CHAPITRE III
Champ-de-Mai. — L'empereur est de nouveau proclamé chef de l'Etat. — Acte additionnel. — Les publicistes genevois. — Opinion de madame de Staël. — Bruits que répand la police. — Fouché se met en communication avec Wellington. — Il était en mesure pour toutes les hypo-' thèses.
Nous étions à la fin de mai. Les députés des départeiuéns arrivaient à Paris , tant pour le champ-de-mai que pour le corps législatif. On n'attendait plus, pour tenir cette nombreuse assemblée , que d'avoir achevé le dépouillement des votes des communes^ au sujet de la réélection de l'empereur. On y travaillait ; mais la besogne était longue; elle ne fut terminée que dans les derniers jours de mai. Le champ-de-mai ne put avoir lieu que le 3 juin.
Ce jour semblait annoncer une autre époque de notre histoire non moins brillante que celles qui l'avaient précédée.
Une foule prodigieuse remplissait l'espace im-
mense compris depuis le péristyle du château des Tuileries jusqu'à celui de l'École militaire, en suivant la grande avenue du jardin des Tuileries, celle des Champs-Elysées, pour se rendre au pont d'Iéna et de là traverser le Charap-de- Mars. Cette multitude était incalculable, et les terrasses qui entouraient le Champ- de -Mars étaient tout aussi chargées de monde qu'à aucune des grandes fêtes de la révolution.
Le cortège qui accompagnait l'empereur fut aussi pompeux qu il avait coutume de l'être dans les cérémonies d'éclat; l'innombrable public dont il fendait la presse l'accueillit avec les mêmes applaudissemens, et assurément, sans les idées de guerre qui comprimaient les espérances de bonheur, il n'aurait rien manqué à la satisaction que chacun éprouvait d'un événement aussi extraordinaire.
Tout ce qui avait pu donner à cette assemblée un grand caractère de liberté avait été scrupuleusement soigné. U y avait des députations de toutes les parties de la France, et de tout ce qui constitue sa puissance et son administration; on n'avait pas encore réuni tant de tnoyens de parler aux yeux et aux intelligences. L'empereur était dans son costume d'apparat. On a observé, avec quelque raison, qu'il aurait mieux fait de garder son costume ordinaire, qui était l'uni-
forme de l'armée ^ quoiqu'il ne fut point dans l'habitude de le porter dans des. cérémonies de la nature de celles-ci. Il arriva au Champ-de-Mars dans une voiture à huit glaces^ accompagné ^ sui* vaut l'usage > de tous les maréchaux à chevah
Toute la garde nationale de Paris était sous les anties , ainsi qu'ui> grand nombre d'autres troupes. Le cortège arriva par le pont d'Iéna et vint j par un détour pratiqué à cet effet, se ranger dans la première cour de l'Ecole militaire, après qu'il «ut descendu au péristyle de cet édifice toutes 4es personnes qui remplissaient les voitures dont il était composé.
L'oa avait construit une estrade en avant des fenêtres du premier étage de la façade du milieu d^ rÉcole militaire. De cette estrade, on avait pratiqué un escalier en rampe douce, qui de$«* cendait dans l'enceinte demi-circulaire qui lui faisait face, et dans le pourtour de laquelle éitaient élevées les tribunes régulières où étaient placés les dix ou douze mille députés qui com« posaient l'assemblée du champ-de-mai.
. Le cortège qui accompagnait l'empereur s'é-* tait réuni dans las appartemens du premier étage de l'École militaire. U entra dans l'estrade dont je viena de parler; elle était de plain-pied avec les appartemens. Chacun prit la place qui lui avait été diésRgnéei^ et l'en^éreur , q^ étkit à ta qiieue
du cortège^ vint se placer dans le fauteuil qui lui avait été préparé.
Après quelques cérémonies préliminaires ^ Farchi-chancelier s'avança au milieu de Testrade en face de T^semblée y et lut à haute voix le proc^verbal du dépouillement des votes des communes pour la réélection dé l'empereur à la dignité impériale ; après quoi, il annonça que le nombre des. votes pour l'affimative surpassait d'un million ceux qui étaient pour la négative..
. Ainsi l'empereur était de nouveau, chef de Ja nation; son élection n'était due ni aux baïonnettes étrangères, ni aux votes d'assemblées communales tenues au milieu des camps ennepiisi. On ne peut pas dire qu'on y ait suppléé par les menaces, car déjà à cette époque les troupe;» étaient rassemblées sur la frontière, ou en marche pour s'y rendre; on n'avait aucun moyen de faire violence à la liberté des suffrages.
On observera sans doute que la France, ayant un roi, n'avait pas le droit d'élire un autre chef; je me bornerai à faire une réflexion, paf ce que cette question me mènerait trop loin.
Au mois d'avril iSi/\, le sénat, assemblé au milieu des armées ennemies , prononça la déchéance de l'empereur, lorsqu'il était encore à Fontainebleau à la tête de l'armée nationale.
Cette assemblée livra ainsi la France aux souvixi. 4
5o MÉMOIRES
verains étrangers, qui étaient dirigés par une po litique au moins ennemie de notre puissance, s'ils ne Tétaient par des Français transfuges à leur patrie et à l'honneur.
Âppellera-t*on cela un acte national ? Quelle commune a voté pour la déchéance de l'empereur et le rappel du roi ?
Quel article de la constitution avait mis le sénat en possession du droit d'annuler un acte fort de l'adhésion individuelle de près de trente millions de citoyens, qui avaient investi l'empereur du suprême pouvoir?
Quel est le plus national de ces deux actes , et par oonséquent le plus légal ?
L'empereur avait abdiqué! Oui, mais quand et comment? L'abdication d'ailleurs est un cas prévu par les lois. La constitution avait déterminé quel devait être l'héritier du trône. S'il y avait un motif suffisant pour priver celui-ci de son héritage , la nation devait être consultée sur le choix par lequel on se proposait d'y suppléer; autrement il suffira d'une seconde invasion , il suffira que les armées ennemies puissent assembler quelques misérables transfuges de toute sSorte de partis, pour voir de nouveau tous les intérêts déplacés et l'ordre légal anéanti: car, dans cette supposition même , l'empereur avait plus de droit que personne , puisqu'il venait de
conquérir la France avec ses six cents hommes, et sans brûler un grain de poudre à canon.
On prétendrait vainement qu'il y a eu surprise , que l'élection a été enlevée à rétonnement où étaient encore les communes. L'empereur était trop connu pour surprendre; en se sounnel* tant d'ailleurs au scrutin individuel , il donnait bien à chacun le temps de la réflexion; il lui laissait suffisamment de loisir pour voir s'il devait le repousser ou Taccueillir. Il n'y avait donc pas surprise, mais réveil d'affection, DansFacte de déchéance prononcé par le sénat, il y avait au contraire tout à la fois surprise et contPalnt«& Cela était si vrai^ qu'il n'y avait pas un sénateur qui, pris isolément, ne gémît de ce qu'il avait fait.
Au surplus, si l'acte de déchéance était valable, à quoi bon demander l'abdicatipn de l'empereur?
Et si l'acte de déchéance est une extorsion efti même temps qu'il était hors de la cortîpétencc du sénat, que peut être alors l'abdication de Pempereur , même sans toutes les circonstances qui Font accompagnée ? Dès qu elle n'était pas àù profit de son fils , elle était nulle , ou bien toutes les abdications de Bayonne seraient bonnes et valables, quoique le trône d'Espagne ne man* quât pas plus d'héritiers, que celui de France
n'en manquait , lorsqu'on força l'empereur à abdiquer.
On était las , disait-on , de voir incessamment la fortune mise en compromis! Etait-ce une raison pour la perdre d'un seul coup ? On voulait clore la révolution ! Est-ce la clore que de déplacer de nouveau tous les intérêts? U fallait en revenir aux princes légitimes! A la bonne heure, mais ce besoin subit de légitimité fit faire des choses qui étaient par trop illégitimes. Au surplus , quelle espèce de légitimité manquait à l'empereur ? L'admiration générale lui avait décerné la couronne; la victoire la lui rendait , et cependant il ne voulait la reprendre qu'avec l'assentiment national , avec Fassentiment de tous , exprimé individuellement et en pleine liberté.
De brillans succès semblaient l'avoir immuablement affermie sur sa tête, lorsqu'un grand revers vint dessécher toutes les affections et substituer l'abandon et l'ingratitude aux sentimens de reconnaissance qui jusque-là avaient semblé inépuisables.
Un effort de courage , sans exemple dans les temps anciens et modernes, le ramène à ce même pouvoir qu'on lui avait demandé d'abandonner pour le bonheur du plus grand nombre, et le premier emploi qu'il en fait est de rendre à chacun la liberté de le réélire, en laissant à tous le
temps de faire succéder la réflexion à l'admiration qu'avait excitée son audacieuse entreprise.
C'était à cette assemblée du Champ-de-mai qu'il recevait le témoignage d'estime et de confiance avec lequel la nation lui remettait de nou* veau le soin de ses destinées.
Lorsque l'empereur fut proclamé pour la seconde fois chef du gouvernement, il parla à l'assemblée, et lui tint un discours fort énergique et fort noble, dans lequel il répondait à la déclaration du i3 mars, par laquelle les souverains alliés faisaient connaître que c'était encore à lui seul qu'ils faisaient la guerre , et qu'ils réunissaient de nouveau leurs efforts pour l'abattre. L'empereur dit à l'assemblée qu'il sacrifierait volontiers son existence, s'il était assuré qu'elle fut la seule cause des ressentimens qui animaient les ennemis; mais qu'il ne fallait pas s'abuser ni se laisser séduire par leurs discours, que le véritable objet de leurs nouveaux armemens était la saisie de nos places fortes et le démembrement d'une partie des plus belles provinces de notre territoire, qu'ils avaient le projet de se partager pour aplanir les différends qui les divisaient entre eux.
Il termina en annonçant que le danger était grand, et qu'il fallait bien se convaincre qu'wi
peuple avait tout perdu lorsqu'il avait perdu son indépendance. Ces pairoles parurent faire une impression profonde sur l'assemblée; rien n'an* nonçait qu'elle dût si tôt abandonner celui aux mains duquel étaient de nouveau remises les rênes de l'État,
Son discours achevé, l'empereur s'avança au milieu duChamp-de-Marà où il fit assembler tous les officiers et sous-officiers de la garde nationale et des troupes qui s'y trouvaient. Il leur parla de la même manière et avec beaucoup d'énergie; les cris de ^iVe V empereur fendaient les nues, et si jamais l'on dut compter sur l'enthousiasme, dans quelle circonstance en montra-t-on davantage que dans celle-ci ?
Le spectacle qu'offrit cette journée ne peut être sorti de la mémoire de ceux qui en furent les témoins, et bien certainement il était dans la pensée de tous, qu'à aucune époque de la révolution les Français n'avaient paru mieux disposés à défendre leur liberté et leur indépendance.
L'empereur lui-même quitta le Champ-de- Mars, persuadé qu'il pouvait compter sur les sentimens qu'on lui montrait. Il ne songea dèsïors qu'à aller à la rencontre de l'orage qui se formait en Belgique.
Les nominations à la pairie étaient faites, le temps pressait; il ouvrit la session du corps lé-
gtslatlf. La cérémonie eut lieu dans les formes usitées en pareille circonstance. L'empereur fut reçu avec acclamation , lorsqu'il parut dans la salle: il reçut le serment des membres des deux chambres, après quoi il leur adressa un discours sur les dangers dont la patrie était menacée, fl les invita à prendre des mesures capables de nous sauver de l'invasion qui nous menaçait de toutes parts 9 à ajourner après l'orage les discussions abstraites^et à ne pas imiter les Grec» du Bas-Ëm'pire, qui dissertaient pendant que le bélier eanemi renversait leurs murailles.
La chambre des députés fut particulièrement contente de son discours , parce qu'il donnait une entière satisfaction sur toutes les questions qui avaient été le sujet de la mésintelligence de 1814. On croyait pouvoir se promettre quelques résolutions courageuses de la part d'une assemblée qui se disait satisfaite.
Peu de jours après l'arrivée de l'empereur à Paris, on avait tant demandé une constitution, qu'il n'avait pas été possible d'attendre la réunion de la chambre pour en faire la matière de ses discussions.
Les esprits impatiîens s'étaient même échauffés sur cette question , au point qu'il y avait à craindre quelque résistance dans les choses principales , s'ils n'étaient immédiatement satis£siits«
L'empereur chargea en conséquence MM. Benjamin Constant, Bédoc et quelques autres membres de la dernière chambre des députés , de se réunir et de compiler tout ce qui avait été fait et dit sur nos constitutions dans les différentes assemblées nationales qui avaient eu lieu jusqu'à cette époque , et d'en faire un résumé clair que l'on présenterait à l'impatience publique.
Malheureusement les matériaux à compiler étaient trop considérables, et le temps trop court pour que l'on pût revoir toutes les constitutions antérieures, et en composer une qui pût satisfaire aux besoins du moment. Aussi ne donnat*on au travail qu'on présenta que le titre ^Acte additionnel aux constitutions de VÉtat, Les dispositions en étaient extrêmement libérales.
Les publicistes en étaient satisfaits ; madame de Staël même applaudissait aux garanties qu'il renfermait, a Les articles additionnels, écrivait-elle au prince '^**, sont tout ce qu'il faut à la France, rien que ce qu'il faut, pas plus qu'il ne faut.» Et comme il faut qu'il y ait toujours quelque chose d'individuel dans ce qui paraît le plus indépendant, elle ajoutait : « Le retour de l'empereur «est prodigieux et surpasse toute imagination; a je vous recommande mon fils. » Le suffrage de madame de Staël était quelque chose, et celui de la cohorte de publicistes genevois qu'elle avait
jois en verve sans doute aussi ; mais on ne tint aucun compte des élucubrations de ces étrangers. On attaqua l'ouvrage jusque dans son titre. On se déchaîna sans raison et sans mesure contre un travail que l'on n'avait pas même pris la peine de lire. C'était évidemment la malveillance <{ui agissait^ et dans notre malheureuse France elle est toujours sûre de trouver des échos. On fat huit jours en colère, puis on se calma au point que, lorsque la chambre fut assemblée, on n'ouvrit pas même la discussion sur l'acte additionnel que l'on avait fini par trouver très bon.
Diverses personnes avaient imaginé que l'empereur abdiquerait au Champ-de-Mai , en laissant à la chambre des députés le soin d'administrer l'État et de le sauver, soit en négociant avec les ennemis , soit en déployant toute l'énergie nationale, pour triompher d'un refus, si elle en essuyait. Elles prétendaient que les ennemis ayant manifesté, parleur déclaration du 1 3 mars , que c'était à l'empereur seul qu'ils faisaient la guerre , il convenait que ce prince s'isolât de la question , afin de pouvoir juger si les souverains alliés étaient sincères dans les sentimens qu'ils manifestaient. Dans ce cas , l'assemblée aurait nommé, pour composer une commis- ^on de gouvernement, des membres d'intentions
j» MÉMOIRES
pures et à l'abri de toute influence ennemie , qui auraient remis à l'empereur l'exercice du pouvoir, aussitôt qu'ils se seraient aperçus que la déclaration n'était qu'un piège destiné à paraliser l'élan national. Si au contraire les alliés avaient accordé ce que la nation désirait , l'ou aurait fait à l'empereur un isort conforme à la dignité de cette même nation, et à la reconnaissance qu'elle portait à celui qui avait été son libérateur dans des dangers dont le souvenir n'était pas encore perdu.
f C'était Fouché qui répandait ces idées; il avait ses raisons pour le faire. L'abdication lui eût permis de reprendre plus facilement les projets dont il était occupé avant le retour de l'île d'Elbe; il eût été le maître du terrain et aurait composé avec les étrangers pour son plus grand avantage. Une autre considération encore; il bavait que sa conduite avait éveillé les soupçons, il était bien évident que le premier sacrifice que le traître aurait fait demander à la nation pour les étrangers aurait été de leur livrer l'empereur, ce qu'il aurait fait exécuter lui-même, une fois qu'il se serait trouvé le chef du gouvernement. On peut d'autant moins se refuser à convenir de la vérité de cette opinion , que la sécurité de son avenir lui commandait de sacrifier Tempereur à tout prix; car il est bon de le remarquer encore,
DU DtJC DÉ ROVIGO. 5g
les înstîgafeurs à Vienne ne voulaient rien en- ■tpeprendre, qu'au préalable ce prince n'eût été enlevé de l'île d'Elbe.
Aussi Fouché n'avait-il garde d'avouer les ibruits qu'U mettait toute son industrie à propager, n avait trop de sens pour s'imaginer que Tempereur n'était venu expulser les Bourbons que pour livrer la France à quelques intrigans , et trop de sagacité pour se flatter de lui dérober le but de ses manœuvres. Je croîs bien que si , dès Farrivée de ce prince, il lui avait dît où en était la négociation qu'il conduisait avec ces mêmes étrangers, et qu'il eût pu lui démontrer que sans son retour il eût réussi ; je crois, dis-je, que l'empereur n'aurait pas voulu qu'il fut versé une goutte de sang pour obtenir ce que l'on pouvait avoir sans lui. Si Fouché en était aussi persuadé qu'il a affecté de le dire , rien ne peut Fexcuser de n'en avoir pas fait la confidence à Terapereur. Il est d'autant plus coupable, que Faveu, loin de lui nuire, pouvait même devenir un moyen de crédit près de ce prince , en même temps qu'il en devenait un de popularité près de la nation.
Ne peut-on pas penser qu'il n'a gardé le silence sur une matière aussi délicate, que parce qu'il ne se fiait pas aux promesses qu'on lui faisait de AHienne , et qu'alors il lui importait de
6o MÉMOIRES
s'attacher à Fempereur ? D'un autre côté, s'il avait divulgué le projet dont il était occupé avant le retour de Tile d'Elbe, et que l'empereur n'eût pas réussi, il aurait infailliblement gâté sa position vis-à-vis du nouveau gouvernement, qui n!eût pas manqué de lui demander compte de sa conduite.
L'empereur avait entendu parler de la négociation de Fouché , et la lettre qu'il avait saisie sur le courrier de Vienne lui avait donné à penser; mais comme le ministre ne lui en parlait pas, il dut regarder cela comme une intrigue , sur la réussite de laquelle les meneurs ne comptaient pas trop eux-mêmes, car il n'y avait aucun motif de faire mystère d'une chose dont il était simple de convenir, puisque l'empereur ^ qui n'avait fait part de son retour à qui que ce fut, ne pouvait pas trouver extraordinaire que l'on eût entrepris de secouer le joug dont on se plaignait.
Fouché ne se dissimulait pas que les destinées de la France dépendaient des résolutions du congrès : mais la campagne allait s'ouvrir en Flandre; il considéra que, si l'on y éprouvait un revers^ les armées anglaises arriveraient les premières^ à Paris, et qu'ainsi le sort de cette capitale dépendrait plus du général anglais que de ceujc: des autres nations qui se trouvaient encore au-*
DU DUC DE ROVIGO. 6i
delà du Rhin. Dès-loris, il n'y avait pas de temps à perdre. Il se mit en relation avec lui. A l'aide de cette précaution, il se trouvait en mesure pour toutes les hypothèses. Si l'empereur avait triomphé, il lui réservait les embarras qu'il pouvait lui susciter dans la chambre des députés et parmi les hommes à mouvemens de la révolution. Il n'y a nul doute qu'il serait parvenu à rendre la marche du gouvernement lente, en éteignant l'espérance de le voir se consolider, Xnfiin il restait une dernière ressource, celle de Tassassiner; cela lui était d'autant plus facile^ que le meurtrier était sûr de l'impunité , parce que l'on ne serait pas parvenu à le saisir, si le ministre ne l'avait pas voulu.
J'ai eu occasion de parler de cela avec plusieurs personnes qui connaissaient Fouché depuis vingt ans, et qui étoient tout-à-fait de mon opinion.
La profondeur de la dissimulation de Fouché était telle, qu'ayant été moi-même le voir dans les premiers jours du départ de l'empereur pour la Flandre, il me dit dans le cours de la conversation : <c On ne peut pas s'attacher à l'empereur^ a il n'y a avec lui de sûreté pour personne, il croit a toujours qu'on le trahit. » C'était après avoir écrit à M. de Wellington qu'il tenait ce langage.
On ne peut revenir de son étonnement en son-.
j^ MÉMOIEES
géant que» l'empereur ait de nouveau employé m tel homme. Une erreur semblable prouve à que point il était resté étranger à tout ce qui avait pi se tramer à Paris.
Da DUC DE ROVIGO. 63
*»Vim>^»»VV»»(VW»VVVW»VV»W» VW VV»WVWVW%>KWV»»^ VV%W| W\VW«WW^W%VVVVMW»