LIVRE TREirriÈMlL fl
l'on veut^u moins qu'il y ait une- religion donit-^ nante, lé tempérament à apporter est de per* mettre d'en sortir , si Ton trouve trop sévères les régleçiens par lesquels la religion calviniste serait toujours clans la subordination de la religion du prince. Tous les autres n'ont pas besoin de nou« voiles règles : nulle violence sur ce point ;• liberté entière, puisque cette liberté y a pas&é en principe même du gouvernement.
Tout se réduit, comme on voit, sur cet article» il un très-petit nombre de maximes, d'autant plus sûres, qu'elles ne combattent le goût de pw sonne. Les protestans sont lort éloignés de prétendre faire embrasser de force leur Veligioln i ceux de leurs voisins qui ne s'en accommodent pasw Les catholiques pensemi^sàns doute de même; et4'on ne fait aucun tort Au J^p6 €ii J'exduant ie ce qu'il convient qu'il ne possède plus depuis bng-terops. Ce sacrifice de droits chimériques serait plus que suffisamnàent payé par la dignité royale dont il doit être revêtu, et frar Thonneor de servir après cela de médiàteur^à tous les prin-em chrétiens ; qualité dont il jouirait aloq» sans jalousie, et à laquelle on ne peut nier qnt cette t^ur ne soit , par sa sagedse, ta plus propre de toutes.
Un autre point du plan politique qui coneerbè encore la rdigioo^ regarde les ]^riiices înfidèles^
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cLe TEUrope, et consiste à en chasser entièrement ceux iju^bn ne voit nulle apparence dei pouvoir amener à aucune des religions chrétiennes. Si le gratid-duc^de Moscovie, ou czar de Rxissie, qu'on croit ^tre J'ancien knés dé Scythîe , refuse d'entrer dans f association^ après qu'on la lui aura proposée, oiale doit traiter comme le sultan de Turquie, le dépouiller, de ce qu'il possède en Europe , et le relégueren Asie, où il. pourra, sans que nous nous en mêlions , continuei* tant qu'il voudra la guerre qu'il 9< presque continuellement avec les Persans etâto Turcs.
Pout* venir à bout de cette entreprise, qui ne paraîtra a^oir rien de difficile d'abord ^u'on suppose <|ue tous les princes chrétiens y concourent unanimement:, il Â^^li^ question que d'engager cha<^ d'eiix à seuti^er lui-même pour l'entreti^ des gen» de guerre et pour toutes les autres choses nécessaires à la faire réussir. En attendaiit que le conseil générât, dont il sera parlé plus bgis, eût spécifié toutes ces valeurs, voici quelles étaient à cet égard les idées de Henri le Grand. Le . p2||>e fournirait pour cette expédition huit mille hommes d'infanterie , douze cents hommes de cavalerie, dix canons et autant de galères; l'empereur et les cercles d'Allemagne soixante mille hommes d'infanterie , vingt mille de cavalerie , cinq gros canocis ,. dix galères ou vaisseaux ; le roi
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de France vingt mille hommes d'inÊinterie-, quatre millç de Cavalerie, vingt canons, dix valfeeaux ou galères; TËspagne, la Grande-Bretiflgne ,- le Da* n^narck, la Suède, la Pologne, pareil jiombré que la France , avec le . seul égard de compenser différemment entre ces couronnes .^siûvlQkt les commodités, le fournissement rie ce qul^appartient ^au service de mer; le roi de Bohême cinq mille hommes d'infanterie, quinze cents de ba- Valérie, cinq canons; le roi de Hongrie douze mille hommes d'infanterie, cinq mille de &valéri<e , vingt canons , six vaisseaux ; le duc, de 8a- . voie , c'ést-à-dire le roi de UbmBardie , huit mille honmies d^infanterie , quinze cents de cavalerie , huit canons, six galères ; la république de^'^ebise
dix mille hommes d'inf^SlS^^» douze cents de cavalerie , dix canons , yj^^^nq* galères ^' . république helvétique quinze mille hommes d'in- &ntme , cinq mille de cavalerie , douze canons. La république belgique douze mille hbmmes (Tinfiamteiie, douze cents de cavaleHe, douze canons, autant de vaisseaux; la république italique dix mille hommes d'infanterie, douze cents d« cavalerie, dix canons, huit galères. Le tout ensemble composerait environ deux cent soixante-dix taille hommes d'infanterie, cinquante mille hommes de cavalerie, deux cents canons, et cent vingt vaisseaux ou galères, soudoyés , équipés et entre»
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teB^A^ aux frais de tous ces états, chacun suivant leur {M>rtioii,
Cet arm^ent des princes et états de r£uro|ie ]teràlt.si peu Considérable, et si peu gênant , com« pirré ftui^ forces qu'ils sont dans Tusago de tenir sur pfèç) cpiJtre leurs voisins ou contre leurs sujets^, qiïë, quand 41 aurait dû subsister pef^étuel«> lement, il n'y aurait eu à cela aucun inconvénient; c'aurait même été une excellente école pour la guerre. Mais, outre que les entreprises auxquelles on ^llr destinait n'auraient pas toujours duré, on aurait pu diminuer le nombre et les frais à proportfon des besoins t^ui n'auraient pas toujours été les m^ës. Je suis persuadé cependant que cette îIHéê aurait été si fort du goût dotons ces princes , qu'après qu^ auraient conquis par ce moyéff tout ce qu'ili|n*e devaient pas souffrir qu'aucun étrange!^ partage .avec eux en Europe, ils auraient cherché à y joindre les parties de l'Asie le plus à leur commodité, et surtout la cote entière d'Afrique, trop voisine de nos états pour n'en être pas incommodés. Une précaution unique à pren<^ dre, pa)* rapport à lous les pays conquis, eût été d y fonder de nouveaux royaumes, qu'on déclarerait unis à la république chrétienne, et qu'on distribuerait à différens princes, en exduant soiiglieusement ceux qui tiendraient déjà rang parmi lea aouterains de VEurape.
L(yaE ;r.RE]fTjÈMB. i ig
La partie du dessein purement politique.rotr** lait presque tout entière sur un premier prélii|ii«' naire, qui nViurait, ce nie semble, souffert guère plus de difficultés que Tarticle précédent ; c'était .^e dépouiller la maison d'Autriche de l'empire de tout ce qu'elle possède en Allemagntç, en Italie, et dans lés Pays-Bas; en un mot, de la i^uit-e au seul i;Qyaume d'Espagne renfermé entre TOoéan , la Méditerranée et les Pyrénées , auquel on aurait laissé seulement, pour le rendre égal aux autres grandes dominations monarchiques ^e l'Ei^pè, la Sardaigne, Majorque, lyiinorque et autre? îles sur ces côtes ; les Canaries ^ les Açores et le Çap- Vert f avec ce qu'il possède en Afrique ; le Mexique , avec les lies de l'Améric^e qui lui appàr^ tiennent, pays qui suffijlpient seuls à fonder de grands royaumes; en6n le& Philippines ^ Goa, les Moluques , et ses autres possessions» en Asie.
Sur quoi il ae présente à l'esprit l'idée d'ut moyen .propre à dédommager la maison d'Autriche de tout ce qu'on lui olait en Europe; c'était de le lui faire regagnçr daiis les trois autres parties du monde, en lui aidant à s'emparer, et en la déclarant l'unique propriétaire; de tout ce que nous y connaissons d'habitable , et qu'on y pour^ r»t découvrir dans la suite. On suppose pour cela qu'elle n'aurait pas obligé , par sa résistance, à emfdoyer là force contre elle; et même, àfms
f ftO MEMOIRES D£ SU^^LT.
cette supposition, ce n'étatt. point au prince de cette maison, régnant en Ëspagne^qu'il eût fallu assujétir ainsi les trois parties du monde, mais à différens princes de la même ou de plusieurd^ brancbes, lesquels, après cela, n'eussent été fenuaqu'à l'hommage envers la couronne d'Espagne, OU tout au plus à un tribut , tel que l'exigeaieot les anciens conquérans. Par là cette maison , qui veut être la plus puissant du monde, aurait pu continuer à se flatter de cet avantage, sans que lés autres l^ii eussent envié cette prétendue grandeiff.
JLes ^es de la maison- d'Autriche pour la monarchie universelle^ mises en évidence par toutes les démarches qu'elle a fait faire à Charles-Quint et à son fils, ont rendu la sévérité de ce traitenîent aussi juste que nécessaire; et je dis déplus qu'elle* même n'aurait eu aucun sujet raisonnable de s'en plaindre. Il est vrai qu'on lui enlève TËmpire, mais auquel, à parler juste, elle n'a pas plus de drpit que tous les priilces d'Allemagne , et même de l'Europe. Si la chose ^vait besoin d'être prou-^ vée, il ne faudrait que lui rappeler à quelles conditions Charles-Quint lui-même, le plus puissant d'eux tous, fut reconnu empereur; conditioi^ qu'il jura solennellement d'observer à Smalcade, en présence de sept électeurs ou princes» et des d^pnités de vingt-quatre villes protestantes , le land-^
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grave de Hesse et le prince d'Anhalt* portant la parole pour tous. Il jura , dis-je , de ne jamais déroger en rien aux lois reçues dans l'Empire , et •ommément à la fameuse bulle d'or^ portée sous Charles IV , sauf à les amplifier , mais par le conseil' et du consentement exprès des prioces souverains d'Allemagne, de ne touclier à aucun de leurs privilèges; de n'introduire aucun étranger* au conseil ; de ne faire ni guerr.e ni paix sans leur aveu ; de ne donner les charges et dignités qu'à des Allemands naturels ; de ne se servir, pour les dépêches que de la seule langue altemipde; de ne point établir d'impôts de son seul iqpuvc^ ment ; de n'appliquer aucune des conquêtes à son profit particulier. Il renonça formellement surtout à l'hérédité de la dignité impériale - dans sa maison ; et conformément au* second article de la bulle d'or , il jura qu'il ne ferait point reconnaître de roi des Romains de son vivant. Lorsque les. protestans d'Allemagne , après en avoir presque • chassé Ferdinand, consentirent à lui déférer la couronne impériale, ils renouvelèrent soigneusement avec lui tous ces articles ^ et les lui firent jurer, avec de nouveaux réglemens pour le lilAre ^Lercice de leur religion.
Quant aux possessions de la maiiaon d'Autriche dans l'Allemagne, l'Italie et les Pays-Bas, qu'on lui ote aussi, pour ne rien dire ici de ce qu'elle
n'y doit qu'à une usurpation tyranfiique, on ni la prive 5 après tout, que de pays qui sont pour <elle le sujet de si grandes dépenses (je parle surtout de l'Italie et des P^ys-Bas), que tous ses tréi^ sors, des Indes n'y ont pas suffi; et d'ailleurs on l'indemnise par des étabiissemens aussi consîdé«* râbles pour le moins , et certainement beaucoup plus riches, en lui cédant le privilège exclusif, dont je vieps de parler, de s'étendre dans, les trois autres parties du monde, d'y fonder de nou-^ ,velleiMdonpinations , de s'en approprier les mines elp'lei^ trésors, ce qui ne doit pas pourtant s'en« tendre, comme si Ton y interdisait tout commerce aux autres nations de l'Europe ; au contraire , il devait être libre et ouvert à tout le monde, et cette stipfilation , ^i est des plus importantes, est plumât un nouvel avantage pour elle qu'une restriction faite à ^es droits. -
Je n'ai aucune peine à croire, en examinant cet * arrangement , qoe la maison d' Autridbe aurait aoeepté ces conditions sans obliger à tirer Tépée contre elle. Maïs le contraire supposé, à quoi Im çût servi '^ résistance? la promesse faite à tous Ie$ princes de l-Europe de les enricbir de ce qu*o!| lui enlevait , ne lui laissant d'espérance de secours ^ de la part d'auean d'eux.
Il y avait donc içt à- gagner pour t<mf lemonde, Ê» c'est oe qvi assufoift ta réussit^ du dessein de