‹ Mémoires du duc de SullyChapitre 33 sur 78 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

Comme il ne doit être question dans tout ce livre que de plans et de projets politiques pour le gouvernement de la France et de toute TEu^ rope , il me semble que je puis le commencer par des réflexions plus générales sur cette monarchie , et même sur l'empire romain , des débris duquel on sait qu'elle à été formée, aussi-bien que toutes les autres puissances qui composent aujourd'hui le monde chrétien.

Lorsqu'on se représente tous les états par lesquels Rome a passé depuis l'an du monde 3064, qui est celui de sa fondation ' , son enfance, son adolescence, sa virilîté, sa caducité, sa décadence, et enfin sa ruine; ses vicissitudes, qui lui sont communes avec les grandes monarchie qui l'ont précédéife^ feraient presque croire que le temps dispose et se joue des empires comme il fait de toutes les autres parties de la nature. Peut-être même que , portant cette idée plus loin , on découvrirait que le cours des uns, ainsi que celui des autres, est sujet à être troublé par certain mouve-

' Le sentiment le plus reçu aujourd'hui est celui de Yarron, qui place le temps de la fondation de Rome près de deux cent! ans plus tard.

ment extraordinaire, que rien n'einpéche d'appeler des maladies épidémiques , qui fort souvent hâtent leur destruction, et dont la guérison, devenue plus facile par cette découverte , pourrait les sauver du moins de quelques-unes de ces crises qui leur sont si funestes.

Mais si nous voulons nous attacher à des causes plus naturelles et plus sensibles de la chute de cet empire si vaste et si formidable , nous les aurons bientôt trouvées dans le changement des lois et des mœurs auxquelles il devait son agrandissement; dans le luxe, Tâvarice et l'ambition; enfin dans un autre motif, dont l'effet lie pouvait guère être prévenu par aucune puissance humaine ; je veux dire, dans l'irruption de ces flots de peuples barbares , G<Dths , Vandales , Huns , Hérules , Rugiens , Lombards , etc. , qui liSî donnèrent les uns après les autres, et souvent tous ensemble >de si furieuses secousses , qu'il en fut enfin renversé. Rome fut saccagée trois fois par ces barbares ' : en 4 1 4 9 sous Honorius , par Alaric , chef des Goths ; en 459, par Genseric, roi des Vandales, sous Martien; et en 546, sous Justinien, par Totila et les

* Ces trois époques ne sont pas lout-»\-fait justes. La première est en 410, au lieu de 414 ; la seconde, en 455 ou 4 S6; et la troisième, ea 55a, sous Téjas, successeur de Totila, et derni^ roi des Goths. Le pillage dura pendant quarante jours.

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