Mémoires du Général Baron Roch Godart (1792-1815)
Il n’est guère de soldat de la Révolution et de Napoléon dont les souvenirs, autant que ceux du général Godart, nous transportent sur des points opposés et extrêmes de l’Europe : de Garni et Cologne aux Alpes, à Venise, à Corfou ; de Brindes à la Bretagne ; de la Charente à Caltaro ; de Vienne aux Asturies ; de Torres-Vedras à Vilna.
On voit que l’intérêt doit naître des choses mêmes. Aussi n’est-il sollicité ni par la recherche du langage ni par l’attrait des anecdotes piquantes. Mais la simplicité même, avec sa précision et sa netteté, y donne la vie aux narrations.
Elles sont nombreuses, et, sans les énumérer ici, remarquons d’abord que nulle part peut-être on ne trouve, autant que dans la première partie de ces mémoires, d’exemples de la situation des chefs militaires pendant la Révolution, en butte à la fois à l’ennemi extérieur et aux contre-coups de la politique intérieure
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qui apportait dans les armées des éléments désorganisateurs avec les passions et le vocabulaire révolutionnaires (violente révolte à Ath, incident du tutoiement, révolte en Souabe, etc.). En même temps sont racontées les difficultés de toute nature avec des officiers indignes ou envieux.
Les épisodes militaires, les opérations secondaires qui y sont retracées sont un complément curieux et parfois nécessaire des grands faits de l’histoire, par exemple de la campagne de Moreau en 1796. Il y a là des détails précieux sur des mouvements trop laissés dans l’ombre, ceux qui s’accomplissaient à l’extrême droite, vers les Alpes.
L’intérêt est plus purement dramatique dans l’histoire des bandits de Corfou pris au piège, et même dans l’occupation improvisée de Brindes ; oserait-on dire aussi dans l'emploi des pompes à Carcassonne?
La relation de ces troubles de Carcassonne est un document intéressant sur l’état intérieur de la France à l’époque du Concordat.
Celle de la bataille de Caldiero importe autant à notre histoire militaire, et de même les détails sur les affaires de Dalmatie, et sur la marche de la Zermagna à Vienne ; c’est un constant et utile contrôle des mémoires de Marmont, d'autant plus qu’à partir de 1805, tout devient plus précis et plus complet, dates et noms de localités, dans les souvenirs du général Godart.
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Il a des motifs personnels de mettre longuement sous nos yeux les circonstances du déblocus de Raguse : hardiesse qui conçoit, entrain qui exécute, rudes passages franchis, épreuves de la chaleur et de la soif. Mais il nous montre aussi avec détail une armée au milieu de populations barbares dont les mœurs et la férocité à la guerre sont un peu contagieuses, et où des chefs trouvent parfois leur profit plutôt que celui de la cause qu’ils représentent. A ce titre, autanl que pour son originalité, l’histoire du pauvre Hadji-bey est instructive.
Rien peut-être n’est plus saisissant en sa simplicité que la page où nous voyons, le soir de la bataille de Gospich, l’armée française, avec ses blessés, resserrée sur une étroite position, la nuit, dans un pays ennemi et presque impraticable. Cela rappelle le tableau tracé par Xénophon, de la situation des Dix mille aux bords du Tigre, après l’assassinat de leurs chefs.
Le colonel Godart, plus que personne, eût été surpris du rapprochement qui lui aurait paru trop honorable. Mais si ce rapprochement peut être fait, c’est précisément parce qu’il n’y a chez lui que naturel dans le récit et sincérité dans l’émotion. Cette émotion contenue relève le langage quand, soit d’une manière touchante, soit avec fierté, il parle de ses parents pauvres et ignorants comme lui, mais respectables ; quand l’indignation l’anime contre les horreurs dont
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il esl témoin en Espagne, et surtout contre les administrateurs déloyaux dans ce pays et à Dresde.
Mais, .à son honneur, la principale source d’émotion pour lui, ce sont les sentiments d’humanité. Gela est visible dans toute la seconde moitié de ses mémoires. Les années, les souffrances du corps qui vont s’aggravant, la lassitude morale de ces guerres incessantes et de plus en plus cruelles, fauchant malades et adolescents, entretiennent cette disposition. Quand il parle des malheurs de la guerre de la Péninsule, iniquité et erreur fatale, de la violation des principes d’humanité et de justice; aux spectacles que présentent ces pays désolés par nous et par leurs guérillas, cet écrivain inexpérimenté rencontre un véritable art d’exposition.
Dès lors c’est ce sentiment qui amène, à côté de renseignements importants, par exemple sur notre expédition du Portugal en 1810, sur la campagne de Russie, sur celle de 1813, les développements et les tableaux. Après l’exposé des souffrances subies par nos soldats, par les Espagnols, par ces paisibles Portugais poussés à bout, il s’arrête aux occasions où l’humanité trouve quelque satisfaction : l’existence assurée à deux cents Portugais, l’impression produite par la restitution de contributions, perçues dans un canton de l’Estremadure. Ailleurs, c’est la compatissante sympathie qui trace, lors de la retraite de Russie, la peinture de cette foule, entrant à Yilna,
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affaiblie et courbée sous le mal, plutôt que violente ; et celui de la détresse aussi navrante à Dresde dans les rues et les hôpitaux. Là il retrouve les prévaricateurs, et l’indignation plus vive encore. C’est comme son dernier cri.
Cependant les mémoires, finis en Hongrie au mois de mai 1814, eurent une suite séparée par un intervalle de temps, mais bien plus par l’empreinte qu’avait laissée dans l’esprit du général la fluctuation d’événements et d’intérêts qui remplit les années 1814 et 1815. Il s'y montre toujours soldat peu habile à s’engager dans les questions de parti, et à s’en dégager, et maltraité à la fin au nom de la Légitimité comme il l’avait été au commencement au nom de la Révolution.
La forme matérielle de ces mémoires donne lieu à quelques observations.
Il s’est trouvé, dans la première partie, quelques inexactitudes de détail qui n’étonnent pas beaucoup d’un narrateur relégué en Hongrie et servi presque uniquement par ses souvenirs. C’étaient surtout des inexactitudes de dates, mais qui se rectifient d’ellesmêmes ou par des pièces authentiques. Certaines du reste ne sont qu’apparentes : au lieu de la date et du nom de lieu marqués ailleurs pour un mouvement général et l’établissement du quartier général, Godart
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donne la date du mouvement et le lieu de séjour de son corps en particulier.
Le style, dans sa simplicité familière et ses constructions quelquefois hasardées, a été respecté. Il en eût été de même de l’orthographe si c’était l’orthographe de l’auteur ; mais, quelques progrès que le général eût faits sous ce rapport depuis 1793, elle était certainement plus défectueuse que celle du manuscrit.
Non seulement il n’est pas de son écriture, mais il semble manifeste que ce n’est pas une copie, et que l’œuvre a été dictée par le général malade ou affaibli, après les épreuves de 1812 et 1813. Les erreurs de l’oreille paraissent reconnaissables quand le secrétaire a mal entendu ou n’a pas entendu, ou n’a pas su comment écrire. On rencontre un blanc à la place de tel nom de grande notoriété, et que le général n’a jamais pu oublier, à la place de Dunkerque. On trouve dénaturés des noms dont l’orthographe, la forme écrite lui étaient forcément familière, et d’abord Tréboutte, son odieux chef de batailllon, qui est toujours écrit Triboutte ; Ath est Hâte ; O’Moran est Moreau; Grimaldi est Glemaldy; Macdonald est Magdonald ; l’Agueda, Coïmbre qu’il a regardés tant de fois sur la carte, sont Lagueda etCoïembre (selon la prononciation, du reste), etc. Des mots effacés sont le commencement d’une phrase qui s’emmanchait mal, biffés pour prendre une autre tour-
SUR L’OUVRAGE DU GÉNÉRAL GODART vu nure ; c'est là un autre indice que ce n’est pas une copie.
Ces corrections n'ont pas de rapport avec quelques autres fort rares de l’écriture tremblée du général, surtout pour introduire deux ou trois noms propres.
Parmi les publications et les pièces qui confirment les récits du général Godart, on doit remarquer les mémoires du général de Ilagendorp, publiés, eux aussi, longtemps après la mort de leur auteur, et qui, pour une époque assez pauvre en documents, celle de notre séjour à Vilna, présentent une similitude singulière de renseignements et de sentiments-
NOTICE BIOGRAPHIQUE
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Je crois entendre encore le son lourd des pas du général, traînants et appesantis par les suites de plus d’une blessure et de la retraite de Russie. A celte approche, tous, non seulement nous autres jeunes enfants et les serviteurs, mais fils, fille, gendre, comme jadis les soldats au passage du sévère officier, se recueillaient dans une sorte d’appréhension presque silencieuse. Il n’y avait d’exception que pour sa toute jeune et unique petite-fille. Plus souvent même que sa mère, astreinte pourtant à des soins presque quotidiens pour les infirmités du vieillard, l’enfant était admise par privilège à éclairer de sa naïve liberté la chambre et le dîner souvent solitaire de l’aïeul.
Sa physionomie rigide était rassérénée parfois, s’animant de cordialité à la réception d’un hôte attendu, éclairée d’un sourire bon à la joie d’enfants réunis dans son jardin. Mais elle portait plus souvent l’empreinte de souvenirs et de regrets, ou de soucis
présents, et peut-être aussi du contre-coup de cette contrainte visible autour de lui. Sa voix forte et rude faisait dire aussi qu’il avait bien été nommé Roch.
Mais il y avait des causes plus anciennes à la sévérité de cette écorce. Né dans une condition humble et laborieuse, formé ensuite à la discipline du simple soldat, il avait dû, au retour dans la maison de son père, joindre énergie et habitudes régulières, autant que laborieuses, pour garantir dans safainille l’existence et la sécurité.
Aussi, quand la patrie en danger l’eut rappelé sous les drapeaux, il se trouva d’une trempe vigoureuse, avec un degré singulier d’aversion et de mépris contre toute insubordination et tout désordre.
De là une vigilance intraitable pour la discipline au milieu de troupes nouvelles réunissant, comme tout élan dans les masses, l'élite morale et la lie d’une nation en effervescence. Ainsi, aujourd’hui l’estime pour l’ancien soldat le fait élire tout de suite à un grade élevé ; demain éclate un soulèvement que déjoue sa présence d’esprit, ou que brise son attitude ferme ou même la vigueur de son bras.
Bien qu’on ne veuille ici que suppléer les omissions de ses mémoires en ce qui le touche personnellement, voyons ses soldats, qui, peu de temps après Jemmapes, dans une révolte dont les péripéties durent onze jours, prétendent disposer toujours souverainement des grades, frappent leur chef, traînent des
NOTICE BIOGRAPHIQUE officiers à la lanterne, Et cependant, dit-il avec complaisance, ce bataillon fut bientôt, pour tout ce qui est du métier de soldat, égal à un vieux bataillon. Les mentions dont il fut honoré aux sièges de Dunkerque et de Maastricht confirment amplement cet éloge.
Cette question des volontaires, de leur rôle, de leur importance, a donné lieu aux conclusions les plus opposées, et excessives de part et d’autre. Ces volontaires qui n’auraient pu, à eux seuls, sauver la France, mais sans lesquels l’ancienne armée ne l’aurait pas pu non plus, réunissaient avec une force subversive un élément vital. Ils donnaient l’indiscipline des masses nouvelles venues, mais aussi la solidité éprouvée du grand nombre d’entre eux qui étaient d’anciens militaires reprenant les armes. De l’union des uns et des autres devaient surgir l’ardeur, l’énergie, la constante résolution et la soudaine éclosion du génie militaire, qui en firent si vite des armées incomparables. Du reste, quand s’opéra l’amalgame de 1793 à 1795, le vieux bataillon uni à des bataillons de nouvelle levée fut quelqüefois lui-même un bataillon de volontaires de l’année précédente devenus égaux aux vieux soldats.
Il faut observer aussi que les inconvénients et les torts imputables toujours aux volontaires étaient multipliés et aggravés à un degré extraordinaire par la situation générale et la fermentation qu’entretenaient l’élection des officiers, les clubs militaires, les excitations à dénoncer leurs supérieurs (voir les félici-
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tâtions adressées pour ce motif par le ministre de la guerre à la 38e demi-brigade).
Godart ne mentionne pas ses entretiens avec le duc de Chartres, lieutenant général. Il n’y songeait apparemment plus, lors de la rédaction de ses mémoires, Napoléon régnant encore. Il fallut le rôle politique, à la fin de la Restauration, du prince devenu duc d’Orléans, et son avènement à la royauté en 1830, pour leur donner de l'intérêt. Le duc de Chartres faisait campagne sur la Meuse quand Godart entra en Belgique, en novembre. Ils ne peuvent donc guère s’être vus qu’au commencement de janvier 1793, pendant le séjour de Godart à Mons.
Notre chef de bataillon avait à acquérir bien des connaissances. Il semble, entre autres choses, que c’est son apprentissage d’équitation qu’il paya en 1793, de chutes répétées de cheval, dans des marches ou des charges à l’ennemi. Des neuf blessures relatées dans sa carrière militaire (dont plus de la moitié en 1793) cinq au moins atteignirent sa jambe gauche.
Le degré d’instruction qu’il possédait d’ailleurs n’est que trop caractérisé par l’étrange pièce qui suit1, et que l’amitié apparemment lui dicta à l’hôpital de Maubeuge où il était confiné pendant d’opiniâtres combats. N’oublions pas qu’il s’agit d’une époque où il fallut qu’un arrêté fût pris, exigeant qu’on sût lire et écrire, ne fût-
F. Appendice, n1» 1.
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ce qu’en allemand, pour être officier; une époque où un commandant de corps d’armée écrivait comme on le voit aux pièces justificatives (AE). Néanmoins la fièvre et quelque cause d’extrême précipitation expliquent seules ce degré d’incorrection et même d’incohérence.
Le commandant Godart devint chef de brigade dans des circonstances autres, mais presque aussi difficiles qu’en 1792 et 1793. Les armées ne recevaient régulièrement ni solde ni approvisionnement. A cela se joignaient les rigueurs des saisons et celles de la fortune de nos armes.
Ces dures épreuves ne faisaient que mettre en relief sa sévérité en tout ce qui tenait au métier. Mais, dans un grade plus élevé, c’est de la part des officiers qu’elle suscite le plus de protestations contre ce chef qui veut qu’on travaille comme il fait lui-même.
Aussi, quand l'effervescence des premiers temps fut suivie d’un certain classement, aux premiers fauteurs de désordre s’autorisant encore des mots de liberté , égalité , volontaires, sans-culottes, s’ajoutent les officiers froissés d’obéir à ce brutal instructeur, qui n’était qu'un mauvais caporal, sans éducation, inepte, propre à rien. Ils le dénoncent ; ils conspirent aussi par l’inaction en présence de la sédition des soldats.
Sa vigilance, s’exerçant de même contre les actes d’improbité, depuis le maraudeur chargé de son butin
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jusqu’au comptable qui, détournait 73.000 livres, n’empêchait pas, dans des moments d’arriéré de solde, de manque de distributions, qu’on lui imputât à luimême lesactes etles profits illégitimes qu’il poursuivait.
Les imputations de cette nature ne subsistèrent jamais un moment, si ce n’est lors de son incarcération au mois de juillet 1794. Mais sa rigueur, bien qu’objet d’éloges, allait assez loin, pour être un jour (c’est lui qui nous l’apprend) alléguée avec succès, et valoir, même devant une commission militaire, l’impunité à des soldats révoltés.
Godart, dans la campagne de Moreau en 1790, eut une part considérable dans des événements militaires v
dont lui-même néglige de relever l’importance.
En effet, dans le déploiement excessif de l’armée française, sur l’ordre de coopérer avec l’armée d Italie, le corps de droite (ou de Férino) fut un peu isolé ; la division de droite de ce corps (Delaborde puis Tharreau) fut encore plus indépendante du reste du corps; et dans celle-ci la brigade Paillard, comprenant ordinairement la 79e demi-brigade, était encore plus excentrique. Il y eut un moment où Moreau luimême déclara que de celte division Tharreau dépendait le salut de l'armée ; et, quand Godart dut mener sa demi-brigade à l’écrasement, ce lut pour couvrir et assurer la retraite générale.
Lorsque Godart passa en Italie, cl parut à Brück devant le général Bonaparte, celui-ci prit peut-
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être dès lors note de cet officier signalé, entre les hommes de la sérieuse armée du Rhin, pour son rigide esprit de discipline.
Passé de là à Corfou, sur la limite du monde oriental si peu connu alors, il ne rencontra pas de faits d’armes singuliers comme neuf ans plus tard ; mais y trouva pour lui et sa demi-brigade des titres à une popularité et une gratitude qui n’ont nulle part été plus vives et plus durables pour le nom français.
Après une maladie, un congé, des aventures singulières en Italie, surtout à Brindes où, isolé à l’extrémité d’une grande région insurgée, il montre ce qu’il peut faire comme chef de corps, il se retrouve en France, et y retrouve le conquérant de l’Italie et de l’Egypte, l’homme des soldats, qui, dans toute sa jeune gloire, l’avait remarqué en avril 1797. Il l’a vu remplacé par des chefs éphémères dont les noms rappellent des malheurs et des humiliations pour les armées, et il n’en a servi aucun. Etranger aux événements du dedans, il ne s’occupe, comme il dit, d 'aucune affaire d'Etat , mais ne voit que son général en chef.
Il semble que le même sentiment avait pu le rendre sourd, mais avec déférence, en 1793, à des insinuations du duc de Chartres sur les difficultés et les dangers de sa situation, dans un entretien qui peut-être se rattachait aux desseins de Dumouriez.
Ses soldats, revenant de Corfou, sont encore plus
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étrangers à tout ce qui préoccupe en France ; et c’est en obéissant, comme à une consigne ordinaire, qu'ils pénètrent, tambours battant, dans la salle des Cinq- Cents, croyant sauver du poignard leur général, et entraînant la garde du Corps législatif.
Une tradition de famille rappelait, sans doute en exagérant, que Napoléon tutoyait Godart. S’il y eut quelque chose de pareil, la veille ou le lendemain du 18 brumaire, ce fut assurément passager.
Au reste celui-ci, dans sa simplicité, loin de faire valoir cette particularité que son bataillon a peut-être décidé la fortune de Bonaparte, ne songea pas même à faire mettre son nom sur les listes, bien vite publiées au Moniteur, de ceux qui ont concouru ou se sont offerts pour concourir au coup d'Etat.
Godart aurait donné, d’après les mémoires du général Marbot, plus personnellement encore, une autre preuve de son obéissance au devoir du soldat, dans une autre conjoncture aussi grave en réalité, quoique peu connue, et dont l'issue aurait peut-être dépendu uniquement de lui.
C’était dans la Bretagne récemment pacifiée. Le gouvernement nouveau avait à appréhender d’autres mobiles que ceux qui animaient Vendéens et Chouans. L’indignation et le ressentiment contre le fauteur et l’héritier du 18 brumaire se laissaient deviner dans les armées, et faisaient quelquefois explosion, comme dans la 110e demi-brigade à la fête du 20 messidor an IX