CHAPITRE
Uetteniic)i envoie un émissaire à Fouché.. — L'empereur s'empare des signes de reconnaissance et s'interpose entre les deux ministres. — Ce qu'il apprend. — Il a lin instant la pensée de faire arrêter Fouché. ^ Talleyrand au plus offrant et dernier enchérisseur. — Murât éclate à contre-temps. — r Le général Béliard. — Marche ténébreuse de Fouché.
L£s hommes du parti royal qui étaient restés à Paris remarquèrent bien cette disposiitioii des esprits. Ils les excitèrent, parce qu'en faisant triompher la constitution, ils assuraient leur position en se garantissant des recherches qui auraient pu être faites sur leur conduite.
Fouché; qui avait d'autres projets, avaitencore bien mieux aperçu cette' disposition des esprits; il savait déjà à quoi s'en tenir sur le retour de l'empereur.
Il avait envoyé à Vienne pour savoir ce cjue
cela voulait âite , soupçonnant que de cette ville quelqu'un avait pu être envoyé à l'île d'Elbe pour s'îirranger avec Fempcreur et lui conseiller son entreprise (i).
L'on avait eu la même pensée à Vienne, d'où l'on avait aussi ei^pédié quplqu'ijn avec une let- . tre pour Fouçhé, dans laquelle on lui demandait des explications sur ce qui avait pu amener le retour de l'empereur. On lui disait que l'on ne changerait rien à la détermîiiation qui avait
(l) J*ai vft à son rétbnt la persdnne^e M. Fouets avait éiiVôyéé prés de M', de Tallcjrand ; rempèrenr voulut aussi la voir, et la inailda dés qu'elle fut àrrivëe.
Cette personne avait-elle une double mission? Je l'ignore. Il m'a cependant été assuré qu'à son départ de Paris , elle avait une lettre de l'empereur pour M. de Tallejrand , et j'àî> quelques rÎMons ^h crabre; die nous rapporta que f» , 4iplomatQ ptésidait ^ peu près a\ix décisions des soufjsifaâai alliés. Elle, avait vu l'empereur de Russie c)xez lui, et çqxnme ou lui, demandait des détails sur le retour de l'empereur, elle racontait à quel point était portée l'exaltation dont il avait été témoin. Elle ajoutait tout ce qui pouvait persuader que le fûotlvcttietit'ëtaît national.
€et envoyé noùs^dit que M. de Tallèjrand l'avait chargé 3de toutes sortes dé choses affectueuses, particulièrement pour moi. Il hiiayaii^ jassuré qu'il n'irait j>as à Gand, mais qu'il se rendrait en Suisse où il attendrait les éyénemens | telle était sa première résolution.
lie malheur voiQut ^ue le lendemain ou le jour suivant
DU MTd fiË ROVIGO. Si
étêptim de ne pas[!Ie reconnaître , maïs qîie Tori accorderait tout autre gouvernettient qu'on demanderait , fût-ce même la république.
Cette lettre, écrite parle ministre autrichien, fdt apportée à Paris par un jeune homme du commetce dé Vienne , qui , ne Sachant comment ar* l'irer à'Foucbé, s'adressa à quelques personnes cjùi le tirèrent d'embarras. Mctterhich demandait au duc d'Otrante, d'envoyer un homme sûr à Bàlè , et de lui donner des signes de recon-
on reçut à Vienne le Moniteur ^ dans lec[uel était la public»* lion aès premières mesures qui furent appliquées h ceux que l'on considérait comme les auteurs des évenemens du moÎÉ liWril i8i4, et en tête desquels on avait inscrit M. de Tal-
Il fit revéhir la persohne qui lui arait été envoyée de Pâ-« ris j et lui montra ce Moniteur en lui ajoutant t « OU l'on « s'est moqué de vous en vous envoyant ici , ou tous vous « moquez de moi en me disant qu'il n'j aura point de y/gi-^ « geances , puisque les voilà qui commencent. » Dè$-l6rs ^ M. dé ïalleyrand ne parla plus de se retirer en Suisse, et il prit là coïiidiiité opposée;
La crainte di'étre inexact m'émpéche d'en dire ^davantage ; jnais ceci peut faire ^ëfléçhir bien du monde; On ne volt d'ailleurs pas la nécessité de frapper de mesures de rigueuf des hommes que l'on ne pouvait pas atteindre en pays étrangelrs , et si cela n'était que simulé , on aurait dû les en avertir; mais la frayeur travaillait déjà quelques hommes, et les mesurais allaient en tohséquence.
3a MÉMOIRES
naissance que le jeune Viennois lui transmettrait. Ils serviraient à le faire reconnaître d'un agent autrichien qui s'y était déjà rendu , afin de s'expliquer plus au long.
Les démarches qu'a vait dùfaire ce jeune homme pour parvenir chez Fouché avaient transpiré.
L'empereur fut averti; il le fit chercher, et l'interrogea lui-même. Le jeune homme ne cacha rien , il indiqua même le jour où il avait rendu la lettre dont il était porteur pour Fouché.
L^empereur, étonné que celui-ci ne lui en eût point parlé, commença à devenir soupçonneux; il jugea cependant qu'il aurait encore le temps de placer quelqu'un de sur entre Fouché et l'agent autrichien^ En conséquence, il fit donner à un officier de confiance les signes de reconnaissance apportés par le négociant allemand; il y ajouta dés instructions partiôulières pour l'exécution desquelles il l'investit de pouvoirs très étendus et prit ses mesures pour intercepter l'agent que Fouché aurait pu envoyer à Baie, et qui serait venu contrecarrer ce qu'il se proposait de faire.
Cette mission réussit complètement ; l'agent de l'empereur se présenta à Fémissaire de Metternich, qui, ne se doutant pas du piège, déroula de confiance toute la mission qui faisait l'objet de son voyage.
Après avoir expédié son agent ^ l'emperçur
manda Fouché« Il y avait pkisteoi's jours qaMA avait reçu la lettre que le messager de Viffline lui avait apportée. 9 et il n'en avait point parlé; .
L'empereur lui fit d'abord queues questieiÉb indirectes » ^uU ayant riunené la conversation sur les affaii:e9, il laissa entrevoir à.Foudi^ qu'on lui avait fait quelques rapports -désàvan^ tageux sur lui, et que s'ils étaient fondés^' il se ferait beaucoup plus d'homieur en se retirant d'un ordre de choses qui ne iui convenait peut^ être pas y que d'être déloyal envers li3> parti qu'il avait l'air d^ servir» a Si vous avez des scnipulesi «lui dit-iiy donnez votre déittiision. » ^
Fouphé eut l'air de ne pas comprendre, il ^vait que la préfecture de police avait arrêté lé j^une négociant venu de Tienne^ il éluda néanmoins, et sembla n'attribuer qu'à de&ux rap-^ ports y à des intrigueiy L'inquiétude qu» Tempe» rentlui Manifestait, il ne s'abusait pas cependant,i} connaissait assez le souverain auquel il avait aË^re pour être persuadé qu'il n'oublierait' pas; Q^te tmhisottâ Dèsolors, il ne s'occupa plus que d^^rréter l'élan national que l'on dierchart à eitcilery et à nuire de tous ses tnoy^ns au succès de ïeibpereur»
On eût peut*étre dû lui &ire immédiatement son procès et le punir de- toutes les.perfidieSi dont il s'était rendu coupable depuis vingt^inq via. 3
34 MÉM01R3BS:; ;;
ans; mais >les drconstanoe^ létaient si graves ^ et puis il convenait d^itendy& le retour de l'agent envoyé à Baie pour savoir quelle était la nature des Communications qu'il àvidt ouvertes.
. . L'agent revint efifectivement après avoir complètement abusé Témissairei de Vienne , et s'être £ût développer^ dans les moindres détails , tout ce queTon;attendait de Fouché.
: .On lui proposait de trahir l'empereur. On accordait tout, pourvu qu'on livrât ce prince , et on ne voyait en France que Fouché qui pût entreprendre une semblable opération.
L'empereur, voyant qu'il n'y avait rien de tramé contre sa vie, regarda cela coomie de l'intrigue^ et eut asse^ bonne opinion de la rectitude d'esprit de Fouché,' pour croire qu'il reconnaîtrait lui-même que de pareilles propositions ,. indépendamment de ce qu'elles avaient de honteux^ devaient lui démontrer que les^- alliés n'étaient pas aussi assurés du succès que leurs partisans se plaisaient à. le répandre. Ainsi, il ne s'agissait 'que de résister avec courage: il pensa qu'en prenant la. dbose au juste, Fouché verrait qu'il pouvait les déterminer à dévier d'une politique qui n'était pas même celle de : tous, en menaçant de divulguer des ouvertmres dont la moindre conséquence devait être de faire courir toute la nation aux armes.
Il y avait plusieurs bons partis à tirer: de x^es propositions rapportées de Bâle par l'agent que l'empereur y avait envoyé.
L'empereur ji'hésita pas. à s'expliquer avec le ministre. Il s'y décida d'autant plus volontiers^ qu'avant de <}uitter Baie, son agent avait engagé celui d'Autriche à l'attendre , en lui promettant de revenir au, plus vite et de rapporter une réponse positive.
Fouché pris à la gorge donna :à l'agent de l'empereur une lettre pour celui d'Autriche; mais elle était si singulièrement tournée, que l'on ne pouvait rien en conclure , sinon que ; le porteur était bien vraiment l'agent de Fouché. »
C'était tout ce qu'il fallait, Je porteur ayant assez d'habileté pour faire le. reste* Il fut convenu qu'il excuserait l'ambiguïté de la lettre .-de Fouché par les dangers d'une arrestation > jce.qui lui vaudrait encore plus de confiance.-.
Ce second message réussit comme le premier; l'agent de l'empereur revint, .retourna même une troisième fois; mais celui d'Autriche, qui lui-même avait été à Vienne, ne reparut pas.
Comment cela se fit-il ? Est-ce parce que la campagne allait s'ouvrir, ou parce que Fouché Avait trouvé le moyen de faire, prévenir de la supercherie par Bâle, Vienne, ou Bruxelles, où il était aussi en communication avec le duc de
Wellington ? Je Tignore. L'empereur fut un instant sur le point de faire arrêter Fouché; il changea de résolution en observant qu'il serait toujours à temps , lorsqu'il serait mieux établi , et que, si les affaires ne se consolidaient pas, la punition de Fouché ne serait qu'une rigueur inutile.
Depuis qu'il était arrivé à Paris, on avait employé toute sorte de moyens pour recomposer l'armée qui avait été considérablement réduite. La déclaration des puissances coalisées ne pouvait pas manquer d'être promptetaient suivie d'une reprise^ d'hostilités , et les forces avec lesquelles elles menaçaient de nous attaquer étaient incomparablement plus considérablesque celles que nous pouvions leur opposer. Tout le monde faisait la réflexion que, si l'empereur avait succombé lorsqu'il avait plus de troupes qu'il ne lui était possible rfen réunir cette fois-ci , il lui serait bien difficile, pour ne pas dire impossible, de triompher; on se livrait à llnquiétude, mais on conservait de Tespoir; on était généralement fort aise du retour de l'empereur, parce qu'avec lui renaissait l'espérance de parvenir à tous les emplois, tandis que sous les Bourbons on avait reconnu qu'ils allaient redevenir exclusivement le domaine de quelques fa- ... • >
milles, ainsi que cela avait lieu avant la révolution
DU DUC DE ROVIGO. l'j
de 1789. On -faisait des vœux poiir lui^ tout en ne 96 dissimulant pas les diffiailtés qu'il aurait à surmonter.
L'on rappela dans les cadres de Tarmée tous les hommes qui en avaient été congédiés. On mit de nouveau une prodigieuse activité à rassembler des soldats, à les habiller, ainsi qu'à les équiper ; mais il y avait trop de choses à £sûre à la fois, et pas assez de temps pour les achever. On fut encore obligé de £ûre administrative^ ment ce qui aurait dû être autorisé par le corps législatif, qui n'était pas rassemblé.
Le département de l'intérieur avait lui*méme bea^nçoup de choses à faire ; le vote des communés pour la réélection de l'empereur, ainsi que Fas^ semblée du Champ-de-Mai l'occupaient. Le ministère de la police se donnait aussi du mouvement; mais il n'agitait que Içs hommes connus anciennement par l'exagération de leurs principes , en sorte que c'était autant contre l'empereur que contre la maison de Bourbon qu'il travaillait.
Fouché ne cherchait qu'à se donner une at-> titude capable de se rendre nécessaire au gouvèr*nement qui succéderait à l'empereur , quel qu'il fut. Pour cela, il suggéra l'idée des fédérations par département , ainsi que cela avait été pratiqué aux premières époques de la révolution. Ces fédérations réussirent sur quelques points ;
mais une suite d'incidens qui survinrent ralentirent : l'ardeur qu'elles manifestaient , et ne tardèrent pas même à les disperser.
• L'empereur, voyant qu'il fallait de nouveau songer à la guerre, fit assembler en Flandre toutes les troupes dont il pouvait disposer. Il ne laissa que quelques régimens dans le midi. Il forma un corps à Lyon sous les ordres du maréchal Suchet ; il en fit assembler un autre sous les ordres du général Lecourbe dans les environs de Béfort, un troisième à Strasbourg, sous ceux du général Rapp. Le général Gérard en réunit un quatrième à Metz*, et le reste de l'armée, qui en formait la masse principale, s'assembla à Lille et à Valenciennes.
Ces premières dispositions des forces q ui restaient à la France , après tant d'années de triomphes , avaient obligé l'empereur à retirer des départemens de l'Ouest quelques régimens qui les occupaient. A peine se furent-ils éloignés , qiie l'insurrection éclata et vint paralyser une partie des ressources sur lesquelles: on comptait le plus, c'est-à-dire les levées d'hommes, qui devinrent nulles dans toute cette contrée; ce fut pis encore , il fallut y envoyer de nouvelles troupes pour arrêter les progrès de la révolte. Ge contre-temps arriva fort mal à propos, pendant que l'on s'occupait des élections au corps
législatif; il ne changea pas l'opinion, mais il ang-» menta les^embarras.
J/empereur fut fort sensible à cette nouvelle guerre civile. U recommanda qu'on la menât "vivementdu côté des opérations militaires, et en même temps il fit négocier près des principaux chefs vendéens , qui ne furent' pas inaccessibles aux propositions qu'on leur fit, surtout lorsque Larochejaquelein,qui commandait l'insurrection sur la rive gauche de la Loire, eut succombé. :
C'était lui qui avait dcmné le signal des troubles civils dans la Vendée. U était allé en Angleterre solliciter des armes et de la poudre; il avait obtenu Tun et l'autre. Les hommes de son parti , en le voyant arriver avec ces moyens, reprirent courage, mais lui-même ne tarda pas à périr. Il fut atteint, comme il venait recevoir à la côte une seconde livraison d'armes , d^un coup de feu qui retendit sans vie sur la plage où il se trouvait. Son successeur se montra moins sauvage. Il accepta les propositions du ministre de la police, et Ton commençait à pacifier ces contrées , lorsque d'autres événemens vinrent encore uïiéfois fixer les destinées de la France.
Le roi de Naples, après avoir abandonné l'alliance de la France, s'était aperçu, quoiqu'un peu tard, qu'il avait été dupe des promesses auxquelles il avait ajouté foi. On ne lui laissa pas
Â0 BIÉMOIRES
ignorer qu'au congrès de Vienne , on négociait sa perte aussi bien que celle de r^apereur (i); U avait dè^-lors songé à se défendre, et n'avait rien négligé pour se créer une nombreuse armée. Elle était prête lorsqu'il apprit le départ de File d'Elbe^ il considéra ce moment comme &^ voràble à l'exécution de son pi*ojet U voyait alors qu'il n!avait de salut que dans l'alliance de Isi France/ et que, s'il avait fait un an plus tèt les ef^ forts qu'il déployait alors, il aurait pu, avec Tarmée du vice-roi, faire une diversion dont il aurait ressenti les heureux effets; mais à l'époque où il entreprit de faire la conquête de l'Ita* lie, il n'y avait pas plus de probabilité de succès pour lui qu'il n'y. en avait eu pour le vice-roi , lorsqu'il avait été obligé de faire tête aux armées autrichiennes et napolitaines réunies.
(i) J'ai appris d'une mahîère positive, depuis que j'ai écrit ces Mémoires, que Murât avait engagé M. de Talleyrand à défendre ses intérêts au congrès de Vienne, afin d'obtenir d'être rangé dans la même catégorie que Bernadotte. G)mme ce n'était pas la première foi^ qu'il négociait avec Talleyrand, il commença par lui envoyer trois cent mille ducats qui furent acceptés.
Il en avait reçu autant du compétiteur de Murât. Il se décida pour Ferdinand , et celui-ci . en reconnaissance , lui conserva la principauté de Bénévent , à laquelle il ajoutii même le duché de Dino pour le neveu du diplomate.
DU DUC DE ROVIGO. 4i
\Ën voyant l'empereur arriver à Paris ^ le roi de Naples crut l^. moment favorable pour atta^ quer l'Italie, où il savait qu'il régnait du mébon^ teutement. Il comptait sur un soulèvement qu'il espérait que sa présence ferait éclater, et croyait par là donner assez d'oocupation à l'armée au-* tricfaienne , pour laisser k l'empereur le temps de faire de nouveau sentir son poids dans les affaires. La portée de son esprit était assez courte pour ne pas s'apercevoir qu'en attaquant l'Au-* triche, il dtait à l'empereur les moyens de se rapprocher <l'elle ,> si celle-ci y avait été disposée, chose qu'il ne pouvait pas savoir (i).
Le roi de Naples , plein de ces idées , s'avança en Italie^ L'empereur vit avec déplaisir cette imprudente levée de boucliers , et , comme il con* naissait l'inconstance du caractère de ce prince^ il lui envoya en toute hâte le général Béliard pour le diriger.
(i) Cette condoitcr da roi de KapI^ était bien faite pour rendre suspectes toutes 1(9S propositions que l'empereur slw- - rait pu faire à l'Autriche,
L'année précédente , il fut la principale cause de la perte de l'Italie, en abandonnant l'empereur et en ouvrant les Alpes aux ennemis par sa séparation dWec les troupes du prince Eugène. Cette fois - ci , il empêcba Tempereur de contracter la seule alliance qui lui était possible, si toutefois l'Autriche y avait été disposée.
Béliard s^embarqua à Toulon sur une frégate qui le conduisit à Naples ; mais tout était déjà perdu lorsqu'il arriva.
Le roi de Naples , à la tête de son armée , se dirigea comme une fusée volante qui arriva jusqu'au Pô et s'y éteignit. Il rencontra sur ce fleuve l'armée ennemie avec laquelle il eut plusieurs engagemens désavantageux qui le mirent dans la nécessité de se retirer. Les Autrichiens le poursuivirent vivement et le menèrent si bien, que toutes ses troupes se mirent à la débandade. La chose en fut au point que le jour où le général Béliard le joignit^ il éprouva une désertion de dix-huit mille hommes.
La fortune avait prononcé. Il vint à Naples pour s'embarquer et gagner la France. Là reine resta avec ses enfans et négocia sa retraite ainsi que celle de sa famille , qui eut lieu à bord d'une frégate anglaise.
Le pays, ainsi abandonné; reçut les vainqueurs, ainsi que cela est d'usage^ et avec eux le gouvernement qu'il leur convenait d'établir.
Le général Béliard fut même très heureux de pouvoir se rembarquer et de revenir à Paris où il apporta ces tristes nouvelles. L'empereur n'était pas encore parti pour se mettre à la tête de l'armée qui devait opérer en Flandre.
Si le roi de Naples n'avait commencé sa cam*
pagne que six semaines plus tard^ il aurait pu être joint sur le Pô par les troupes que le maréchal Suchet organisait à Lyon. La présence de ce corps eût sans nul doute entraîné la défection des troupes piémontaises. Dès-lors^ la position du roi de Naples devenait bonne , et l'Italie se prononçait. Si Ton n^arait pas pu parvenir à s'accorder avec rÂutriche, il eût remis sa destinée au hasard des batailles, et alors la solution du problème pouvait être différente de ce qu'elle a été.
La destruction de l'armée du roi de Naples mit l'emperei^? dans l'obligation de laisser le maréchal Suchet en Savoie pour garder les défilés des Alpes. Il était trop faible ; il ne put les défendre, lorsqu'après l'occupation de Naples les troupes autrichiemies se replièrent sur ces
montagnes.
Le roi de Naples arriva sur ces entrefaites à Fréjus. Il vint de là se placer dans une petite ville maritime de la côte de Provence, où il attendit les événemens. •
La personne que Fouché avait envoyée à Vienne pour se mettre en rapport avec M. de Talleyrand et M. Dalberg , était de retour. Elle fixa ses idées sur la conduite qu'il devait tenir, en lui détaillant les résolutions dans lesquelles étaient Içs souverains alliés. Dès-lors, ce ministre
s'occupa plus de servir leurs projets que ceux de rempereur.
Je suis persuadé que Ton n'avait offert à Fouché n'importe quelle forme de gouvernement l'on voudrait y hormis l'empereur, que pour le déterminer à le trahir. Ce ministre , dont on vante tant Vhabileté, donna dans le piège. Sa vanité fut si flattée de l'importance qu'on lui accordait , qu'elle l'empêcha d'en apercevoir le motif. U crut de bonne foi qu'il allait mener les souverains alliés, qui le rebutèrent dès qu'ils n'en eurent plus besoin.
M. de Talleyrand avait soin de renvoyer de temps à autre à Paris des employés aux relations extérieures , qui venaient entretenir Fouché dans ces idées. Je crois même avoir aperçu chez lui un de ces employés , que je vis depuis se démener en tout sens contre l'empereur et en faveur de sou fils.
Fouché avait envoyé par toute la France des agens à lui, qui, sous prétexte d'agir contre les Bourbons, agissaient pour la république, contre l'empereur. La moindre conséquence qui devait résulter de cette direction sur laquelle il cherchait à replacer les esprits, était de les préparer encore à quelques nouvelles scènes politiques.
Il résulte de là que la malveillance eut le champ libre, parce qu'elle servait Fouché, qu'elle dépo-
pularisait l'empereur. Les retards dans les levées d'hommes s'ensuivirent; la police ne se donna aucun mouvement pour réchauÉfer l'esprit public ; elle fit même plus qu'il ne fallait pour l'éteindre. Elle disait et laissait dire beaucoup de mal de la maison de Bourbon , parce que cela servait aussi les projets du ministre. Ce fut à cela que se borna toute son action.
Le temps s^écoulait , et les bataillons ne grossissaient pas. L'empereur avait reçu d'Allemagne l'avis que les armées russes etiiutrichiennes ne seraient pas prêtes à agir sur la frontière de France avant les premiers jours de juillet. Il n'en était pas de même des armées anglaise et prussienne , qUî, en Belgique, étaient dans une attitude menaçante.