CHAPITRE XIIL
Arrivée de M. BombrAj. — Notification faite à l'empereur.
-^ Protestation de ce prince. — Les pdîciers de marine.
— J'ëcris' à l'amiral Keith. — On propose de retirer son . épée ^ l'émpéteÀP. ^*- 'L'aihirâl Kf itb s^y opposé. — L'em- , per^r, pfi49Q'.. SOT: i^ NorihumbeHand, ^^ Ce quM me
charge 4e <Ui;-e,<i^ c«ipiUinei Mkitlnnd.rH-Sépart pour Saint-
Hëlène.
M. le chevalier Bombray^ sous-secrétaire d'État, était porteur de la décision que le gouvernement anglais avait prise à l'égard de l'empereur. Il arriva à bord du Bellérophon y fut introduit auprès de ce prince , et lui remit , non pas une lettre, ni même une feuille, mais un morceau de papier sur lequel était écrit en français à peu près ce qui suit, qui, je crois, était extrait d'une lettre que le gouvernement avait écrite à l'amiral Keith.
« Comme il peut être important que Napoléon
<t Bonaparte soit prévenu qu'il doit être conduit <( à Sainte-Hélène, M. le chevalier Bombray est c< chargé de lui faire cette communication, et « de lui signifier qu'il ne pourra emmener que <K quatre personnes, du nombre desquelles sont « exceptés les généraux Savary et Lallemand, et «c qtie, de plii^, les quatre personnes qui l'accom- « pagneront devront préalablement se recon- €t iiàître prisonniers du gouvernement anglais, d Ce papier n'était revétii d'aucune signature. Ceux qui avaient dû en discuter le contenu avalent isûrement craint d'y apposer leur nom. Un chiffon de cette espèce ne pouvait servir d'introductioi^ k celui qui en était porteur ; l'amiral Keith y suppléa , et fit connaître le caractère de M. Bombray.
Ij'etnperèur s^eritretiht avec ces messieurs , et leur déclara qii'il était contré son intention d'aller à Saihte-Hélède; qu'il n'était venu éh Angleterre que d'après l'invitation qui lui en avait été faite, et sur l'assurance qui lui avait été donnée qu'il serait libre; qu'autremèàtilù'y aurait jamais pensé, et qu'il n'y avait pas de sort qu'il rie? préférât à celui qu'oïl voulait lui faire ; qu'il protestait, àlaface du ciel et des hommes, de la violence qui lui était faite à bord du vaisseau le Bellérophon^ où il avait été reçu sous la protection du pavillon britannique.
u^S, MÉMOIRES
Il congédia ces messieurs, et écrivit à l'amiral Keith la lettre ci-dessous:
<c MlLORD ,
<f J'ai ^ avec attention l'extrait de la lettre que s
vous m'avez communiquée. Je vous ai fait con* naître mes ^entiraens : je ne suis point prison-v ^ nier de guerre^ je suis l'hôte de l'Angleterre; je suis venu dans cç paiysi sur le vaisseau de guerre le BellérophoijL y après avoir communiqué au capitaine la lettre que j'écrivais au prince régent, e^ avoir reçu l'assurance q^'il lui avait été ordonné de me recevoir à son bord pour m^e transporter çn Angletei;*re avec ma. suite, si je me présentais pour cela. L'aoïiral Qtl^am m'a depuis ipéitéré les^ mêmes choses.
(c Du moment où j'ai été reçu Hbremjent sur le Bellérophojjkj jç i3[ie suis trouvé sous ia protec-i tion des lois, de votre pays^ Je préfère la naort a aller ^ S[aint;e-^élène^ ou à être enfermé daqsuna citadelle quelconque. J[e désire vivre libre da^s^ l'intérieur de l'Angleterre , sous la protection et la surveillance des lois, et en prenant tous les enga,gemens et mesures qui pouvrput çtre jugés convenables.
ce Je neveux entretenir aucune correspondance ^yec la Frauce, ni me mêler d'aucune affairç pçr \itique,
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' « Depuistinon abdication, moi) intention a tou-% jours été de me domicilier dans un des deux; pays, les États-Unis ou l'Angleterre. Je me flatte que vous, milord, et le sous-secrétaire d'Etat ferez un récit fidèle de tous les détails dans les^ quels je suis entré pour vous prouver les droitsi de ma position. C'est en l'honneur du pjrince ré-i ^ent et la protection des lois de votre pa,ys que j'ai mis et que je mets ma confiance.
te Napoléon. »
Cette lettre resta sans réponse.
Un pu deux jours ^vant l'arrivée de M. Bom^ t)ray ^ Plymouth, on avait déjà mauvaise opi^ nion de la tournure que prendraient les affaires. Les gazettes anglaises rendaient compte de toutes les délibérations du conseil des ministres, où l'on agitait la question d'envoyer l'empereur à^ Çainte-Hélène; elles rendaient également compte de tout ce qui s'était passé à Çaris, c'est-à-dire de la rentrée du roi, de la composition de son ministère. On ne voyait, dans les choix; qu'il avait faits, que <Jes ennemis pçrspnnelç de l'empereur ; on jugea bien, qu'ils feraient tous leurs efforts^ pour faire prendre un parti violeht contre leur ancien souverain, qu'ils s'appuieraient sur l'im-. possibilité de tranquilliser la France tant qu'ori, yerrait quelque chance de retour. Aussi p^A^u
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sâmes-noiis que la mesure dont Fëmpereur était Tobjet était bien autant Touvrage du cabinet de Paris que celui de Londres.
Les officiers du Bellérophon le croyaient aussi, et se trouvaient particulièrement offensés, comme Anglais et comm^ militaires, d'être les agens de cette machination.
Ils avaient tous été bien traités par l'empereur. Us l'avaient cru méchant, ils voyaient qu'il était bon jusqu'à la faiblesse. Ils étaient bien revenus de leurs préventions.
L'empereur avait fait dîner un d'entre eux chaque jour à sa table, et avait constamment retenu le capitaine. Cet officier lui ava:it plu; il était fort content de lui.
Les officiers de la marine et M. Maitland luimême nous disaient hautement, en voyant ce qui se faisait : « Voilà une fort mauvaise affaire. <r Si Withhread n'était pas mort, cela n'irait pas « ainsi. Il y aurait un beau tapage au parle- « ment. »
Ils nous conseillaient de protester contre l'envoi à Sainte-Hélène, parce qu'ils croyaient que, si nous opposions une masse de résistance à cette décision , on y regarderait à deux fois avant de rendre tout-à-fait mauvaise tine chose qui était déjà une violation des lois.
n y avait à bord du Bellérophon quelques
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personnes qui parlaient fort sensément des lois de leur p^ys, que.les Anglais connaissent mieux que npus ne connaissons les nôtres. L'un de ces messieurs nous conseilla de résister; il nous dit même que nous ne risquions pas grand'chose à le faire y que nous ne pouvions rien perdre. Je suivis son avis. J'écrivis à l'amiral Keith que j'en» tendais parler de Sainte-Hélène, que je ûe savais qu'en croire^ et que, sans rien préjuger des déterminations de son gouvernement, je le prévenais qu'il n^ntrerait jamais dans les miennes d'aller k Sainte-Hélène , parcequ'il ne m'était pas permis de disposer de moi à ce point-là; que j'avais cru venir en Angleterre, ou passer en Amérique avec le projet d'y appeler ma famille. J'ajoutai qu'un transfert à Sainte-Hélène n'admettait pas une supposition semblable, qui d'ailleurs n'était point entrée dians mes calculs, et que je lui en faisais la déclaration. Je m'étendis ensuite sur divers détails relatifs à notre arrivée à bord du Bellérophon. L'amiral Keith m'a-t-il répondu? je n'en sais rien.
Je rendis compte le soir même à l'empereur de la démarche que j'avais faîte. Je le prévins aussi que j'avais trouvé le moyen d'écrire à sir Samuel Romilly, sans passer par l'intermédiaire du capitaine, auquel nous étions obligés de re-^ mettre nos lettres tout ouvertes. •
$(5a MÉMOIRES
Ce fut le lendemain ou le surlendemain du jour où j'avais écrit à l'amiral Keith^ que M. Bombray arriva de Londres à Plymouth , avec l'exception qui me concernait. Comme elle ne pouvait évidemment pas être la conséquence d'une lettre écrite la veille ou l'avant-veille, elle me donna de l'inquiétude; car, quels que fussent les droits de ma position, il était bien difficile de ne pas supposer quelque motif sinistre à la me^ sure dojjt j'étais l'objet.
L'empereur tâchait de me rassurer, mais je crois qu'au fond il n'augurait pas mieux que moi.
Le yajisseau le Northumberland, qui devait conduire l'enipereur à Sainte-Hélène, n'était pas prêt. On laissa ce prince dans la même sîtuatioB à bord du Bellérophon dans la rade de Plymoutb, jusqu'au 6 août, qu'il appareilla pour Torbay, accompagné du Tonna/ity que montait l'amiral !H^eith, et d'une frégate sur laquelle étaient les officiers qui étaient venus de France avec l'em^ pereur.
Le Northumberland devait se trouver à Torbay. Il arrivait de Portsmouth , et marchait sous la conduite de l'amiral Cockburn, qui devait conduire l'empereur à Sainte-Hélène. Les deux vais- ' seaux qui avaient fait voile de Plymouth le ren- CQxitrèrept à la mer, et tous trois vinrent mouiller \ Torbay te 7 août après midi.
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L'amiral Gockburn était à bord de l'amiral Keith, lorsque l'empereur y envoya le général Bertrand , pour savoir de lui comment on comptait le traiter, tant pendant la traversée que pen-' <lant son séjour à Sainte-Hélène.
Le général ne tarda pas à revenir^ et apprit à l'empereur qu'on le faisait prisonnier de guerre siinsi que toutes les personnes qui l'accompagnaient, qu'on le dépouillait de son argent et de ses armes, qu'on avait même été jusqu'à vouloir lui ôter son épée. Le général Bertrand s'était récrié sur un tel procédé ; l'amiral Keith s'était rangé de son avis , et avait fait observer à l'amiral Gockburn qu'on la rendait même à un officier pris sur le champ de bataille, qu'à plus forte liaison on devait le, faire 'dans le cas dont il s'agissait. Il prit sur lui de laisser à l'empereur celle qu'il a si glorieusement portée.
Le lendemain 8 août, l'amiral Gockburn vint à bord du Bçllérophon avec l'amiral Keith , qui paraissait affligé de ce triste message.
M. Gockburn était accompagné d'une perâontie qu'il avait atnenée de Londres , et avec laquelle, je crois, il avait quelque lien de parenté; ce fut cette même personne qu'il chargea de visiter les effets de l'empereur. On examina tout^ pièce par pièce, sans oublier son linge. A la vé-» rite, cette inspection se fit avec des formes polies
qui rendaient cette dégoûtante visite moins insupportable; mais on s'empara de l'argent et de tout ce qui avait quelque valeur. Cela fait , on vint annoncer à l'empereur que le canot qui devait le conduire à bord du Nôrthumherland était prêt (i).
(i) Le général Lallemand; qui nous avait rejoints à Niort, était parti de Pari» après nous , c'est-à-dire k)rsqu'il était à peu près évident qu'il n'y avait plus rien à espérer ni pocir le fils de l'empereur ni peur le duc d'Orléans , avec n'inn porte lequel des deux partis il aurait eu une position toute faite.
Il avait apporté à l'empereur une lettre dont ce prince daigna me donner communication Je lui dis ce que j*en pensais ; mon opinion lui déplut, il me le témoigna, et me dit que je ne voyais qu'à travers les passions auxquelles je me laissais aller. Je lui répliquai : u Fort bien , sire , ne me M croyez pas; mais pour votre satisfaction personnelle, avant « de nous quitter peut*^lre pour jamais, demandez à Lallec< mand , qui était dans tout cela , pour qui l'on travaillait « lorsque vous êtes revenu. »
L'empereur me prit au mot et me dît d'appeler Lallemand ; je le fis, et assistai à la conversation. L'empereur demanda au général pour qui l'on travaillait «ivant qu'il revînt. — Pour le duc d'Orléans, lui répondit Lallemand. L'empereur se tourna alors de mon côté avec un sourire qui était dans son habitude c[uand il se rendait à une opinion contre laquelle il s'était d'abord buté ; il nous renvoya l'un et l'autre, et mit en
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U embrassa ses compagnons d'infortune , qui eurent la permission de venir lui dire un dernier sidieu à bord du Northumberland.
Il me chargea particulièrement de dire au ca^ pitaine Maitland qu'il eût désiré lui donner une marque de souvenir , qu'il regrettait qu'on l'eût ïnis hors d'état de le faire; que, du reste, il ne conservait aucun ressentiment contre lui à raison de ce qui arrivait, parce que cela tenait à des considérations hors de sa puissance ; qu'il ne croyait pas qu'il l'eut trompé sciemment; qu'il lui avait reconnu au contraire assez d'honneur pour être persuadé qu'il serait affligé en voyant que la confiance qu'il avait mise dans son pavillon était devenue le piège de son infortune, et qu'il était particulièrement peiné de voir qu'on l'avait rendu l'instrument de la plus honteuse infraction à l'honneur et à la morale , à toutes les lois que respectent même les peuples les moins civilisés.
Au moment de quitter le Bellérophon , M. de Las Cases, qui suivait l'empereur à Sainte-Hé-
lambeaux la réponse qu'il avait faite à la dépécke que ce général lui avait apportée.
Ces lambeaux éveillèrent la curiosité des officiers qui étaient restés à bord , ils les rassemblèrent , et virent avec surprise ait quoi il s'agissait.
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lène, demanda au capitaine Maitland de lui si-^ gner une déclaration de quelques faits convenus entre eux, lorsqu'ils avaient traité ensenibi^ dans la rade des Basques.
M. Maitland répondit à M. de Las Case^ • «c Voyez, d'après ce qui se passe , à quoi vous se :^' <c vira ma signature, elle ne peut que me nuir^^» « et croyez-vous que ma position soit bien mei- 1* a leure que la vôtre ? »
Nous étions au 8 août. Le Northumberlandtam^^ k la voile dans l'après-midi pour Sainte-Hi^^^ lène. Le Bellérophùn et le Tonnant rentrèren .^^^ le même jour à Plymouthi
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