‹ Mémoires du Général Baron Roch GodartChapitre 14 sur 68 · AVRIL 1795- JANVIER · texte numérisé non relu

AVRIL 1795- JANVIER

Godart chef de la 198e demi-brigade bis, puis demi-brigade du Pasde-Calais. — Siège de Mayence : dénuement des troupes. — Godart passe de l’armée de Sambre-et-Meuse à l’armée du Rhin, en Alsace. — Godart dénoncé par ses ofiieiers pour sa rigueur, et au nom de la liberté. — Sa demi-brigade devient la 79e. — Inspection du général Schauembourg. — Campagne de Moreau : Godart dans l’aile droite (corps deFerino), la division Delaborde, les brigades de Paillard et de Tharreau. — Maraudeurs : révolte au nom de la liberté. — Danger que court Godart, complicité des officiers. — Incertitude de juridiction. - Combat et prise de Bregenz. — Prise d’Immerstadt : Godart commande ce poste. — Engagements : victoire d’Immerstadt. — Immerstadt évacué : réunion avec Tharreau. — Godart écrasé à Isny pour couvrir la retraite. — 11 ramène le grand parc de l’armée à Huningue. — Il est en butte aux balles de ses soldats et à la jalousie de Tréboutte.

Le 1er floréal, les bataillons ayant été organisés en demi brigades, je fus nommé chef d’une, sous la dénomination de 198° demi-brigade bis. Elle était composée des 6e et 8° bataillons du Pas-de-Calais, et du bataillon de Paris, dit les Amis de la patrie '. Cette organisation terminée, je me rendis entre Bingen et Mayence, où je me baraquai au milieu de sapins, à l’eflet de protéger l’arrivée des convois à notre armée sous Mayence 1 2.

1 V P, aux notes.

2 La division Poncet, composée de deux bataillons et deux régiments de cavalerie, se mit en marche le li germinal 13 avril 1795),

BARON GODART

Chaque soldat ne recevait qu’un très petit morceau de pain par jour; encore ne recevait-il très souvent rien, puisqu'on était réduit à manger les chevaux ou à aller couper les épis de blé pour les faire bouillir et les manger1.

Je tardai peu de temps sans changer de numéro, et la 198" demi-brigade bis que je commandais prit la dénomination de demi-brigade du Pas-de-Calais, première de la formation de l’armée de Sambre-et-Meuse.

En thermidor je reçus l’ordre de me rendre à Strasbourg pour y recevoir de nouveaux ordres. Je fus détaché dans les îles de Friesenheim, et Markolsheim afin de surveiller les mouvements des Autrichiens.

Quelque temps après, la place d’Huningue fut menacée d’être attaquée. Je me remis en marche pour aller prendre position entre cette place et celle de Neuf- Brisach.

Lorsque les lignes sous Mayence furent forcées par l’ennemi -, je me rendis au fort Yauban et dans les environs, à l’effet de soutenir notre armée qui battait en retraite 3.

Dans cet intervalle mon corps d’officiers se révolta contre moi. Trois seulement me restèrent attachés. C’étaient le quartier-maître, l’adjudant-major et le capi-

pour baraquer. entre Bingen et Kreuznach. Dans la nuit du 11 au 12 floréal (30 avril à 1er mai), elle s’empara du plateau de Monbach. Le général de division Renaud occupa ce plateau, ayant sa gauche appuyée au Rhin et tenant la gauche de l’investissement de Mayence. Godart était derrière lui.

1 V. Q, aux notes.

! V. R, aux notes.

3 Du 17 frimaire (7 décembre), est daté l’ordre donné à la 198° demibrigade et à une autre de quitter le Haut-Rhin pour se rendre d’abord à Lauterbourg. C'est apparemment alors que la demi-brigade se compléta du bataillon resté devant Mayence, et qu’elle eut un dépôt à Phalsbourg.

ARMEE DU RHIN

taine d’habillement. Les officiers me dénoncèrent parce que je les employais pendant cinq jours aux exercices et manœuvres, et le sixième à l’exercice des sous-officiers; parce que je faisais prendre les armes deux heures avant le jour, et que je ne les faisais rentrer qu’au grand jour, après les découvertes rentrées ; parce que j’exigeais une trop grande sévérité dans le service, et que je voulais que chacun d’eux fût pénétré de ce qu’il avait à faire, soit en campagne soit dans les places ; parce qu’enfin je les traitais comme sous l’ancien régime ; que j’étais un vrai despote et trop brutal envers eux.

Parmi ces dénonciateurs, il existait des officiers de tout grade, aussi crapuleux que pouvait l’ètre la plus vile canaille, ne voulant rien apprendre, et n’ayant chaque jour à la bouche que les mots insignifiants de liberté, d’égalité et de sans-culottisme, prêchant euxmêmes aux soldats la désobéissance et les excitant à la rébellion. Un chef de bataillon principalement, nommé Tréboutte, employait tous les moyens pour me déprécier dans l’opinion, disant que je lui avais ravi le grade de colonel, et que je n’étais point fait pour eu porter les épaulettes.

Cette dénonciation eut le même efïet que les précédentes. Le général à qui elle avait été adressée ne resta pas longtemps sans être convaincu de la droiture de mes intentions et de la méchanceté de mes calomniateurs. Il m’écrivit de lui désigner les plus coupables et les auteurs de la dénonciation. Je lui en citai neuf, et fis un rapport particulier contre le chef de bataillon Tréboutte. Bientôt je reçus l’ordre de les faire tous conduire dans les prisons de Schelestadt où ils restèrent dix-sept jours, au bout duquel temps je voulus bien leur accorder la liberté.

Au commencement de l’an IV, ma demi-brigade, connue sous la dénomination de demi-brigade du Pas-de Calais, prit le numéro 791' demi-brigade de ligne, et fut complétée par trois bataillons, le 1er du 401' régiment ci-devant Soissonnais, le 3° bataillon du Gard, et le 3e de Saône-et-Loire *.

Le général de division Schauembourg, inspecteur général, chargé de l'organisation de mon régiment, fit à cet effet réunir devant la caserne Finkmat 2 tous les bataillons qu’il organisa, et fit manœuvrer ceux de mon ancienne demi-brigade. Je reçus les plus grands éloges de ce général en présence des troupes rassemblées. 11 me complimenta sur la bonne tenue, la discipline et l’instruction de ces troupes, en m’assurant qu’il allait en rendre un compte très satisfaisant au gouvernement. Il ne dissimula pas qu’il connaissait toutes les peines que j’avais eues personnellement pour ramener la subordination parmi mes officiers, et me recommanda d’agir à l’avenir comme je l’avais déjà fait3.

Après une garnison de six semaines dans la place de Strasbourg, je pus reprendre mes anciennes positions, et nous filmes répartis sur les bords du Rhin jusqu’à

1 V. S, aux notes.

s Pré aux pinsons. C’est encore, avec bien des accroissements, le principal quartier militaire de Strasbourg.

1 II y avait à réformer partout. Les habitudes de maraudes, de violences, de désertions étaient bien répandues. Dans la 79e demi-brigade seulement, du 14 ventôse au 9 floréal (9 mars-27 avril) sept soldats venaient d’êlre condamnés pour méfaits dans la commune d’Urcheim, et quarante- quatre pour désertion, par le conseil de guerre de Marckolsheim. Huit fusiliers avaient déserté dans une marche de nuit du 3e bataillon, venant de Schelestadt (4 prairial, 23 mai). Il est vrai que cette désertion n’était souvent motivée que par le désir de revoir les proches, de reprendre auprès d’eux un peu de forces en manc/eant, et était suivie du retour spontané à l’armée.

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