AUX
MEMOIRES m DUC DE SUJUIY.
La. preniène ooca^ien où les historiens font mentioa ^ù duc dt SuUj depuis qu'i) sd 6it re^ tiré dans ise^t«rreS| est rass6nd>lée des protestmâ tMueà ChÂtelierault, en i6ii; Gomme il avait tVfiipvit ieM^ohe tcH)< r^npli des chagrin^ qu'cnr * wnait de lui fidre esstrpep à la cour, et qu'il sa»vait que le duc de Bouillon, qtli, contre son in*térét Qiiissi^bîen que ceptre setn eanaetère v pa^ut en cette assemblée chargé de soutenir les: îiiténétè de la Mgenle contre les calvinistes , s^étaitmls à la tête de ses ennemis, et avait entvèpri^'oeiui faive oter la gvandeHçnailpise de l'artilleriie et le goiiH vernem^it de Poitou « que la régate avait prorniH ^u duc de Bouillon pour f^compensedes services qu'il ItR pendr^t %n oeil» ooca^ion; on ne doit pas être surpris que le dvo de Sully ait agi ii Chà-
l6o SUPPLÉMENT
tellerault avec fermeté, et même avec quelque sorte d'éclat. Les partisans du duc de Bouillon, par ressentiment de ce qu'il échoua dans son entreprise, ont accusé les ducs de Sully et de Rohan d'avoir cherché à rallumer la guerre entre les catholiques et les calvinistes; mais ils sont les seuls qui en aient parlé de la sorte; tous les autres écrivains tfont rien trouvé d'absolument répré^ bensible dans la éonduite de Sully : et , dans la vérité , l'on agissait contre lui avec tant de passion et de malignité , que le Mercure français ' , qui nous fournira des mémoires sur ce morceau de son histoire , ne le blâme .point d'avoir pris le seul Jparti qui pouvait assurer son repo^^Voictr donc en abrégé ce qui se^passa par rapport aii:diieï de Sully dans l'assemblée de G^telleifailU ^ otiidei ^ Sauxi^iin; ; car ses eaneom, craignant qjjt'il ne^jËÀt! trop puissant à ChâtelleRauit , la finent trànsféner dans cette dernière ville.' li ^i.y
. Le duc de Bouillon n'ayant fait aucun mystère de la disposition où il était de pousser à bout toiiBr les calvinistes, ses confrèrea, ejt en partîpùliei^ 1er duc de SiillyV l'intérêt derla cause commune rét»^ nit celui-ci avec Duplessis-Momay et les princi* paux ministres .protestans. , qui jusque là , comoie on l'a vu dans tpute la suite dé ces ^ mémoires^ avaient vécu avec lui dans une gra&de défiawe
'Année iSia, foL ^5 etsuiv.
AUX MÉMOIRES DE SULLY. l6l
de ses sentimens, et dans un|rand éloignement de sa personne. Ils commencèrent par refuser au duc de BôuiUon la présidence , qui fut déférée à Duplessis-Momay ; et ils firent sentir ensuite combieiLÎls étaient indignés du personnage qu'il jouait , en le contrariant sur tout : de manière qu'il n'ol> tiit rien de ce que peut*etre on aurait accordé à un agent qui eût. été delà r^igion de la cour; ce qui montire que la régente ne pouvait guère £gdre de plus grande faute que de se servir du duc de Bouillon dans une semblable circonstance. U se fit pourtant à la fin une espèce de raccomniodément entre i}xi et le duc de Sully par les soins que se donna Duplessis; et ce fut pour lors que
Sully ne trouva plus d'obstacle à intéresser tout
le corps protestant dans sa cause particulière, qûk devint par là un des principaux sujets des déli* bérations. . .
L'assemblée , lui adressant la parole, le prie et
en/oint (c'est en ces termes qu'en parle le Mercure
/rcufçais) de ne point se défaire defes charges^ lui
promit de V assis ter, etc. A quoi le duc de Sully
répondit par un discours dans lequel il demanda
conseil à l'assemblée sur quatre choses : i** s'il
devait fermer les yeux sur les démarches de ses
ennemis; a** s'il devait ju contraire demander
lui-même d'être établi en sa place, purement et
simplement; 3^ s'il était plus à propos qu'il ac-
vr. 1 1
] 62 STJPPLlîlltBKT
ceptât une récoiopense; enfin, si cette récompense devait être ^d'honneur et de sûreté pbitât que de profit et utilité. Cest que, pour cacher le dessein qu'on avait de le perdre , la cour lui faisait quelquefois proposer de recevoir , en éch»igé de la grande «maîtrise de Tartillerie et du gouvernement de Poitou, le bâtoif de maréchal nie France, ou une somme d'argent considérable.
Sully conclut ce discours , dans lequel il ne put s'empêcher de mêler quelques plaintes sur la rigueur dont le conseil de la régente usait envers lui, en s'excusant de n'avoir pas exposé plus tôt au corps de la religion les malheurs de sa situation , sur la difficulté qu'il avait eue à croire les complots formés contrelui, aussi-bien que sur sa crainte <le déplaire à des personnes auxquelles il devait du respect.
Ce discours plut autant aux calvinistes qu'il fut mal reçu de Bouillon et des autres agens de la régente. Ils répondirent , en donnant , à la vérité, toutes sortes de louanges à l'administration du duc de Sully , mqis en le taxant d'être peu gé* néreux , et même de vouloir forcer la régente à lui restituer sa place dans le ministère. Sully répliqua par une seconde remontrance , par laquelle il remit purement et absolument ses intérêts à discuter à l'assemblée. Le duc de Bouillon , qui vit tout ce qui en allait arriver , leva le masque
AUX MÉHOIRBS IMI SULLT. l63
poar la seconde fms, et' ooçajtaença à intriguer fortement auprès de tous ceuxf-lSIns calvinistes qu'il crut pouvoir gagner. Il en attira en effet quriquesun% , mais non pas le duc de Rohan , malgré tous les mouvemens qu'il se donna auprès <Ie lui; et tqedte son jiabileté n'ayant pu ni détacher le plus gnmd nombre d# parti de son adversaire , ni suspendre la conclusion; oti po^sa à la dffîbération > dont ie résukat &itîi|lémi assisterait le duc de Stilly , si son administration était recherchée par d^ 'voies illégitimes.
Bouillon et les parti^lns de la régente mirent tout en œuvre , mais inutilement , pour obtenir une réti*actation , ou une modification. Pour le duc de Bouillon , il éclata ; il donna les conseils les plus vîolens à la régente, qui se contenta pourtant d'envoyer à l'assemblée, de la part du roi, des lettres que Duplessis-Mornay jugea qu'il était plus prudent de supprimer , de peur d'un plus grand mal. On revint aux tempéràmens. Tous lès autres articles en contestation lutttit terminés âr Yàmiable , et celui qui regardait SùUy demeura assDtipi, parce qu'apparemment tout le monde convint que c'était sans aucune ombre de justice qu'on prétendait le faire regarder comme un ministre infidèle , encore moins comme un ennemi de l'état , et que le duc de Bouillon , piqué luimême de se voir frustré par la régente des récom-
J 64 Sl^PPLÉMElTT
penses qu'il en avt|tikjespérées, cessa tout d'un coup d'agir avec la mémc^ chaleur. Le duc de Sully resta donc après cela dans le même état que lorsqu'il s'était retiré de la cour. 4
L'année suivante , la guerre entre les religions pensa être. rallumée par un incident auquel. nps mémoires sendilent préparer , cfui est, que Bl#|« sac, :nomi&£,par sa^ipajestélieutenant-de-coi de Saint-Jean d'Apgely, apfî^,|ît mort de des Ageaux, fut chassé de cette plaq^^^te duc de Rohan, qoi, par toute sa conduite depuis ce temps-là , montra assez qu'il av^t des sentimens bien différens de ceux du duc son beau-père. Quoique la régeiite fût alors en état de donner la loi , et que tous les cakinistes l'eussent fort appréhendé , cette afEaire se termina entièrement à l'avantage du duc de Rohan, qui obtint tout ce qu'il demandait. SuUji signa raccommodement, qui fut fait dans le syr node de Privas , avec le duc de Rohan d'un côté , et les agens du roi dç l'autre : ce fut toute la part qu'il prit dans ce grand démêlé.
Les deux lettres suivantes , que je transcris sur l'original , gardé dans le cabinet du duc de Sully, montrent que la reine-mère eut recours à Maximilien , et qu'il s'employa utilement pour prévenir ou apaiser les troubles qui survinrent inamédiate-: ment après de la part des princes et des grands du royaume.
AtlX MIÊMOIRES DE SULLY. l65
* Lettre de la reine-mère au duc de Sully.
« Mon cousin , en envoyant vers vous le sieur « ée Béthune , votre frère , sur les occurrences qui «se présentent, je lui ai donné charge de vous flc assurer parfaitement de mon affection en votre ff endroit , et vous dire Tétat que je fais de la conte tinuation de la vôtre au ht^n et service du roi , a monsieur mon fils riWiiÊs le croirez en ce qu'il « vous dira de ma part^âùr l'un et l'autre sujet , « comme vous pourriez faire à la personne de <c Votre bonne cousine ,
Marie. »
A Paris; le 1 3 de février 1614.
L'adresse porte : « A mon cousin le duc de Sully, « pair et grand-maître de l'artillerie de France. »
Autre lettre de la même.^
« Mot! cousin , ayant reçu votre lettre , écrite le « premier de ce mois , le 9 d'ici^ui , j'ai différé « d'y répondre jusqu'à mon arrivée en cette pro- «vince, afin qu'étant mieux éclaircie des choses « particulières qui se sont passées , et de l'état a présent d'icelles , je pusse avec plus de lumière « vous faire savoir nron avis sur les générales ; a mais j'y ai trouvé tant de désordre et de confu- « sion , de plaintes et de contraventions faites à
« l'accord de Sainte-Ménéhould, qu'il faut que j( ce vous dise que je ne sais par où je dois commence cer à vous faire savoif ce qu'il faut faire poui ce bien faire. Je vois de toutes parts .des déclara « tions et assurances d'une bonne volonté pour h €( ^rvice du roi , monsieur mon fils , et le biei « public, qui.nous sont très-agréables ; mais aprè « je rencontre des effets si contraires à cela , qui c( je n'ai pas sitôt conçu Tespérance d'un bien e c( d'un contentement et avantage pour les affairei a publiques , qu'elle s'évanouit à l'instant ; ce qui <c je ne vous écris pour votre particulier , car y « fais telle estime de votre affection^u bien di ce royaume et à notre contentement , que mériten « les preuves que j'en ai faites , et les assurance ce que vous m'en avez données , mais pour me dou ce loir avec vous de l'inconstance et variété de sem ce blables procédures. J'ai depuis deux jours reçi ce en ce lieu Votre dernière lettre, et ouï le porteui a d'icelle, ainsi qu'il vous dira.
a Je ne doute point que vous n'ayez librement ce et en homme de bien , fait à mon neveu , l6 pnnc< ce de Condé , les remontrances que vous m'aides le écrites , et me réjouis de savoir qu'il les a prise ce en bonne part : mais à quoi tient-il qu'il ne le ce suit et exécute comme S les approuve ? Il s< ce développerait, en ce fiatisant, des affaires où vou <r dites qu'il se trouve; il recevrait de moi tout<
AUX MiKOIRES DE SULLY. 167
ec occasion raisonnable de se louer de ma bien- <K veillance, et lui serait fait l'honneur et le traite- « ment dus à sa qualité. Si 9 pour lui donner cette « créance et assurance, il reste à dire ou à faire « chose qui dépende de moi , j'aiurai toujours à « plaisir de l'entendre , et prendmi en bonne part « ce que vous m'en manderez : mais je n'ai encore « reçu les lettres qu'il vous a dît m'avoir écrites «c sur ce sujet , et serai; Jbieit aise qu'il me donne « par icelles , tant po|i|[4ui que pour ses amis , le « contentement que j'ai» toujours désiré et même €f recherché , et qu'il m'a souvent fait espérer pour <c le servicéjdu roi, mondit sieur et fils; ce faisant^ « j'y correspondrai de fisiçon qu'il aura juste sujet « dé s'en louer , et tous ceuit qui , à son exemple , ce en useront de même.
«c Au demeurant , je n'ai point encore vu le duc a de Yendàme ; de Ibf te que je ne sais pas eaa côre ce que je dois ei^pérei' de son obéissance, le car-j^'ai avis qu'il continue d^ faire fortifier Lain- « baie, et à tenir errhés bon nombre de gensf de « guêtre qui l'oiiît servi, ou poui^ tyleux dire , des- «^iervi, dorant ces mduvemens dertirietis, et priiï- « cipàlemènt depuis ledit accord de SaiHte-Méné- « faould , à quùi le rài , mondtt sieut et fils: , et mol, a mettons peine d'appliquer les refjûfèdes néc^â- < saires, par l'avis des étkt^ du pays , ée^uéb tioiïs « devons faire l'ouverture demain.; et comne vé-
- v'-..ii>..i
AUX MiHOIRES D£ SDLLY. 169
«c reine -mère , quelquefois M. le prince; et un a jour , 26 août , M. de Sully demanda le soir aucc dience à la reine, en laquelle il fit voir que les « c]jpses ne pouvaient encore subsister huit jours « en l'état où elles étaient réduites , et qu'au ba- < lancement où elles étaient , il était infaillible <c que toute l'autorité tomberait entre les mains « de M. le prince ; qu'elle demeurerait aux sience nés , si elle savait la retenir; finalement qu'il ne c la tenait pas assurée dans Paris , et qu'elle se- « rait mieux avec mille chevaux à la campagne , ff avec ses enfans, que dans le Louvre, en l'état « où étaient les esprits des grands et du peuple ; « qu'il avait cru être de son devoir , et des obli- « gâtions qu'il avait au feu roi , de lui montrer ce « que dessus , ne pouvant y apporter avec sa vie « un autre remède, qu'il emploierait volontiers, «c si par sa perte il pouvait sauver le roi, elle et « l'état. Et ensuite il prit congé d'elle, la sup- « pliants- de penser à ce qu'il venait de lui dire; <c et qu'au cas qu'elle n'y apportât le remède con- (c venable, il protestait de tout le mal qui lui en « reviendrait,* et qu'elle seule en serait la cause, « puisqu'elle en avait été avertie, et que ce mal « était prévu. »
L'auteur de V Histoire de la mère et du /ils rend malgré lui cette justice au duc de Sully. « M. de Sully , dit-il , demande audience à la reine.
1 70 SnPPliKBNT
« pour lui .parler seul d'af&ires, qu'il disait im- « porter à ta vie de leurs oûiajèstés. Elle avait pris t< médecine ; mais sur un sujet si important , elle ce ne jugea pas devoir différer à le voir. Le r% s'y a trouva par ha^rd ; les sieurs Mangot et Barbin « y furent aussi. Alqrs il fit on long discours .des ce tiimuvals desseins que ees princes avaient , et du tf Hdal inévitable qu'il en prévoyait pour le roi. « Les sieurs Mangot et Barbin lui dirent que ce ce n'était pas assez , mate qu'il était besoin qu'il a dît les l'emèdes les plus propres à y apporter. A a quoi il ne fit autre répontse i sinoâ que le haMrd c( était grand,, et qu'infailliblement op en verrait (c bientôt de funestes effets. S'était relire du ca- « binet, il y mit une jambe avec la moitié de son <c corps , en disant ces mêmes paroles : Sire , et « vous I Madame , je supplie vos majestés de penr <c ser à ce que je vi^ns de vous dire ; j'en décharge (c ma conscience. Plut à Dieu que vous: fussiez au ce milieu de douze cents chevaux ! je n'y vois àutne (c jremède ; puis s'en alla. »
Il est vrai que |a haine de cet écrivifn pour Sully lui a fait ajouter à ce récit les paroles suivantes ' : « M. le prince ayant été arrêté ^ et les mite nistres disant à la reine que tout était perdu, ai (c elle ne le relâchait , M. de SuUy , violent et peu « considéré, le feu de l'esprit duquel' ne s'appli*
AUX MEATOIRES B£ SULLT. 1^1
« quant qu'au présent , sans rappeler le passé , <c ni considérer de bien loin l'avenir , ajouta à ce « que les autres avaient dit , que quiconque avait ff (liimé ce mauvais conseil à la reine avait perdu ff l'état. La reine lui répondit qu'elle s'étonnait K qu'il lui osât parler ainsi, et qu'il fallait bien « qu'il eût perdu l'esprit , puisqu'il ne se souvé* « nait plus 4le ce qu'il avait dit au roi et à elle il « n'y avait que trois jours ; dont il resta si confus, « qu'il se retira incontinent , au grand étonnement jK de tous les seigneurs qui étaient là préiâens. Sa K femme puis après essaya de l'excuser, disant que ce le transport de crainte dans lequel il étaiï l'avait ff fait parler ainsi , d'autant qu'on lui venait de dire « présentement que les princes^ et seigneurs du «ç parti de M. le prince étaient résolus de le*faire « tuer , le croyant auteur de l'arrêt dudit sieur ce prince par les avis qu'il avait donnés de leurs « desseins. »
Mais , sans examiner ici si les deux conseils de Sully sont réellement contradictoires , et en convenantt^ue le parti d'arrêter»le prince de Condé était sage et nécessaire , tout ce que j'ai voulu que l'on conclût de ces témoignages , c'est que ce ministre ne se départit point de son attack^ment au bien public et au roi dans une occasion si favorar ble au parti calviniste , et dans laquelle il counût lui-même de très-grands risques.
lya SUPPLEMENT
Il se conduisit dans cet esprit tout le reste de sa vie. Il fut revêtu de l'autorité du roi dans les assemblées de Rouen et de Loudun. Il soutint en bon citoyen le parti de sa majesté contre lest^lvinistes , lorsque la guerre fut déclarée sous le ministère du cardinal Richelieu. Il eut part au siège de Montauban , et à d'autres rencontres ; il fit même les fonctions de grand-maître de l'artillerie au siège de Saint- Jean d'Angely, et l'artillerie y fut parfaitement bien servie. Il conserva et exerça cette charge jusqu'à sa mort , quoique l'historien du duc de Bouillon dise qu'il en avait été dépouillé. Louis XIII lui donna le bâton de maréchal de France, le i8 septembre i635. L'année précédente, le pape Urbain VIII», qui l'avait connu pencfent sa légation en France, lui écrivit une lettre latine, à laquelle Sully fit une réponse , qu'il envoya à sa sainteté par le prince d'Henrichemont , son petit-fils , et qui lui attira un second bref de ce pape, aussi en latin, daté du i6 juillet i633.
En cette même année i634» il perdit le marquis de Rosny, son fils aîné. La conduite de ce fils fut pour lui un sujet d'embarras et de chagrins presque continuels, non-seulement parce que le marquis de Rosny ne suivait aucun des sages conseils qu'il ne cessait de lui donner , qu'il prit même le parti des ennemis.de l'état, mais encore parce
que le duc de Sully se ressentit en plus d'une manière du dérangement des affaires de son fils. Ceci demande que nous entrions dans un détail des^affaires domestiques de Sully , qui servira d eclaircissement à plusieurs endroits de ces mé-^ moires , où il est parlé du marquis de Rosny , et en particulier, à ce qui en est dit dans le livre vingt-neuvième.
. Outre d^ux filles, dont laînée avait épousé le duc de Rohan, et la cadette, mariée au marquis de Mirepoix , Sully se voyait , en 1 609 , trois en- £euis mâles, Maximilien II, de Béthune, marquis de Rosny , l'aîné de tous, qu'il avait eu de son premier mariage avec Anne de Courtenay ; et de son second avec Ractel de Cochefilet, César et François de Béthune. Comme tous les grands %iens dont il jouissait alors ne lui étaient venus que depuis ce second mariage , il paraît que la principale part de ces biens devait naturellement regarder les enfans du second lit : cependant le duc de Sully , se croyant obligé d'assurer au marquis de Rosny un état avec lequel il pût soutenir la grandeur de sa maison , dont il était l'aîné , aux charges de grand-maître de l'artillerie et de surintendant des fortifications, et aux gouvememens de Mantes et deGergeau, dont il lui fit obtenir la survivance, et qu'il évaluait à soixante mille livres de revenu , il joignit une donation entre-vi&, et substitutioi^
de cinquante mille livres de rente en fpnds de terre, consistant dans la duché-pairie de Sully, le marquisat de Rosny, la principauté d'Henriche^ mont et Boisbelle, avec toutes leurs dépendanèes , dont il se réserva néanmoins l'usufruit sa vie durant. L'acte de substitution , dont la date est dû 27 mars 1 609 , porte cette clause singulière : qu'âRÛ cas que nul de ceux ^ soit mâle , soit femelle i^ qui seront lors descendus de la maison de Bé thune , ne voulût accomplir les susdites clauses et coriâi^ tions , Udit seigneur donateur a fait et fait dori par ces présentes des susdites terres substituées m roi ou à ses descendans , Valné préféré aux aw* très , à la charge que lesdites terres ne pourrùrii jamais être désunies de la couronne , a^ec condi^ tion que celui qui les possédetn , outre le roi et so'à fils aihé , soit tenu de porter son nom et armes y, le surnom et armes de Béthune , et ses descendans après lui.
Cherchant ensuite à prévenir tout sujet de dés*» union dans sa famille , et à donner aussi un état à ses autres enfans, Sully fit Tannée suivante dans la même forme et par un même acte , deux autres donations et substitutions du reste de ses biens en faveur de César et de François dé Béthune , ses cadets ; savoir , de la terre et seigneurie de Villebon à César ; et à François , nommé le comte d*Orval, des terres de Montrond, Orval,
AUX MÉMOIRES DE SULLY. fjS
Bruyères , Épineuil , Beauchesal , la Rocheguil* lebaut et le Châtelet en Berry. La valeur de chacune de ces substitutions est estimée dix mille livres de revenu ; il y est stipulé que les fortifications, armes , vivres , munitions de guerre et de bouche , et meubles , tant ceux qui étaient dans tous ses diâteaux lors de la substitution que ceux qui s'y trouveraient à la mort du duc de Sully, seraient compris dans la donatiop , et que , si l'un des donataires venait à mourir sans postérité , son partage [Miserait tout entier au survivant. Cela arriva q[uatre ans après ; César de Béthune étant mort en i6i4, sans avoir été marié, le comte d'Orval réunit sur sa tête les deux articles de substitu-* tion. En i6ao, son père, le voyant dans sa vingtième année, lui fit épouser Jacqueline deCauiâont, fille du grand -maréchal de La Force, et petites fille , par sa mère , du premier maréchal de Biron , et il confirma par le contrat de mariage Tacte de substitution de 1610. .
Avant et après ces dispositions , le marquis de Rbsny demeura en communauté de biens avec lé duc son père. Cette communauté était tout à l'avantage du premier, auquel le seul bien de sa mère ne suffisait pas pour les dépenses qu'il faisait ; mais elle exposa le duc de Sully aux poursuites des créanciers de son fils. Il acquitta à plusieurs> reprises ses dettes, qui dévinrent à la fin si considé-
î 76 SUPPLÉMENT
rables , par les profusions et le mauvais ménage du marquis de Rosny , que le duc prit enfin le parti de l'abandonner à lui-même : voilà les premiers chagrins qu'il eut à en essuyer.
Ils furent suivis d'autres , plus grands et plus sensibles encore , après la mort du marquis, de Bosny. Ses créanciers s'autorisant toujours dé la communauté de biens , voulurent retomber sur ceux du duc de Sully. Le prince d'Henrichemont' , son petit-fils, se joignit à c^ux pour faire annuler ses substitutions, à quoi, contribuaient encore ies circonstances où s'était trouvé le duc de SuUy , qui, pour se tirer des mains du prince de Condé, avait été obligé de faire et défaire plusieurs marchés avec lui , siyait acquis , rendu et réacquis à différentes fois une grande partie des terres comprises dans ses substitutions , telles que Yillebdn, Montrond, etc. Cela tint le duc de Sully dans un embarras continuel de discussions et de procès , dont cependant une partie s'arrangea par le mariage du prince d'Henrichemont avec la fille du chancelier Seguier^, en 1639. Alors le duc de Sully, qui était entièrement hors d'affaire avec
' Maximilien-François de Béthune, troisième du nom, duc de Sully, prince d'Henrichemont et de Boisbelle, marquis de Rosny, lieutenant-général au gouvernement du Dauphiné et du paysVexin, gouverneur de Mantes et de Meulan. Il mourut en 166 1.
• Charlotte Seguier, fille de Pierre Seguier, chancelier..' •
M. le prince, voyant que Villebon lui avait été rendu, et que toutes ses autres acquisitions étaient assurées, refit en i64o une nouvelle substitution, confirmative de la première , en donnant des remplacemens pour celles de ses terres qui pouvaient avoir été aliénées.
Le mécontentement et les plaintes du prince d'Henrichemont éclatèrent de nouveau à cette substitution; elle causa un procès, dont Louis XIII et son premier ministre s'attribuaient la connaissance , et qui dura pendant les années i64o et i64i • Les requêtes et principales pièces de ce procès ont été imprimées. Le duc de Sully s'y plaint amèrement de ce que son petit-fils et le chancelier Seguier, qui le soutenait , cherchent à se prévaloir de quelques manques de formalités , peut* être inévitables dans des affaires si longues et si compliquées. Ce n'est point à nous à entrer dans la discussion de ce point de jurisprudence. En supposant tout le bon droit possible du côté des parties du duc de Sully , il parait seulement que la voix de la nature et le sentiment de la reconnaissance , déposent en faveur d'un homme qui avait élevé sa maison à un si haut degré de splendeur. Quoi qu'il en soit, le duc de Sully eut le chagrin de voir que , par l'arrêt du conseil rendu au mois de décembre i64i 9 on l'obligea à révoquer sa substitution pour quatre des terres qui VI. la
178 SUPPLÉMCIfT
servaient de remplacement aux premières. Il était
alors âgé de quatre-vingt'^deux ans; il est asse£ vraisemblable que, jaloux comme il était de l'autorité paternelle, et persuadé que dans tout ce qu'il avait £edt il avait suivi exactement les lois df l'équité , ce coup lui fut si sensible , qu'il contri* bua k abréger jses jours ; il mourut huit jours aprè^, le a9 décembre 1641 , à Yillebon.
Ses entrailles furent mises dans un seau, où espèce d'urne de plomb^ garni d'anses de fer , et portées dans le caveau de la collégiale de Sainte» Anne de Yillebon , sur la muraille duquel on voit écrit ces mots : loi reposent les entrailles de très^ haut y irès'puissant et très^illustre seigneur ^ mon^ seigneur Maximilien de tiéthune , duc ele Sullj y pair et maréchal de France. Pour son corps , il f bt porté à l'Aumône , ou Hôtel-Dieu de Nogent ; mais , comme le mausolée qu'on commença à lui construire en cet endroit ne put être achevé sitôt , ce corps demeura un temps assez considérable en dépôt dans la chambre qu'habitait le duc de Sully à Yillebon , et où il était mort , qui est l'appartement au bout de la galerie de ce château , dont on fit noircir les murailles , le plancher et l'intérieur en entier. On Ty laissa exposé sous un poêle de velour£î noir, avec des bandes de moire d'argent , et les armes de la maison de Béthune aux quatre çoina.
AUX MiKOIRES DE SULLT. I79
Pendant, ce temps-là , la duchesse de Sully faisait construire dans la galerie basse de ce château un cabinet pour y placer une statue qu'elle avait dessein d'ériger à la mémoire de son mari. Elle fit pour cet effet la dépense d'un bloc de marbre Uanc, le plus beau et le plus rare, et elle fit venir ^Italie un des plus eicellens scûlpteuEs de ce temps-là. Sur la façade de ce cabinet , en dedans , sont écrits , en gros caractères , les dix commandémens de Dieu , tels qu'ils sont dans TExode. Sur un des côtés est l'épitaphe du mort, la même que nous allons bientôt transcrire; sur l'autre, ses armoiries en grand , avec tous les attributs de ses charges : le haut , et tout le reste du cabinet , est entièrement rempli de peintures , d'emblèmes et de devises , que nous ne croyons pas devoir rapporter : il est éclairé par une grande croisée 'qui en occupe le fond. La statue est au milieu, sur un piédestal , aussi de marbre *blanc. Elle est un peu plus grande que nature , et représente le duc de Sully armé du cou en bas, portant une couronne de laurier sur sa tête et le manteau ducal sur ses épaules ; le bras droit alongé , et tenant le bâton de maréchal de France; la main gauche appuyée sur l'écusson de ses armes. Ce bâton , aussi-bien que le casque^^i est à côté de la statue à gauche , garni de ses panaches , sont taillés dans le même bloc; tout ce morceau est si fini, si
1 8o SUPPLÉMENT '
beau , qu'il peut aller de pair avec les monumens de la G rèce et de Rome. Au-dessus de la porte du cabinet , est écrit dans un cartouche : Rachel de Cochefilet^ duchesse douairière de Sully ^ après la mort de Maximilien de Béthune , duc de Sulljr^ son époux , avec lequel elle a vécu quarante-ne^f ans en vaLoriage ^ pour honorer sa mémoire et^i^ moigner ses regrets ^ ajait élever cette figure: en Vannée i64a«
Comme le corps de cette dame fut, après sa mort, rejoint à celui de son mari, le mausolée dont nous allons donner la description est commun à Tun et à lautre. G est une chapelle en dôme, construite à côté de celle de Saint* Jacquesde TAumône, ou l'Hôpital de Nogent, appelé de leur nom, Nogent- le -Bétbuna £lle ne commuer nique^point avec l'église, parce que le duc et la duchesse' de Sully moururent tous deux dans la religion réformée.- Sous cette chapelle est un caveau qui sert de sépulture à leurs corps. L'intérieur de la chapelle est orné tout autour des. armoiries et des alliances de la maison de Béthune, et le dôme n'est qu'une simple peinture en azur , semé de fleurs de lis. Ils y sont tous les deux représentés en marbre blanc, à genoux, de hauteui; humaine, sur un piédestal élevé de trois pieds. Une inscription marque que cet ouvrage, qui est très-bien exécuté, fut fait en i64a, par B. Bou-
AUX MIÉMOIRES DE SULLT. l8f
din. Les deux statues sont tournées vers l'orient: derrière celle du duc de Sully est cette épitaphe:
Cigtt le corps de très-haut ,, très-puissant et trèsillustre seigneur j monseigneur Maximilien de Bémbnej marquis de Rosnjr^ lequel^ depuis F âge ie quatorze ojés , courut toutes les fortunes du roi Henri le Qnnd^ entre lesquelles est cette mémorable baiaUle , qui adjugea la couronne au victorieux , oii • il gagna par sa valeur la cornette blan» cHc , et prit en icelle plusieurs prisonniers de marquée II /ut par lui honoré^ en reconnaissance de ses vertus 9t mérites , des dignités de duc et pair etmaréchal de France , de gouverneur de haut et bas Poitou , des charges de grand-maitre d^artillerie , en laquelle , comme portant les foudres de son Jupiter^ il prit et emporta la forteresse de Montmélian , que Von estimait imprenable , etplu" sieurs places de San^oie^ et de superintendant des finances , qu^il administra seul avec unepruderite économie^ et continua ses fidèles services ^jusqu'au malheureux jour que ce César des Français perdit la vie par la main parricide dun de ses sujets , après la mort duquel il se retira chez soi^ où il passa le reste de sa vie dans une douce et paisible tranquillité, et mourut au château de Villebon , le a2 décembre i64i , âgé de quatie-vingt^deux ans; son corps est ici à Nogent-le-Rotrou^ dit le Bé«p
iSa suppL^ÉMEirr
thune; et très-haute^ très'puissante et très-illustre dame^ madame Racket de Cochefïlet^ son épouse , qui mourut à Paris ^ à F âge de quatre-vingt-dixsept aris^ Van 1659.
On est conduit dans cette chapelle par une longue cour, plantée d*une avenue d'ormes, et dsùis laquelle on entre par un jportail d'une très-belle architecture, chargé des armoiries de la maison de Béthune , en foi*t grand relief, avec toutes les pièces dliouneur servant d'accompagnement à l'écu des ai*mes du duc de Sully. La maison de Béthune porte d argent à la face de gueules; pour soutiens, deux sauvages armés d'une massue^
Avant que Villebon fût rendu au duc de Sqlly^ il partageait son séjour entre Sully , la Chapelle d'Ângillon , qui e^t une fort belle maison , et une baronuie dépendante du duché de Sully et Bosny, celle de ses maisons où il parait qu'il avait fait le plus travailler^ comme ne comptant pas qu'elle dût jamais sortir de sa famille. Il en bâtissait en-core les ailes, lorsqu'il eut le malheur de perdre le roi , son bienfaiteur ; et il voulut donner une preuve sensible de sa douleur, en laissant ces ailes imparfaites et dans l'état où elles étaient au moment de ce triste événement. Mais , lorsqu'il se revit possesseur de Villebon, la beauté de cette maison , sa situation dans un pays très-agréable > la proximité de Paris , dont Villebon n'est éloigné.
AUX MÉMOIRES DE SULL*!^. ï83
que de vingt lieues j et Tavantage dé fié tfouvet 6onime âuis le centre de plusieurs grandes terres,, qu il avait reçues en remplacement de cdles qu'il avait vendues à M. le prince , tout cela le déter* mina à y fixée sa demeure pend^mt six mois entiers de l'année , qui étaient Yété et f^iiver. Il faisait f seulement dans la belle saison , quelques Voyages à Sully ; séjour qui d'ailleurs lui était devenu désagréable par ^conduite de son fils aîné. Le reste de l'année , il k» passait à la Chapelle d'An- ^lon , à Roany et ailleurs.
La \i00{pM%j menait était accompagnée de décence y de gfandeur , et même de majesté , telle qn^on peHl; l'attendre d'un caractère aussi grave et aussi sérieux que le sien. Outrer un grand nombre d'écuy ers , de gentilshommes et de pages, ^tii le servaient, de dames et de fifUes d'honneur attachées à la personne de la duchesse de Sully,, il avait une compagnie de gardes avec leurs ofEciers, et une autre de Suisses, et une si grande quantité de domestiques , qu'il y a pen d'exemples de particuliers qui aient entretenu une maison si grande et si nombreuse. Le duc de Sully d^aujonf- 4fhuî a vtt le fils d'un aneien chimrgien du feu dttc de Sully ,. le dernier de cette branche, mort k quatre-vingt-^huilt ans , et ^ui en avait quatorze lorsque le duc de Sully dftnt nous parlons mioo» •rnt. Cet Iwi^mme lui a dit qu^acccvnpagnant son
père auprès des malades qui étaient dans le châ-» teau de Yillebon , il en avait compté jusqu'à quatre-vingts , sans })oiir cela qu'on s'aperçut que le service de cette maison en fut dérangé ou retardé.
Sully conserva l'habitude de se lever de grand matin. Après ses pcières et sa lecture, il se mettait au travail avec ses quatre secrétaires. Ce travail consistait à mettre ses papiers en ordre, à rédiger ses mémoires , à répondre aux différentes lettres qu'il recevait , à prendre connaissance de ses at faires domestiques, enfin à conduire celles soit de ses gouvernemens , soit de ses charges : car il demeura jusqu'à sa mort gouverneur du haut et ba8 Poitou et de la Rochelle, grand-maître de Fartil*lerie, grand-voyer de France et surintendant des fortifications du royaume. Il y employait la matir née entière, excepté que quelquefois il sortait pour prendre l'air une demi -heure ou une heure avant le dîner ; alors on sonnait une grosse cloche , qui était sur le pont , pour avertir de sa sortie. La plus grande partie de sa maison se rendait à son appartement et se mettait en haie , depuis le bas deTescalier. Ses écuyers, gentilshommes et ofifir ciers marchaient devant lui , précédée de deux Suisses, avec leur hallebarde. Il avait à ses cotés quelques-uns de sa famille, ou de ses amis, avec lesquels il s'entretenait : suivaient ses officiers aux
AUX MIÉMOIRES DE SULLT. l85
gardes et sa garde suisse ; la marche était toujours fermée par quatre Suisses.
Rentrédans sa salle à manger , qui étail^n vaste appartement, où il avait fait peindre les plus mémorables actions de sa vie, jointes à celles de Henri le Grand , il se mettait à table. Cette table était comme une longue table de réfectoire , au bout de laquelle il n'y avait de fauteuils que pour lui et pour la duchesse de Sully ; tous ses enfans , mariés ou non mariés , quelque rang ou naissance qu'ils eussent y et jusqu'à la princesse de Rohan, sa fille , n'avaient que des tabourets ou des sièges plians, car dans ce temps -là la subordination des enfans aux pères était encore si grande , qu'ils ne s'asseyaient et ne se couvraient jamais en leur pi*ésence qu'après en avoir reçu l'ordre. Sa table était servie avec goût et magnificence. Il n'y a<fmettait que les seigneurs et dames de son voisL* nage, quelques-uns de ses principaux gentils*hommes , .et des dames et filles d'honneur de la duchesse de SifUy ; excepté la compagnie extraordinaire, tous se levaient et sortaient au fruit. Le repas fini , on se rendait ^ns un cabinet joignant la salle à manger , qu'on nommait le Cabinet des iUustres , parce qu'il était orné des portraits des papes, rois, princes et autres personnages distingués ou célèbres , qu'il tenait d'eux-mêmes. On en
l86 ^ SDPPLI^MEirT
voit encore aujourd'hui la plus grande partie à Villebon.
Dans %ie autre salle à manger , belle et richement meublée, le capitaine des gardes tenait une seconde tîd3le, servie à peu près comme la pre^ mière, où tputé la jeutiesse allait manger, et aà ne mangeaient effectivement que ceux que la seule disproportion d'âge empêchait le duc de Sully dé recevoir à la sienne. M. le duc de Sully d'aujour*^ d'hui a connu plusieurs personnes de qualité qui lui ont dit que, dans les visites qu'ils se souve» naient d'avoir faites, étant fort jeunes, cbez le doc de Sully, avec leurs pères , il ne retenait que C8UX«> ci pour manger k 'sa table, et qu'il disait ordinai^ rement aux jeunes gens : f^ous êtes trop jeunes pour que nous mangions ensemble , et nous natif ennuierions les uns les autres.
Lorsqu'il avait passé quelque temps avec ta compagnie, il remontait chez hii, pour s^occupér encore quelques heures du même travail que le matin. Si la saison et le beau leVnps le permettaient , il praiait Taprès-dînée le plaisir de la pro*menade. Jja sortie se faisait avec le même cortège que]e matin. Il entrait dans ses jardins, où^ apnès avoir jfait quelques lo«irs, il passait ordinaireniefilt par nne petite atlée couverte , qui séparait les parterres du potager , et se rendait par un escaKer dfe
AtJX MÉMOIRES DE 5ULLT. 187
pierre, que M. le duc de Sully d'aujourd'hui a foit détruire , à cause de sa vétusté , dans une grande allée de tilleuls eu teriasse, de l'autre! côté du jardin : le goût d'alors était d'avoir grand nombre d'allées extrêmement couvertes , avec quatre ou cinq rangs d'arbres ou de palissades. Là il s'asseyait sur un petit banc ou fauteuil de bois verni, à deux places . et appuyant ses deux coudes sur une grande fenêtre grillée, qui vient aussi d'en étreôlée, il s'amusait à considérer, d'un côté, une campagne agréable; de l'autre, une seconde allée en terrasse, très - belle , qui fait le tour d'une grande pièce d'eau, appelée VEtang-Neup^et est terminée par un bois de haute-futaie , nommé le GrandrParc. Quelquefois aussi c'était dans son parc qu'il prenait le divertissement de la promenade, et assez souvent dans sonTchariot où cocbë, avec la duchesse, son épouse. LMntervallé de bl promenade au souper ëtait encône rempli par Tés occupations du matin. Le souper se passait comme le dîner jusqu'au moment où chacun se retirait chez toi.
Le duc de Sully ne pouvant, à cause de la refij^on, avoir aucun ordre, il s'en 'était fait un pour lui- même : l'inventaire de ses effets porte plusieurs chaînes de diamans servant à cet usage. Il portait donc à son cou , surtout depuis la mort de Henri IV , une ^aine d'or ou de diamdnsi , où
1 88 suppL^MBirr
pendait une grande médaille d'or, sur laquelle était empreinte en relief la figure de ce grand prince. De temps en temps il la prenait , s'arrêtait à la contempler et la baisait; il ne la quittait pas même lorsqu'il venait à la cour , non plus que l'ancien habillement, qu'il conserva toujours, sans vouloir s'assujettir à la mode. On sait ce qui lui arriva un jour à la cour, où Louis XHI l'avait mandé. « Je vous ai £ait venir, M. de Sully , lui dit ^ « ce jeune prince , comme étant l'homme de çam^ «c fiance du feu roi mon père , et un de ses pria-' €c cipaux niinistres , pour vous demander avis et <c m'entretenir avec vous sur les importantes af- «c faires que j ai à présent. » Le duc de Sully , qui ne voyait autour du roi que de jeunes courtisans qui riaient entre eux, et qui , pour faire leur coxM au connétable de fjuynes , tournaient en ridicfule son habillement , son maintien grave , et toutes ses manières, fitcette r^okise: a Sire, je suis trop <c vieux pour changer d'habitude sur rien ; quand « \e feu roi votre père, de glorieuse mémoire, mé « faisait l'honneur de m'appeler auprès de sa perd sonne, pour s'entretenir avec moi sur ses grandes « et importantes affaires, au préalable, il faiss^ « sortir les bouffons. » Le jeune roi parut approu-* ver cette liberté; il fit retirer tout le monde et demeura seul avec Sully.
. La subordination, l'ordre et la paix régnaient
AUX MÉMOIllES DE «ULLY. 189
parmi, ce nombreux domestique , dont nou» ve* nons de parler. Personne n'a jamais su se faire mieux respecter , servir et obéir que le duc de Sully. Les catholiques qu'il avait à son service ne s'apercevaient point qu'il mît aucune différence entre eux et les calvinistes , qu'à l'attention qu'il avait de les obliger à remplir avec la dernière exactitude leurs devoirs de bons catholiques romains. C'était une suite des égards et même d'une sorte de penchant , qu'on a vu dans tout le cours de ses mémoires, qu'il eut toujours pour k religion catholique, et qui vraisemblablement l'aurait conduit lui-même à l'embrasser , snns les considérations qu'il y expose. Persuadé qu'on peut également Êdre son salut dans l'une et l'autre de ces' religions , il se montra trop sensible à la délicatesse de parsutre rien acçprder à ramï>iti<m et à l'intérêt dans ime démarche qui ne lui aurait effectivement laissé non à désirer ni pour l'un n^ pour l'autre. Excepté la seule duchesse de Rphan y tous ses enfans sont morts dans le sein de l'église
romaine.
Pour la duchesse son épouse , quoique élevée ^igoLS la religion catholique , qu'elle ne quitta qu'après la mort de M. de Chàteaupers , son premier mari , pour épouser le duc de Sully , je ne sais s'il y a lieu de la soupçonner de quelque retour verà ses premiers sentimens. Les seigneurs de Ville-
1 90 SUPPUiMUCT
bon* avaient dans l'église de cette paroisse, qui est une collégiale , une chapelle du coté du châ* teau, qu'on fit ôten On construisit à la place deux tribunes , l'une en bas , fermée de volets , de manière qu'on ne pouvait y rien voir, et l'autre audessus de celle-ci , dans laquelle on montait par un petit degré de bois : elle était aussi fermée par une jalousie. H est de notoriété publique que lesdeux duchesses de Sully et de Rohan venaient très-souvent dans la tribune basse entendre les psaumes pendant les heures canoniales. Elles prenaient soin de blanchir de leurs mains tous les linges servant à l'autel; M. le duc de Sully d'aujourd'hui tient cette particularité de son aïeule Catherine de la Porte. Cette dame, qui avsat beaucoup vécu avec la duchesse de Rohan, sa tanta, lui avait encore en|endu dire une chose que per^ sonne n'ignorait alors , qui est , que le duc de ^uUy faisait un accueil très>»gracieux aux capucins qui venaient chez lui , et même qu'il les aimait jusque là que, pendant sa dernière maladie, et peu de jours avant qu'il mourût , il demanda qu'on lui fit parler quelques-uns de ces religieux; mais que , s'étant présentés sur le pont du château ^ la duchesse de Sutty défendit qu'on les laissât entrer, en les menaçant de les faire jeter dans leS' fossés.
Les occupations de cette dame étaient de régler
AUX M1MOIBJB8 DE SULLT. I9I
^intérieur et pourvoir à Fentretion de sa maison ; de £ûre dresser les baux et rendre le» comptes des fermiers et des receveurs ; c'est elle qui fai* sait dans les différentes terres de son mari presque tous les voyages nécessaires/ Elle se délassait , dans ses heures perçlues , à travailler en tapisserie et en broderie avec ses filles et ses dames d'honneur. On admire encore aujourd'hui la beauté et surtout la délicatesse du travail de quelques pièces de tapisseries et autres morceaux de cette nature qui sont restés au duc de Sully , d'un beaucoup plus grand nombre , car la plupart de ces ouvrages ont été ou perdus , ou détournés.
Ceux du duc de Sully sont plus durables. Outre tous les monumens publics dont nous avons eu occasion de parler , il a éternisé sa mémoire par quantité d'édifices dont on lui est redevable en di£férens endroits du royaume^ principalement dans son gouvernement du haut çt bas l^oitou rfl aurait fait accommoder tous les chemins de cette province, si son crédit s'était soutenu jusqu'à sa mort C'est lui qui a fait construire à Chàtellerault ce beau pont et cette magnifique chaussée qu'on y voit encore aujourd'hui.
Il n'y a presque pas une de setk terres , surtout celles qui ont des châteaux , où il n'ait laissé des marques d'une magnificence dont la charité et le bien public furent très-souvent le principe. Il a
19^ SUPPLIÉAfENT
fondé en -grande partie FHQtel-Dieu de Nogent. Cette ville et seigneurie , qu'on distinguait par le surnom de Nogent-le-Rotrou , avait pris le nom d'Enguien, par l'érection que M. le prince de Condé en avait faite en duché ; elle quitta l'un et Tautre entre les mains de Sully pour celui du comté de Nogent-le-Béthune. Son premier dessein fut de faire des travaux considérables au château de la ville même; mais les difiQcultés que lui firent les religieux de Saint-Denis le déterminèrent à tourner toutes ses vues du côté de Ville* bon. MM. d'Estouteville , auxquels cette maison avait appartenu ^vant lui, l'avaient laissée bâtir seulement jusqu'au premier étage. Il la fit relever et construire en entier sur le modèle de la Bas* tille, dont il était gouverneur, mais beaucoup plus belle. La façade présente , entre les tours , trois oorps-de-logis couverts d'ardoises; ces tours sont couverte^ en plate-forme de plomb , avec des cré» naux ronds et pointus alternativement. Les gouttières sont du même métal que les canons de fonte; et les gouttières intérieures, dans lesquelles se rendent celles des coins de la maison , sont à huit pieds de haut , finissant en têtes de dauphin , et pareillement 4^ fonte. Le grand escalier est extrêmement large et clair. Au premier étage est une fort grande salle, dont les poutres et soliveaux étaient dorés, ainsi que la cheminée de
AUX MlÊMOrRSS DE SULLT. jgi
grande menuiserie. Les appartemens , qui sont en fort grand nombre , ont aussi tous des cheminée^ dé menuiserie dorées , de même que la plupart des planchei^s. Le parc, enceint de murs de pierre, renferme quantité de réservoirs et de pièces d'eau. Les jardins qui accompagnent la maison par trois côtés, les cours et basse-cours^ tout cela est dû au duc de Sully.
Pour donner à tous les pauvres qui se présentèrent pendant une disette les moyens de subsister en les occupant à travailler (car il aurait cru perdre tout le mérite d'une bonne œuvre, ti elle avait pu servir à entretenir l'esprit de fainéantise)^ il leur fit faire une pièce d'eau de trois cent soixante toises de long sur environ soixante de large ; on la nomma l'Étang de la Chapelle ou TÉtang-Canal. Les terres qu'on en tira servirent à élever, des deux côtés, quatre terrasses parallèles à ce canal, lesquelles s'étendent jusqu'à l'Etang-Neuf, qui est une autre pièce d'eau au-dessus de celle-ci. Entre ces terrasses et le «canal étaient deux fonds de gazon , que le duc de Sully d'aujourd'hui a fait accommoder en parterres de découpures et en boulingrins. On recevait indifféremment tous ceux qui s'offraient pour ce travail , et jusqu'aux plus petits enfans, auxquels on ne donnait quelquefois pas plus d'une demi-livre de terre à porter : on avait eu la précaution de faire faire pour; VI. i3
194 suppubtfjsirT
cet effet un nombre infini de hottes de toutes grandeurs. On distribuait à tous ces pauvres, le matin , un morceau de pain ; à dîtier ^ une grande écuellée de soupe ; et le soir , outre un morceau de pain, un salaii^ ea argent proportionné à l'âge et au travail Cet ouvrage, que le duc de Sully n'aurait jamais entrepris pour le seul embellissement de sa maison, lui coûta quatre -vingt mille livres.
Personne n'ignore que c'est lui qui a fait bâtir en entier le château de Rosny , à fossés secs , ex* trém^nent larges, et dont le feu, lorsqu'on y plaçait ime batterie, ^e croisait d'une manière surprenante : chose très-rare en ce temps-là. Il y fit cette belle terrasse qui régnait le long de la Seine, dans une longueur prodigieuse, et ces grands jardins remplis de bosquets et de grottes qui jetaient de l'eau.
Il embellit les dehors de Sully par des jardins dont les plans sont les plus beaux du monde 9 tt par un canal fort long et forl^ large, qui s'entretient d'eau vive par le moyen de la petite rivière de Sangle , qu'il y fit passer , et qui de là va se perdre dans la Loire. Il y ajouta une machine pour porter de l'eau à tous les bassins et jets-d'eau dont ses jardins étaient remplis : la machine subsiste encore; mais on a laissé périr toutes ceà pièces d'eau. A l'égard du château , il le fit couvrir
AUX MÉMOIBES ]>£ SULLT. IqS
d'ar<loises ;, il en fit boiser, peindre et dorer près* que tojus les appartemens , et pratiquer dans l'é^ paisseur des murs les galeries qui prennent depuis le petit coips-de-logis de l'entrée jusqu'au gros çhâtçau, J^basse-cour et une seconde basse-cour, qu'on appelle autrement le petit parc , sont Picore son Quvrc^e, U y ^ dans cette seconde cour plu» sîenirs éminaices ou monceaux énormes de terré , qpLpn voit bien avoir ét^;i^ts de main d'hotnme. Ç^te Repense, qui n'est d*àucune utilité, qui prodjMJit ipéimun effet désagréable, a de quoi surprendre <9ux qui ne savent pas que le duc de Sully ne trouva point d'autre moyen de faire submfi^ une infinité de pauvres , qui demandaient ijiu travail dans un temps de cherté. La collégiale de Saint-Itl^er était anciennement une petite église, gui touchait presqu'au château; il la fit transportpr au n^ilieu de la ville, ou plutôt il en fit à ses frais une très-belle église, cou veille d'ardoises, sans parler .de plustieurs autres ouvrages dont cette ville lui a Tobligatiipn , entre autres d'un Hôtel-f)ieu qu'il y fonda.
L'appartement principaLde ce château est celui qu'il y fit accommoder en mémoire de Henri le Grand , et qu'o^ appelle pour cela Vappartement du roi. Il ypulult laisser un autre monument de sa reconnaissance envers ce prince dans la sajU^ d|S
Sully. Cette salle, qui, après celle de Montargis, est la plus grande qui soit en France, a vue sûr la Loire. Henri IV y est peint dans un tableau de première grandem*, sur un parfaitement beau cheval alezan : c'est, de toutes les figures de ce monarque, la plus parfaite et la plus ressemblante. Ce tableau sert à décorer la cheminée, qui est extraordinairement' grande , tout inscrustée de menuiserie, etjml^erte, tant en face qilè sur les côtés, de caiioQches en peinture, chacun avec un emblème ^et une devise aysud; rapport soit au roi , soit au duc de Sully. Un me ces cartouches a quelque chose de singulier : il est en face, et représente le soleil jetant une lumière faible et pâle; au-dessous paraît la lune, aussi brillante que le soleil l'est peu, et plus bas, la terre qui semble obscurcie par ce grand éclat dç la- lune; c'est le seul de ces emblèmes qui n'ait point 'de de^fse , et cette affectation achève de prouver qu'elle renferme quelque chose de mystérieux. .:■
Le duc de Sully répara et augmenta aussi le château de la Chapelle d'Angillon , bâti par mademoiselle d'Albret. Il l'embellit de jardins en terrasses, et d'un parc de près de deux cent trente arpens, entourés de nW*railles de pierres, qui, quoique très-solides, sont aujourd'hui presque mi-
nées par la négligence de ses successeurs. £n face de. la prairie est une terrasse superbe paj: sa lon-^ gueur et son élévation, toute revêtue de pierres de taille , et ayant de distance en distance des pi« lastres plus élevés , de pierres et de briques , qui servent tout à la fois à la solidité et à la décoration de cet ouvrage. Il se trouvait au bas de cette ter-
Ïse une église fort mal bâtie, que le duc de Sully démolir et reconstruire avec beaucoup de dépense, et même de magnificence, à la porte de la ville de la Chapâle, dont il doit être regardé nonseulement comme seigneur, mais encore comme fondateur.
Le château 'de Montigny lui* doit, entre autres embellissemens , une par&itément belle avenue d'arbres , et derrière la maison une promenade ou ^ine espèce de cours très-agréable , à quatre rangs • d'ormeaux.
C'est lui enfin qui a fait bâtir et couper dans le roc le fameux château de Môntrond , long-temps regardé comme une citadelle imprenable. On y montait par un chemin tournoyant, fort large, aussi pratiqué dans le roc, ainsi que les dehors de la place , dans l'intérieur de laquelle il y avait un puits intarissable , et à couvert de tous les accidens du dehors. M. le prince de Condé obligea le duc de Sully, comme on l'a vu, de lui céder
IqS SUPPLÉ]|I£NT aux MimOTRES DE SULLT.
Montrpnd, et , Codant les troubles , il eli fit sa principale forteresse contre le parti du fôij L'aiï^ mée royale s'y vit arrêtée pepdant dix^hoit tnoia entiers , et ne la prit que par adresse ; la place fut rj^sée TO^jè^ cju'on en eut fait sauter le& fortifl-^ cations.
IPIN nu SUPPMMEKT,
ELOGE
Cet Éloge de Sally étant en même temps un résumé de ses inémoires, nous avons jugé qu'il était plus convenable de le placer à la fin de l'ouvrage i|i^4u^cc|nMéencement, où se trouve d'ailleurs l'avertissement de4*abbé de l'Écluse.
ELOGE
ni k &OSNY EN l559, MORT AU CHATEAU DE VILLEBON