora rien de ce qui se

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