‹ MEMOIRES DU DUCDEROVIGOChapitre 7 sur 44 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

L'armée passe la Sambre. — Conduite de l'empereur basée sur le caractère des généraux ennemis. — Bataille de Fleurus. — Mouvemens du premier corps. — Ses consé— q[uences. — L'empereur marche aux Anglais. — • Les Prussiens sont mollement poursuivis. — Dépêches de Grouchv - Observation sur la lettre dont il se prévaut. — M. de Bour — mont. — Détails sur la manière dont l'empereur condui — sait une bataille.

L'empereur avait ouvert le premier les hostilité y et avait eu le bonheur de surprendre les ennemis en mouvement pour se concentrer; c'était un grand avantage qu'il se promettait de suivre vivement.

Son plan d'attaque était arrêté. Il connaissait les généraux qu'il avait en tête; il savait que Bliîcher^ bouillant , emporté, courrait aux armes dès qu'il aurait vent de notre approche , et que , n'eût-il que deux bataillons sous la main , il viendrait| dans son abnégation patriotique ^ nous affronter, chercher à ralentir nos masses , afin de

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donner aux Anglais le temps lie se réunîr« H n'en était pas de raéme de Wellington : métho* dîque^ circonspect ^ on était sûr qu'il ne hasaN dorait pas d'engagement que tous ses corps ne fussent concentf éSk L'empereur se régla sur ces données. U avait ouvert la campagne avec cent dix à cent treize mille bommes; il M forma deux tiiassesyportalaprincipcde^ qui comptait environ soixante-dix mille combattans ^sUr Fleurus^ où il îiavait que se rassemblait l'armée prussienne. Il chargea le maréchal Ney de s'avancer avec le reste sur la route de Bruxelles ^ et de s'emparer de la position des Quatre-Bras^ afin d'empêcher ks Anglais de secourir leurs alliés.

L'empereur avait deviné juste. Bliicher était déjà en position à Fleur us ; quatre-vingt-dix mille combattans couverts par un ravin escarpé s'é* tendaient de Saint-Amand à Sombref, tout annonçait une action meurtrière.

Ces dispositions néanmoins décelaient lesmor tifs qui avaient décidé le général ennemi. U était évident qu'il cherchait à imposer à Tarmée fran* ^çaise, et qu'il ne hasardait un engagement que pour donner aux masses alliées le temf>s de se mettre en ligne. Le maréchalNey avait été détaché sur les Quatre-Bras; il devait ^ comme je l'ai dit^ empêcher les Prussiens de recevoir les secours qu'ils attendaient. La fortune ne pouvait être

douteuse; l'action commença. Vandamme seporta sur Saint-Amandy Gérard s'avança sur Ligny^ Grouchy sur Sombref ; de la gauche à la droite, en un instant, tout fut aux mains. La résistance fut aussi opiniâtre que Tattaque avait été impétueuse. Elle commençait pourtant à mollir, et le général Gérard allait emporter ligny, lorsqu'on signala une colonne nombreuse qui débouchait sur notre gauche. La garde impériale, qui devait appuyer Gérard, suspendit son mouvement pour s'avancer à la rencontre des masses ennemies qu'on lui annonçait. On ne tarda pas à reconnaître qu'on avait eu une fausse alerte, que les troupes dont l'approche répandait l'anxiété dans nos rangs étaiient celles du premier corps qui arrivaient au canon. La garde reprit son mouve*^ ment, Ligny fut emporté, et l'armée prussienne obligée de vider le champ de bataille. Mais l'apparition du comte d'Erlon nous avait coûté deux heures. La nuit vint et couvrit de son ombre les vaincus. Ce ne fut pas tout : le faux mouvement du premier corps, qui fit, pour ainsi dire, évanouir les résultats de la bataille , ou du moins transforma en une affaire ordinaire une action qui devait être décisive, eut une autre conséquence non moins fâcheuse. Le maréchal Ney, qui était chargé de s'emparer des Quatre-Bras, avait été devancé; la position était couverte de troupes

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lorsqu'il se présenta pour l'occuper. Il avait laissé le deuxième corps à Frasne ^ et n'avait avec lui que dix-sept à dix-huit mille hommes, n ne balança pas néanmoins; il marcha aux masses qu'il avait en tête, les rompit, et se disposait à les suivre , lorsque deux divisions de troupes fraîches vinrent les • recueillir. Accablé par ce surcroît de forces, il appela les troupes du premier corps à lui. Elles s'étaient éloignées , tet exécutaient le mouvement qui eut une si funeste influence sur les combinaisons de l'empereur. Elles rebroussèrent chemin vers la nuit et rentrèrent à Frasne sur les neuf heures ; mais alors tout était décidé, et ce corps, qui, aux Quatre-Bras comme à Fleurus, eût dû consommer la perte des ennemis, ne contribua qu'à les sauver. Ainsi le voulut la fortune.

Les efforts du maréchal ne furent cependant pas inutiles; car on l'a su depuis, les Prussiens n'avaient accepté la bataille que sur l'assurance qu'ils seraient soutenus. Welhngton , accouru à leur quartier - général avant que l'action s'engageât, leur avait annoncé que son armée serait réunie à deux heures aux Quatre-Bras, et déboucherait à quatre sur Saint -Amans.

Il devait nous prendre en flanc, culbuter notre aile gauche, et la refouler au loin. Ses colonnes se mirent effectivement en marche, mais

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le maréchal s'avançait lui-même à leur reucon-' tre, U les ébranla, les contiat et teé empêcha d'aller joindre leurs efforts à ceux des Prussiem,

Blûchei* était en fuite , l'empereur fit ses dispO«* .sitions pour marcher aux Anglais. La déroute de Fleurus les obligeait d'évacuer la position qu'ils avaient si obstinément défendue : il résolut de les suivre en toute hâte, et de marcher sur Bruxelles en deux colonnes. L'une, composée des corps de Gérard, de Yandamme , et de la cavalerie d'Excelmans sous les ordres de Grouchy, fut chargée de suivre l'armée prussienne, qui se retirait dans la direction de Wa* vres; l'autre, à la tête de laquelle il se mit luimême, se porta sur les Quatre-Bras. Il joignit le maréchal^ et le chargea de poursuivre l'arrièregarde ennemie, qui se jeta dans la forêt de Soignes. L'armée anglaise y était tout entière ; mais la nuit approchait, il était trop tard pour com^ mencer l'attaque : on prit position. Malheureusement la colonne de droite n'avait pas , à beau^ coup près, fait autant de chemin que celle de gauche. Celle-ci avait parcouru un espace d'environ six lieues ; celle-là s'était arrêtée à Gembloux, qui n'est pas à plus de deux lieues du ^hamp de bataille.

Quelque fâcheuse que fut cette circonstance , Wellington ne se fût peut-être pas encore décidé

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à, en venir aux niains; mais Bliicher^ que son a^d- ^ersaire laissait paisiblement rallier se^ colonnes éparses, avait repris courage et voulait courir les . chances d'une nouvelle action. Il manda généreusement au général anglais, que, s'il consentait à la tenter, il ne marcherait pas avec deux corps, comme il le désirait, mais avec son armée entière pour l'appuyer. Il n'y mettait qu une condition , c'est que si les Français n'attaquaient pas le 189 les troupes alliées réunies iraient les chercher le lendemain. L'assurance du vieux Blûcher en donna à son collègue, et la bataille fut résolue.

Pédant que les alliés se concertaient ensemble, la colonne de gauche restait toujours inactive , et consumait le temps à observer, à faire reconnaître les mouvemens de l'armée prussienne. La population nous était dévouée; le pays comptait une foule d'individus qui avaient servi dans nos rangs, et offrait, sous tous les rapports , beaucoup plus de facilités d'informations que n'en présentaient les contrées où nous avions long-temps fait la guerre , telles que l'Allemagne et la Pologne. Cependant Grouchy se laissa dérober les manœuvres qu'il devait déjouer, et annonça , au milieu de la nuit , qu'il était encore à Gembloux, ignorant si les Prussiens s'étaient portés sur Bruxelles ou sur Liège. Il prévenait , vni. 6*

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