‹ Mémoires du duc de SullyChapitre 18 sur 78 · LIVRE VINGT-irSUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-irSUVIÈME

pouvoir de mes ennemis de me dépouiller ; surtout en prenant la précaution de leur ôter pour toujours la vue d'un objet capable de ranimer leur haine par l'effet d'une jalousie inévitable ; car, pour n'en pas faire à deux fois, je me fixai dans la résolution , en abandonnant toutes les affaires, d'abandonner en même temps la cour , et Paris même.

' C'est ce que je travaillai à exécuter sitôt que je vis commencer l'année 1611. J'abrég»*ai tout ce détail, qui pourrait être assez long. La reine parut vouloir encore combattre ma résolution ; mais seulement pour la forme. Voici là lettre qu'elle m'écrivit à ce sujet ■: « Mon cousin , j'ai entendu c avec déplaisir le dessein que vous témoignez « avoir de vous décharger du soin des affaires du « roi, monsieur mon fils, et surtout pour ce qui « regarde les finances , 'contre l'espérance que j'a-

de Béthune, chevalier, duc de Sully, pair de France, prince souverain de Henrichemont et de Qoisbelle , marquis de Rosny, comte d^^Dourdan, sire d'Orval , Montrond et Saint-Amand, baron d'£spigneuil, Bruyères-le-Chastel , Titleben, la Chapelle , Novion, Beaugy et Bontin , conseiller du rbi en tous ses conseils, capitaine-^lientenant de deux cents hommes d^itrmes d'ordonnance du roi ; sous le titre de la reine , grand^maître et capitaine-général de Tartillerie, grand-voy^ de France, sur^ intendant des finances, fortifications et-bâtittiens du roi, gouverneur et lieutenant-général pour sa majesté en Poitou , Cfaâtelleraudais et Laudunois, gouverneur de Mantes et de Gergeauxi et oapil«iie di];«château de la Bastilles

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«c vais conçue que you^ continuerieai.à bien servir id en cette charge, comme vous avieefait -du temps fix du feu no i 9 mon seigneur. Xe vqujb prie de bien % penser à oe dessein avant de Teii^écuter; et si cela il arrive^ de me £aire savoir votre résolution , afin ce que je puisse prendre la mienne. Sur ce , je prie « Dieu, mon cousin, qu'il vous ait en sa digne « garde. A Paris, ce 2 4 janvier 161 1. » Ma réponse k cette lettre ayant été telle qu^ vraisemblablement la rdine s'attendait qu'elle serait, deux jours après, c'est-à-dire le 27 janvier %' 3uUion vint

*. Voici (ju^l(|uçs jugçiq£ns $ur cet évéï^smept, i^ie^ fUjOTérçns Içs uns des autres. « L'année 1611 commençs^ par Téloi- « gneinent de M. de Sully, lequel, par Finstance et la brîgiie •« de (deux princes du sapg, fet reculé des affaires. On lui dta f Ia $uriot9Rda«ae (h$ fini^ee» «et l» g^rd^ du tpésQr xqyal. A Qu^nt ^ 1a Pa^till^f la rçtine I4 prit «t h ^onn9^ çn ga^^de ^

« M. de Châteaui^euf ( il faut lirç Châteauvieux). Qn fit trois « directeurs poiur -manier les finances, qui furent MM. de 4 ÇMlewm^îy 1^ pr^^ident de Tt^OV ^t l^juwin; vçkm II #e n 4^|de|r wy îyoute la chgrgç d^ ispp^r^lçi^r^^n^;^! f)^

«:fiq^pe9,;«e qui )w ^ doiifi^ l'^ntiisr m^pj^itmat, k )W « p)t}sipn 4e9. ««rtres, qi4 ft^i^tgi^fU; ^eipfwt à l» (Ji|:eçliQ»^»»

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m'apporter les brevets da décharge pour mes deux charges de surintendant des finances et de capitaine de la Bastille , dans la forme la plus authen-r

« miers à la reine ; les ministres s'ouvrirent , et le marquis « d'Ancre lui donna le dernier coup ; ainsi il se vit contraint « de se retirer au commencement de février, etc. » Histoire de la mère et du fils, t. i, p. a 35.

« Les uns ont écrit que le duc de Sully s'était démis volon- « tairement, peu après Taccord de MM. les comte de Soissons « et duc de Coîse, en les mains de la reine, tant de la Bastille, « que de sa charge de superintendant des finances. Aucuns dite sent qtMTrant tout ce qu'il possédait à la reine, il fut pris « au mot. ly'autres tm mit parlé diversement ; et lui dit le con- « traire, en cette tetire adressée à la reine', et qui fut lors im- « prkfiée. * [JHereurefrançms, année i6 il.) Ensuite est rapportée la lettre éeeite par SuHj à la reine, qui ne se trouve point dans les mémoires de Sully. Les mémoires de la régence de Mme de Médieis, 1. 1, p. '^7, disent de même que ce fut le duc de SuNy <{ai «félicita sa démission, et que la reine eut iMaueoup de peine à la lui accorder.

Il y À apparemment quelque chose de vrai dans f une et Tavtre de ces. deux opinions; c'est-à-dire que Sully aurait sans doute consenti fort volontiers À garder sa place, pourvu que ifeût été «fec la même autorité, quoique ce n'eût jamais été avec le iliême agrément que sous le feu roi; mais que les efforts qu'il fit peur eek aliénèrent de lui la reine, les grands et les ministres, et l'en éRgoétèrent hn-rmême, lorsqu'il vit qu'il y travaillait motilement'. Le récit de rhistoiien Matthieu n'a rienque^-conforMe à cette idée, eft Raccorde en même temps avec renoua de tios mémoires. « Le due de Sully, dit-il, re- « eoavat 1>ieB^ après la mort de Henri le Grand, qu'il ne pouft "vait 4tre eneenou^ean règne ee qu^ avait été' au précédent, « et que fk é m i tié du eomrte de Sc/issons pousserait à sa ruine. « Comme on lui avait déjà été la connaissance des finances,

tique, et en même temps la plus avantageuse pour moi. Sa majesté^y déclare que ce n'est qu'après des supplications réitérées de ma part qu'elle

« la reine fat conseillée de lui ôter la Bastille. On trouvait cela n si hardi, que Fou disait que Henri le Grand ne Teùt pas « fait, de crainte que ceux de sa religion ne s'en ressentissent. « £Ue ne trouva toutefois que de l'obéissance au commandent ment qu'elle lui fit de remettre cette place à Châteauvieux» ti son chevalier d'honneur. S'il en eût fait quelque difficulté, « quelques grands de la cour, qui craignaient l'exemple de la « constance , eussent rendu cette remise plus difficile. Comme « il fut dépouillé de cette place , il reconnut le préjudice de <c cette facilité , et demanda congé à la reine pour s'en aller à H Rosny , disant qu'il n'y demeurerait que trois jours. Quand «c il y fut, ceux de sa religion lui dirent qu'il ne devait plus « retourner à la cour, où il avait été si maltraité. Sa femme et «son frère le conjurèrent, au contraire, et il y revint Mais « ceux qui n'avaient pas été de cet avis s'éloignèrent de lui, « estimant que c'était peu de générosité de ne pas témoigner « plus de ressentiment de cette défaveur. La reine le reçut de «c bon œil ; mais le comte de Soissons le fit éloigner entière- <c ment de toutes les affaires dont il avait eu tant de connais^ n sance sous le règne de Henri le Grand. Se voyant ainsi déchu, « et de créance, et d'emploi, il s'en alla à Sully; et ne s'y teff nant pas assez assuré, il passa en Bourbonnais. » Cet écrivain ajoute qu'un des principaux motifs qui faisaient tout tenter aux protestans pour le jeter dans le mécontentement, était l'envie qu'ils avaient de profiter de ses grands biens, pour l'intérêt de la cause commune; mais qu'il se rendit au sage conseil que lui donna La Vallée, ce lieutenant-général de l'artillerie, dont il a été parlé, de se tenir retiré chez lui, sans s* mêler d'aucune des brouilleries qui survinrent bientôt Ibid. pag. aa. ...

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