LIVRE VllU>T*NEUyi£M
sommes, dis-je, qui réunies font un million dix mille livres , furent placées par moi , ainsi qu'on va le voir.
J'achetai une moitié de la terre de Rosny deux cent dix mille livres. La terre de Dourdàh , que j'achetai de Sancy , qui la tenait des Suisses, me coûta, outre l'argent que me devait Sancy, cent mille livres d'argent déboursé ; celle de Baugy , cetiit vingt mille livres. J'ai eu Sully, du duc de La Trimouille , pour cent cinquante mille livres , et Yillebon , par décret , pour cent mille. I^es trois contrats que j'ai faits avec le duc de Nevers sont de deux cent dix mille livres; savoir, Montrond, cent mille , la Chapelle cinquante^six mille , et
gneurîes dont le duc de Sully, leur père, avait disposé en faveur de ses enfans du second lit, comme nous le rapporterons bientôt, ayaiit été réunis sur sa tète, ils furent érigés en duché-pairie sous le nom de Béthune , et cela en considération des grands services qu'il avait rendus à l'état , et particulièrement pour avoir mis sur pied, à ses frais , un nombre considérable de gens deguerre, infanterie et cavalerie, dans le besoin pressant «pi'avait sa majesté, alors en guerre avec les Espagnols, le duc Charles de Lorraine, le prince de Condé et autres sujets rebelles. C'est en ces termes que s'expriment les lettres de cette érection, données à Meltm, au mois de juin i652. Le duché de Sully a passé' à cette branche , en i63o , à la mort de Ifaximilien, cinquième duc de Sully, dans la personne de Louis- Pierre-Maximilien de Béthune, petit-fils de ce François, duc d'Orval, auquel il a été adjugé par im arrêt du conseil des dépêches, en en payant le prix à Armand de Béthune, son grand-oncle, abbé, puis comte d'Orva}.
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Henrichemont cinquante-quatre mille. Enfin j^ai encore acquis du duc de IVloutpensier la terre dia Châtelet pour soixante mille livres ; celle de Cu** land , par décret, quatre-vingt-huit mille, et celle des Is.çn Beauce, soixante-quinze mUle. Le total de tous ces acquêts , qui est de onze cent dixneuf mille livres, surpassant, comme on voit celui des deux sommes de recette ci-dessus de cent neuf mille livres , cette somme se trouvera à reprendre sur les articles de recette , qui seront mis ciaprès ikCar je veux, pour l'entière satisfaction du lecteur , pousser ce détail jusqu'à lui exposer ce qu'il^^ ne pourrait exiger de moi , comme sortant en quelque manière de l'objet que je traite , je veux dire les différentes sommes que j'ai touchées après la mort du roi, en récompenses de mes charges, bienfaits du roi régnant, et autres effets; c'est pour cette raison que j'ai traité ci -dessus Varticle d'une manière si abrégée. J'en rendrai compte jusqu'au temps où je me déterminai à ne garder presque plus rien de toutes les charges que j'avais possédées.
Les trois cent mille livres dont sa majesté m'avait expédié des lettres-patentes étaient en même temps un don de ce prince , et . une espèce de ré- * compense de la surintendance des finances et du gouvernement de la Bastille que je résignais entre ses mains. U me fiit prendre soixante mille livres
LITRE YINGT-NISUVIÈHE. ' 7I
àè ma compagaie de gendarmes delà reine,. dont je refusais deux cent mille livres. Je m'accommodai avec Fourcy de la surintendance des bâtimens potu* cinquante mille livres , qui fut le prix qu'y mit sa majesté ; j'en refusai le dou^e. On m'offrit trois cent mille livres de mon gouvernement de Poitou ; je le cédai à Rohan , qui en avait obtenu l'agrément du roi pour deux cent mille. Je perdis de la même manière cent mille Kvres -sur les charges de grand-voyer et de capitaine héréditaire des canaux , navigations des rivières, etc. Les trésoriers de France ne m'en pflEyèrent que cent cinquante mille livres. Sa majesté me fit aussi rembourser cent cinquante mille Kvres pour la terre de Dourdan , et j'accommodai encore M. le prince^ de la terre de Villebon , dont il me promit cent cinquante mille livres, qu'il •m'a effectivement payées depuis. Je destinais ces ^ùx definères sommes pour la dot de ma jeune jfiUe, pkni^Kffîcile à placer que son aînée. Je joins k ces sâfumes celles qui me revinrent de mes bénéfite^ ; car je crus qu'il ne m'était pas moins permis d'en tirer de J^argent qu'aux ecclésiastiques qui les achetaient de m'en donner , et au pape de le permjsttre, comme il faisait par ses bulles. Je pris donc sans façon un indulgence de^ quatre-vingt mille livres , d'un abbé qui me fut adressé de la part de M. le^ince pour mon
7^1 MEMOIRES DE SULLT.
abbaye de.Coulons. Béthune, qui était , aussi-bi^i que son fils, le plus scrupuleux catholique romain que j'aie jamais connu , à l'ombre des bulles^ me retira l'abbaye du Jard pour quarante mille livres: un abbé des amis du duc de Rohan celle de rOr à Poitiers pour soixante-dix mille , et l'argentier Yaucemain , ou plutôt son fils , celle de l'Absie pour cinquante mille livres. Toutes ces sommes font ensemble un total de treize cent mille livres. Mettons de suite l'emploi que j'en ai £ait.
J'achetai de M. de Lavardin la terre de Montricourt , et celle de Caussade , du sieur Palliers , pour cent soixante mille livres , les deux. Ma fille cadette ' ayant, comme je l'ai dit, besoin d'un peu d'avantage pour trouver un parti sortable, à cause de quelques incx)mmodités , je lui donnai, en la mariant à M. de Mirepoix , quatre cent cinquante, mille livres en espèces. Les autres frais, meubles ^ et surtout les pierreries que me coûta oe>^mariage^ forment encore un article de plus de cinquante mille livres; je mets pour tout cinq cent mille livres ; et je dirai en passant , ce que tout le monde a su d'ailleurs , qu'une tendresse paternelle qui se déclarait par des marques si peu équivoques n'a été payée de la part de la fille, comme de celle
' Lotiise de Béthiine; elle épousa, le 29 mai 1620 , Alexandre de Lévisi marquis de Mirepoix. ;
UYIIX YIHGT-HXUVIÈICE. 'j3f
du gendre, que d'une insigne ingratitude. J'ai prêté à quelques villes , et principalement à celle de la ftochdle, plus de deux coït cinquante mille livres, que le ^ége et la prise de cette ville, et les guerres qui se sont élevées contre la religion m'ont presque £ût perdre entièrement Ce que j'ai prêté à dififérentes fois au marquis de Rosny , ou ce que j'ai payé de dettes pour lui , monte au moins à trois cent mille livres. Les revenus que je me suis Êdts en Languedoc et en Guienne , par les greffes et les rentes que j'y ai achetés, m'ont coûté de déboursé un principal de quatre cent mille livres, et la maison que j'ai achetée dans Paris , deux cent vingt mille livres. Enfin , en calculant mes mémoires de dépenses* en bàtimens et a.utres ouvrages, en meubles, en frais de voyages et autres de cette espèce, je trouve un capital de sept cent mille livres. La somme de ces articles compose deux millions cinq cent trente mille Uvres : ce qui la rend siqpérieure au total de la recette qui la précède de douze cent trente mille Uvres. Les articles suivans indiqueront d'où était provenu ce surplus. ^
On a pu remarquer , presque dés le commencement de ces mémoires, que uxon appUcation à l'économie domestique me la fit mettre en usage jusque dans une partie qu'on en croit naturellement exceptée, je veux dire dans les profits mi^
^4 lléifO[R£S ne SUIiLT.
litaire^ qu'on fait ^ toit sur des prisonniarB , soit de la rançon ou du sac des villes prises d'assaut , et dans d'autres occasions de cette nature ^ C[u il n'est pas besoin de détailler ici. A la paix de Vervins i je trouvai que tous ces profits , si petits en déUiU qu'on ne daigne presque pas y &ire d'attention y faisaient pourtant tin total de cent mille livres , ou enviro^i. La guerre de Savoie vint ensuite, qui me valut le double^ en canons , arme», munitions, etc., pris srur lés ennemis, pour ma portion comme grand-maître de l'artillerie. Voilà donc , premièrement , trois cent mille livres de cette party J'en trouve autant , e» rassemblant le prix de tous les présens qui m'ont été faits en différentes occasions ; je ne parle que de ceux que j'ai reçus comme personne publique , et dans des occurrences où il ne m'eût pas été séant de les refuser 4 comme dans mes ambassades et négocia^ tions; au mariage du roi, de la part de la reine et du grand duc ; de celle du duc de Loiraiite et dé Madame, aux noces de cette princesse} les premiers jours de chaque amiée , de la part de leurs majestés et de la reine Marguerite. Il aurait été ridicule de témoigner sur ces présens et sur quelques autres semblables la délicatesse que je montrais pour tous ceux qu'on voulait me faire avec quelque moUif dMntérét. Je dirai pourtant que j'eus encore (e scrupule de ne vouloir rien toucher
UTEE vinGT-msuviàME. 75
de cette iHaaière sans que la chose donnée fut «primée dans lln^brevet) que je priais sa majesté de me £iiire eiqpédier pour chacun de ces dons ; lesquels, pour être en pierreries et ea bijoux, n'en ont pas moins composé une somme de cent mille écus. Je revendis la terre de Dourdan cent cinquante mille livres, avant la fixation de mes gratifications à vingt mille écus, dont j'ai-parlé, et qui n'arriva que depuis 1601. Le feu i*oi, n'écou«^ tant que son grand cœur et l'amitié dont il m'haf norait, me fit accepter plusieurs autres dons qui n'ont point encore trouvé leur place jusqu'ici ,. et que je ne crois pourtant pas moindres de deux cent mille hvres. Enfin , depuis que n\on revenu annuel fut devenu aussi considérable qu'on vient de le voir , il n'est pas étonnant que la maxime que j'ai toujours suivie , qu'il ne faut jamais dépenser son revenu en entier , m'ait encore jeté ^ au bout de quelques années , une somme assex GonsidéraUie« Si on la suppose de trois cent cinquante mille livres , toutes mes dépenses domestiques remplies , cette somme ^ ajoutée aux quatre précédentes , fera à peu pik*ès celle que nous cher«chions, de douze cent et tant de mille livres, ce qui mettra une égalité parfaite entre la recette et la dépense. Je crois inutile de répéter ce que j'ai pu dire ailleurs de la dépense oouranle de ma mai^oit ^ .
Ce que je vais <lire des arrangemens de biens et des transactions que je fis avec M» le prince pourra n'être regardé que comme de simple curiosité ; je n'ai pas voulu l'omettre , parce que ce n'est point m'éloigner du sujet que je viens de traiter. Lors* que la guerre contre la religion vint à se rallumer sous le nouveau règne, M. le prince , cherchant à m'éloigner de ses gouyernemens , où j'avais d^assez belles terres, et même quelques maisons assez fortes, me fit proposer de les lui vendre toutes. Je craignis que, si je le refusais, le temps et la guerre ne lui fournissent deux prétextes de m'en chasser , que la force aurait fait trouver bons. Je savais que ses conseils n'avaient pas peu contribué au parti qu'on venait de prendre contre nous , et l'on m'avertit qu'il songeait encore à faire pis à mon égard. Je l'accommodai des terres de Yillebond, Montrond, Orval, Culand, le Ghâtelet, d'autant plus volontiers , qu'avec cela il m'en faisait offrir plus qu'elles ne m'avaient coûté , et plus qu'elles ne valaient en effet. Le contrat fut donc passé entre nous V moyennant douze cent mille livres, pour ces cinq téipres; ce qui, à la vérité n'était pas de l'argent comptant ; mais il ne m'en coûtait pas beaucoup d'attendre quelque temps la commodité die M. le prince.
Ce que je n'attendais pas, c'est qu'au bout d'un certain temps ce prince imagina, comme unmoyim^
Êidle d'acquitter tout d'un coup et principal, et arrérages , de demander au roi la confiscation de mes biens , procédé que la guerre rendait: assez commun alors. Sa majesté me fit encore la grâce de se souvenir de moi en cette occasion , et de rejeter avec une espèce d'horreur une si lâche prière. La paix vint à se £siire avec Cela, et M. le prince. se vit bien obligé d'entrer en compte avec mol. Son appétit s'était accru de la terr^ de Baugy , qu'il &llut encore lui céder , comme toutes les autres, afin. que par aucun côté je ne fusse plus son voisin. Il s'était: dégoûté de la terre de Yillebon; il mè' rendit cette dernière, et y joignit celle dé Muret , autrefois possédée par une Jeanne de Bér thune , pour faire un équivalent à la terre qu'il convoitait avec ; passion. On trouva que rechange ne m'était pas désavantageux, et cette msfnière de s'acquitter par des échangea' ayâ^ht plu à ce prince, il me .cédsf, les unes après les autres, poqr le prix d|^ ses contrats ayec moi, les terres de Nogent, Montigny , Chanrond, Vitrai, le marquisat de Conti , Breteuil , Francatel et la Falaise , subrogées aux mêmes droits que mes terres échangées, te principal -desquels était à nves yeux* k^- Itd que me donhàicint \é& léttres-pateçltes du tlA\ de les appeler un. bien que je tenais des lilbér^- Utés, etpa^ une disposition formelle du roi mon
^8 MiHIOIRBS DE SCLLT.
matt^e^ Voilà coniment je sortis de procès avec M. le prince.
Au reste c'était une douille injustice à ce prinot
* P^ipi les papiers qui renferment le^ preuves de ce qi|ç M. de Sully rapporte de ses démêlés avec le prince de Condé, que le duc de Sully d'aujourd'hui m*a fait l'honneur de m% «ommuniquer, je trouve deux lettres qu'on ne sera pas fâdit 4e yoif insérées ici ; Tun^ est du priçpe dç Cond^ ay pinqmier ^ucde Sully; l'autre du prince dç Conti au marquise de B^ thune (I^aximilien-Alpin), grand- père de M. de Sully vivaiit.
Lettre du prince de Condé ov àuç de Salfy.
' Monsieur , j'espère d'avoir l*hoBiienr de vous voir bienlôL P|^ cf 'pqrt^\ir feulement vous ^aure* le^y» et les cpuditipon d'içelle. Vous connaîtrez aussi p^r mes procédures con^bien m désire le service du roi et le bien public , et votre particulière amidé) que je chéris passionnément; je vous supplie d*cn' (kiM état assuré; Je ipe dispose, suivant na promesse 0% la vôlMV 4'aç)^yer. nptf^ mfrché poAur V^^^li^aD^ et yçus ff»*ai «^vcîn (avec supplication de vous y trouver à cet effet) le Uçu où je pourrai avoir l'honneur de vous. entretenir. Je suis,
Monteur ,
Votre très-humble cousin et servilèdf V
HxKRi DK BômiBiàir. *'
, ^ff<*^ Ç(¥.firinÇÇ^de.Çqni^^.4^ifmar^^if dç i^tàun^y,,i.,.,
If<imi«ur»'i9 mis eiiAm>i;4imy?tm9ntprf94ép9r|è cqpmh;
d'Ory^ f|^ Cf^çi^tir àTaccpmmqfiqinçnt q^U vçut f^ire.fivjw le vicomte d^ Meaux, pour la terre de Chanrond ; et il ra'qffre m^mè lès sûretés'poûr nié décharger de la garantie à laquelle fbti monsieur m6n pèreti'était=bl^H|gé^ l^aimknns, je'ne lui fd'