ARMÉES DU MORD ET DE SAMBRE-ET-MEUSE
l’armée1, pour se rendre dans la principauté deChimay, ainsi que d'autres troupes, à l’efïet d’y poursuivre une forte bande de brigands qui désolait le pays 2. Dans une quinzaine de jours nous dissipâmes ce rassemblement. A l’exception de quinze à vingt des principaux chefs qui s’y trouvaient encore, le reste s’était enfui ou était détruit. Je restai seul avec mon bataillon à Chimay pour les poursuivre ; j’organisai plusieurs colonnes mobiles qui parcoururent la principauté, et je réussis à prendre douze de ces malheureux, qui furent jugés et fusillés à Avesnes3.
Je n’étais pas pour rester longtemps sans éprouver encore quelque désagrément. Il semblait que le sort se plaisait toujours à me susciter de nouveaux ennemis.
Quatre ordonnances à cheval, faisant partie de la compagnie des guides attachés à l’escorte du général en chef, avaient été mis à ma disposition pour me servir de guides et m’accompagner dans les courses que j’aurais à faire dans la principauté de Chimay. Je m’en servais quelquefois pour aller prendre des renseignements sur la marche des brigands. — Bientôt je sus que ces militaires, loin de remplir la mission dont je les chargeais, commettaient au contraire les mille et une horreurs envers les malheureux habitants qui déjà avaient été pillés par nos colonnes, et qu’ils les faisaient contribuer en mon nom. Je reçus à cet égard les plaintes les plus fortes. Après m’ètre convaincu de la véracité de ces rapports, je fis arrêter aussitôt ces quatre individus, et les fis conduire dans les prisons d’Avesues pour y être
1 F. L, aux notes.
1 V. M, aux notes.
jugés par la cour martiale qui y était établie. Dans l'interrogatoire qu’ils subirent, ils osèrent affirmer que tout ce qu’ils avaient tait était par mes ordres, et exhibèrent en effet un ordre, soi-disant de moi, qu’ils avaient fabriqué, au pied duquel ils avaient contrefait ma signature et apposé mon cachet qu’ils étaient, parvenus à me subtiliser. Ils persuadèrent enfin le commissaire du gouvernement que ce n’était que d’après mes ordres qu’ils en avaient agi ainsi. Il n’en fallut pas davantage pour me faire arrêter moi-môme, et conduire par deux gendarmes dans les prisons d’Avesnes
Je comparus devant le commissaire du tribunal auquel je reprochai mon arrestation arbitraire; mais il me répondit qu’il avait en main les preuves de ma culpabilité, et me montra l’ordre en question dont étaient porteurs les quatre guides. J’eus beau nier, représenter les preuves du contraire, et alléguer toutes sortes de raisons qui démontraient la fausseté et la lâcheté de mes dénonciateurs; je ne pus rien obtenir du commissaire du gouvernement qui persista à me laisser en prison. On était alors à l'époque du régime décemviral2 où l’on incarcérait pour oui ou pour non de braves gens de toutes les classes, sur la simple dénonciation de quelque scélérat 3.
1 Depuis l’entrée de Godart dans la principauté de Chimay jusqu’à son incarcération, Jourdan amenant l’armce de la Moselle l’avait réunie à celle des Ardennes et à l’aile droite de celle du Nord; un sixième passage de la Sambre nous avait rendus maîtres de Charlrroi (30 prairial, 18 juin), et la victoire de Fleurus (8 messidor, 26 juin), avait été suivie du décret de la Convention constituant l’armée de Sambre-et-Meuse sous le commandement de Jourdan (Il messidor, 29 juin). P’ichegru et Jourdan s’étaient réunis à Bruxelles (22 messidor, 10 juillet).
* C’est ainsi qu'on désigne souvent l’omnipotence du Comité du Salut public en l’absence d’une constitution.
3 V. N, aux notes.