‹ Mémoires du duc de SullyChapitre 21 sur 78 · LIVRE VINGT-NEUViiME. 5l · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-NEUViiME. 5l

leurs talens et leur mérite. Duret devint trésorier dç France , président de la chambre des comptes , et contrôleur-général des finances ; Kenouard, correcteur des comptes; La Clavelle, intendant des ponts et chaussées; du Maurier, qui avait quitté le duc de Bouillon pour moi y fut , selon son goût et son talent , employé dans les affaires publiques : il a été ambassadeur en Hollande; Murât , trésorier de l'extraordinaire des guerres ; Lafont , dont j'ai fait plusieurs fois mention dans ces mémoires, s'attira la confiance du feu roi, qui, entre autres bienfaits ^ le fit l'intendant de ses meubles ; GîUot, secrétaire dé l'artillerie ; Le Gendre , etc. Toutes ces personnes sentirent avec raison combien ils allaient perdre à ma retraite; et il n'y eut ni prières ni moyens qu'ils n'employassent pour rompre ma résolution. Je rends justice à la plupart d'eux, qu'en agissant ainsi, ils crurent servir mon intérêt, du moins autant, que le leur. Pour les deux Arnaud , l'aîné surtout , et quelques autres , mon dessein les toucha médiocrement. Ils auraient même été bien fâchés que j'eusse changé de sentiment , et ils furent cependant ceux de tous qui m'en firentles plus fortes^ instances. Arnaud l'aîné joignit en cette occasion l'ingratitude^ l'avarice et la fourberie. Aussi mal prévenu de la capacité de Jeannin dans les finances que plein de la sienne propre , il fut un de ceux qui travaillèrent le plus

fortement auprès de Conchini à lui faire donner une charge, dont il se flattait dq garder tout l'essentiel pour lui.

Je lisais, jusque dans le fond du cœur de ces p^rsônne^, des sentimens ^qu'ils s'imaginaient peut-être y tenir bien cachés; mais je me rendis maître d!un ressentiment qui me parut trop bas pour m'y abaisser, et, les prenant chacun séparément, je leur donnai le seul conseil que la conjoncture présente et la connaissance de l^urs dispositions me firent juger véritablement utile à l'avahcement de leur fortune. Je dis à Arnaud l'aîné qu'il avait en main de quoi faire très-bien sa cour à la reine par quantité d'excellens mémoire sur plusieurs des affaires de finances les plus importantes , dont il était aaisi; et qu'afin que ce sacrifice ne perdît rien de son prix , il fallait quM l'offrit par les mains de madame de Conchini, à laquelle je lui conseillais très-sérieusement d^ faire en même temps celui de sa personne et de toutes ses volontés. Je renvoyai de même l'autre au chancelier, à Villeroi, à Jeannin, et surtout à Conchini , l'unique oracle qu'il avait à consulter dans l'exeroîce de sa charge, aussibien que le mestre-de-camp lui-même; et je crois que , si le conseil était bon , avec cela il ne leur déplut pas. Duret, outre toutes ces mêmes personnes, pouvait encore se servir utilement du

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