LIVRE VINGT-NEUVIÈME
Ce qui venait de se passer au sujet de Clèves , et le dernier procédé de la régente à mon égard^ achevèrent de m'ôter toute espérance de pouvoir jamais ramener le nouveau conseil aux saines maximes sur les deux principaux points du gouvernement , la politique et les finances : au contraire , le changement de M. le prince , ce que je voyais tous les jours se passer sous mes yeux , et surtout l'air de dissimulation dont on venait d'user en dernier lieu, achevèrent de me persuader que le mal était devenu sans remède , et qu'on ne sortirait, de tout ce chaos , dans lequel les affaires du conseil paraissaient ensevelies , que par le dénouement que j'avais toujours si fort appréhendé. Il fallait du temps pour le préparer , parce que , quelque autorité qu'on ait, des liaisons aussi fortes et aussi sagement cimentées que l'étaient
celles qu'avait contractées le feu roi, pour la destruction de la puissance autrichienne, avec tous les potentats de l'Europe intéressés à son abaissement, et principalement avec les princes protestans , ne se rompent pas du premier coup , ni quelquefois sans un effort qui peut avoir de fâcheuses suites. Mais que toute l'étude de la régente et de ses conseillers ne se tournât pas à les rendre inutiles, c'est de quoi il m'était impossible de douter. La prévention en faveur de ce qu'ils appelaient le parti de la religion, la haine contre tous les pro testans français et étrangers , un penchant naturel et fortifié par l'habitude à s'unir avec l'Espagne , dont ils n'avaient pu s'empêcher de suivre, même publiquement, tous les mouvemens, lorsque les desseins de Henri le Grand, prêts à se manifester, les convainquaient de soutenir une cause odieuse et désespérée , tout cela ne devait pas se ralentir lorsque , par le hasard le plus inespéré , ils touchaient à l'accomplissement de ce qu'ils avaient le plus ardemment souhaité. Ma religion , mes engagemens , les conseils que j'avais donnés au feu roi , dont l'effet indubitable aurait été du moins le libre exercice de la réforme en France et par toute la chrétienté ; la mort même . de ce prince , qui semblait me déclarer l'unique dépositaire de ses sentimens et Veocécuteur de ses pn^ets ; des moyens pris d'une