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Huningue '. L’armée se réunit ensuite, au commencement de prairial, aux environs de Strasbourg. Dans une nuit, on passa le Rhin au-dessus de Kelil, et ou chassa et prit tous les postes ennemis qui se présentèrent. Un pont de bateaux fut bientôt établi, et le gros de l’armée fila avec toute l’artillerie. Nous traversâmes sans peine la forêt Noire, et primes la ville de Fribourg 2.
Le Souabe, comme ou sait, est un pays riche et fertile. Nos soldats y reçurent la ration complète en vivres et en boisson. Cependant, non contents d'être bornés à cette ration, les mauvais sujets se répandirent dans les campagnes et pillèrent les malheureux habitants. Les chefs de corps demandèrent de concert au général en chef Moreau la punition sévère d’un semblable désordre; et, dans huit jours, deux furent jugés et fusillés, un troisième fut condamné à vingt ans de fers. Ces exemples rétablirent l’ordre dans notre division 3.
Un jour, les émigrés et les Autrichiens menaçaient d'attaquer mon avant garde composée de ma 3e compagnie de grenadiers1. La générale battue, chacun se rendit à son poste. En ce moment je rencontrai plusieurs de mes soldats chargés d'effets qu’ils venaient de marauder. Tous, excepté un, abandonnèrent leur butin aussitôt qu’ils m’aperçurent. M’approchant de celui qui ne s’était point échappé, je lui ordonnai de quitter sa charge. Sur ses refus réitérés, je tire mon sabre et lui applique
' A Marckholsheim et surtout à Friesenheim. Les deux bataillons furent ensuite envoyés à Rheinau, où ils travaillèrent à la réparation des digues du fleuve.
1 V. T, aux notes.
3 V. U, aux notes.
1 Au commencement de thermidor, la division de droite se trouvait en face de l'ennemi (Autrichiens et émigrés) posté à Neustadt. On était en pleine Forêt Noire.
quelques coups du plat sur les épaules. Eu voulant m’éviviter il se heurta le bras contre la pointe de mou sabre, et se causa une légère blessure. Il n’en fallut pas davantage pour que ce soldat allât se plaindre à ses camarades, et conçût, l'espérance de se venger.
Je me rendis aussitôt à mon avant-garde que je trouvai sous les armes, et, après m’être assuré que l’ennemi avait fait un mouvement rétrograde, je fis rentrer mes grenadiers, et je revins au camp pour faire également rentrer mes bataillons. Quelle fut ma surprise d’entendre des cris d'insubordination dans la compagnie dont faisait partie le soldat que j’avais voulu frapper du plat de mon sabre! Les plus mutins criaient que j’avais sabré un volontaire, et que j’avais manqué à la liberté et à la nation. J’eus beau leur répondre que, si j’étais coupable envers ce soldat, ce n’était point à eux, mais bien aux tribunaux à m’en punir; que, dans tous les cas, ils devaient dissiper leur rassemblement : ils ne firent aucune attention à mes paroles, et bientôt quelques-uns s'approchèrent dans l’intention de se saisir de moi. Déjà un d’entre eux m’avait saisi par une jambe, et tâchait de me faire tomber de cheval, lorsque, pour me débarrasser, je piquai de mes éperons, et me fis faire place. Je les sommai, au nom de la loi, de se retirer, et, vu qu’ils me désobéissaient, j’en désignai trois des plus entêtés comme auteurs de la révolte.
Je devais, entre autres, beaucoup de reproches aux officiers qui, dans cette circonstance, avaient manqué de fermeté, ou avaient toléré par méchanceté l’insurrection de leurs soldats, et je les rendis personnellement responsables de toutes les suites qui pourraient en résulter.
Je fis sur-le-champ un rapport de cette affaire au général de division Delaborde auquel je demandai la
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punition exemplaire des trois militaires désignés. En effet les gendarmes de Indivision eurent ordre de les arrêter, le lendemain matin, en présence de mes trois bataillons sous les armes. Le général nomma aussitôt une commission pour les juger. Le capitaine rapporteur, dans ses conclusions, opina pour la peine de mort. Un semblable exemple ne pouvait qu’être indispensable dans cette circonstance pour effrayer les mauvais sujets que l’impunité avait jusqu’alors enhardis à l'insubordination : et les membres de la commission auraient sans doute voté pour la même peine, lorsqu’un soldat de la compagnie des trois accusés, fils d’un notaire de Mâcon, et mauvais sujet comme eux, qui s’était chargé de leur défense, persuada le tribunal que cette affaire n’était point de leur compétence, mais bien de celle d’un conseil de discipline. Il entra dans des détails affreux contre moi, et finalement détermina la commission à ordonner la mise en liberté de ses camarades *,
Il n’en fallut pas davantage pour les faire triompher. Déjà ils se croyaient certains de l'impunité, lorsque, le même jour, à l’appel du soir, ils ne furent pas peu surpris de voir arrêter de nouveau les trois soldats en question, ainsi que leur intime défenseur Bertrand. Je venais d’en obtenir l'autorisation. Tous les quatre furent conduits dans les prisons de Constance, où ils sont restés, même après notre retraite.
Nous ne tardâmes pas à faire un mouvement, et, tandis que le reste de l’armée entrait à Stuttgard, Tubingen, Héchingeu, Uiedliugeu, nous gagnâmes Mengeu, Ravensbourg, Wangen et Lindau, poussant toujours l’ennemi devant nous 2. Il s’arrêta pour dé-
1 F. V, aux notes.
8 F. X, aux notes.
fendre la place de Brégenz qui renfermait de grands magasins.
Vers les trois heures de l’après-midi, nous attaquâmes les positions. Je devais attaquer avec mon régiment la droite de l’ennemi. L’action s’engagea vivement de notre côté. Je parvins à les chasser de position en position. Brégenz fut bientôt à découvert, et en moins d’une heure nous nous en rendîmes maîtres. L’ennemi, battu sur tous les points, se retira à Immerstadt. ville frontière du Tyrol.
Le lendemain, nous allâmes prendre position à Isny, où nous restâmes quelques jours 1 . On se disposa ensuite à attaquer Immerstadt. Je reçus, le 3 fructidor (19 août), l’ordre de me diriger pendant la nuit sur cette ville. A une heure du matin, je fis faire halte à ma troupe, et à la pointe du jour nous attaquâmes l’ennemi qui fut repoussé et jeté dans la ville. Nous fûmes obligés de suspendre notre attaque, attendu qu’une colonne qui devait se rendre à notre hauteur ne paraissait point encore, et nous dûmes nous tenir sur la défensive pour l’attendre. L’ennemi, qui s’aperçut de notre manœuvre, voulut en profiter pour nous charger; mais nous tinmes bon pendant deux heures, après lesquelles la colonne que nous attendions ayant été enfin aperçue, nous reprîmes l’offensive et entrâmes au pas de charge dans Immerstadt ; et l’ennemi fut repoussé à plus d’une lieue. Il continua sa retraite jusqu’aux gorges du Tyrol.
Le lendemain (4 fructidor, 20 août), le général Tharreau partit pour Kempten avec un de mes bataillons, mes trois compagnies de grenadiers et 300 hussards 2.
' V. Y, aux notes.
2 Ils appartenaient au 8e régiment qui s’était distingué dans l’armée du Nord, puis était passé à celle de Rhin-et-Moselle. 11 servit à Tinté-
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Je restai de ma personne à Immerstadt avec le restant de la brigade et quatre pièces d’artillerie.
Tous les matins nos découvertes se portaient à une lieue en avant, et, péndant près d’un mois, il n’y avait que des affaires d’avant-postes.
L’ennemi, s’apercevant que toutes nos attaques n’étaient que pour gagner du temps, et supposant avec raison que les renforts qui devaient nous arriver, ne l’étaient pas encore, vint nous attaquer à sou tour. Les actions n’en devinrent que plus vives de part et d’autre b Une fois (26 fructidor, Il septembre), à neuf heures du soir, je me mis en marche avec mes trois bataillons pour attaquer l’ennemi le lendemain matin; le général en fit autant de son côté. Sur les deux heures après minuit, cinquante Autrichiens environ tombèrent dans un de mes bataillons, et furent égorgés impitoyablement. Aussitôt que Ton put découvrir le pays, je me portai en avant vers un grand village que l’ennemi occupait en grande partie. Mon avant-garde rencontra celle de l’ennemi sur la place, et les coups de fusils s’engagèrent. Je détachai aussitôt 150 hommes d’infanterie et trente hussards pour soutenir l’avant-garde. Le choc devint terrible. Je me portai moi-même dans ce moment avec 200 hommes d’infanterie et cinquante hussards sur le champ de bataille. Ma présence encouragea mes soldats; bientôt les Autrichiens plièrent, et alors je les fis charger à la baïonnette.
Maître du village, j’ordonnai qu’on ne le dépassât point. Je fis occuper les dernières maisons, et ranger en
rieur en l’an IX, puis fut appelé à la Grande Armée l’an XIV, en Hollande en 1810, en Allemagne en 1811, et filles campagnes de 1813 et 1814.
1 Par exemple, le 14 fructidor (30 août).
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bataille les troupes que j’avais conduites. Je fis reconuaître les positions de l’ennemi qui s’était retiré dans des gorges presque inattaquables. Je rentrai dans le village où je fis reposer et rafraîchir ma troupe qui était harassée des fatigues de la journée. Vers le soir, nous nous remîmes en marche pour nous rendre dans nos positions.
L’ennemi, à ma connaissance, eut dans cette affaire 150 tués et 200 blessés. Le nombre de mes tués et blessés fut de beaucoup inférieur; cependant j’eus à regretter un de mes capitaines qui fut tué, et un colonel en second de hussards, blessé grièvement \
A la fin de fructidor, je fus vigoureusement attaqué par des forces supérieures aux miennes. Tous mes postes furent repoussés. Je défendis Immerstadt le plus qu’il me fut possible. L’ennemi s’en était emparé; je le repris au pas de charge; mais je fus forcé de l'abandonner pour la seconde fois, après quatre heures de combat. Je me retirai de position en position à la faveur des bois.
J’ai dit plus haut que le général de brigade Tharreau m’avait quitté pour se rendre à Kempten avec un de mes bataillons, mes grenadiers et 300 hussards. Dans la situation où je me trouvais, forcé de battre en retraite et incertain de recevoir promptement quelques renforts, j’expédiai à tout hasard des ordonnances à ce général à Kempten; mais il ne s’y trouvait plus. Je sus après que ce général s’était engagé à poursuivre devant lui l’ennemi qui feignait de se retirer, et que, pendant ce temps, un corps d’Autrichiens s’était emparé de sou quartiergénéral et de ses bagages, et que, si on était parvenu
' C’est le combat de Nesselwang, 27 fructidor (12 septembre.) V. Z aux notes.
à sauver quelque chose, ce n’avait été qu’avec beaucoup de peine.
Ne recevant donc point de secours, et ignorant où pouvait être le général que je supposais pris avec sa colonne, je me décidai à me mettre en mouvement au commencement de la nuit. Je pris à cet effet des paysans qui me conduisirent à l’embranchement des deux routes d’Immerstadt et de Kempten à Isuy. Il était minuit. Là je pris position, en attendant que je pusse enfin avoir quelque indice de la marche du général. Une heure après, mes avant-postes me prévinrent que l’on entendait des bruits pas très éloignés d’eux. Je ne tardai point à me convaincre que ce bruit provenait de la marche de la colonne du général que nous vîmes arriver avec la plus grand joie. On devinera sans peine que, dans une entrevue pareille, nous n’eùmes rien de plus pressé que de nous raconter réciproquement les dangers que nous avions courus. A la pointe du jour tout le monde se rendit à Isny *.
Le lendemain nous évacuâmes les positions d’Isny, et nous retirâmes sur Wangen trois lieues eu arrière.
Quelques jours après, le général me donna ordre de partir à neuf heures du soir pour me porter sur Isny avec 1100 hommes d’infanterie, 200 hussards, une demicompagnie d’artillerie légère et quatre pièces de campagne.
A minuit, mon avant-garde de cavalerie fit rencontre de celle des Autrichiens qui se replia aussitôt. Je continuai ma marche jusqu’à la sortie du bois où je pris position. Nous aperçûmes au moins deux cents feux de l’ennemi en deçà d’Isny, et peut-être autant de l’autre
* V. AA, aux notes.
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côté de la ville. Ne doutant point que ses forces ne fussent de beaucoup supérieures au miennes, et n’ayant reçu du général aucun ordre par écrit sur ce que je devais faire, je crus devoir consulter les officiers supérieurs de mon régiment à cet égard, et nous résolûmes qu’il était bon, avant que de rien entreprendre, d'envoyer prévenir le général des forces apparentes de l’ennemi, et de ne point lui dissimuler la crainte que j’avais de l’attaquer avec aussi peu de temps. Sa réponse fut d’attaquer l’ennemi, quelque fort qu’il fût, de le repousser et de m’emparer d’Isny.
Avec un ordre aussi tranchant, il n’y avait point à balancer. Je fis sur-le-champ mes dispositions d’attaque, et je donnai des ordres en conséquence.
Tous les avant-postes autrichiens furent vivement repoussés. Trois fois de suite mou avant garde fut à son tour repoussée des endroits qu'elle venait d’enlever. L’ennemi, s’apercevant que je n’avais que de faibles bataillons pour la soutenir, fit marcher deux escadrons de cavalerie légère pour pénétrer mon centre. Mes quatre pièces chargées à mitraille étaient heureusement placées pour les bien recevoir. A deux cents pas des pièces, ces deux escadrons furent culbutés par la mitraille et entièrement en désordre. Pendant cette manœuvre deux bataillons autrichiens me tournaient par ma gauche. Aussitôt que je fus prévenu, je m’y portai avec une soixantaine d’hommes d’infanterie, et je parvins à arrêter leur marche. En ce moment mon centre fut forcé à la retraite. Je voulus m’y rendre pour le soutenir; mais je me trouvais déjà coupé. J’ordonnai alors à l’infanterie de gagner le bois comme elle pourrait; je pris moi-même le galop pour regagner mon centre; je fis former des patrouilles en échelons, j’ordonnai à un ha-
taillon de se porter de droite et de gauche de la route et dans les bois, pour protéger notre retraite.
Dans ces entrefaites le général Tharreau arriva, et me donna l’ordre de tenir dans le bois le plus que je pourrais, tandis qu’il irait à deux lieues plus loin en arrière prendre position à un pont de bois.
Mon infanterie n’avait pu atteindre encore le bois, de manière que deux régiments de cavalerie autrichienne ayant chargé sur elle, réussirent malheureusement à sabrer ou prendre plusieurs pelotons. J’eus beaucoup de peine à leur échapper; un détachement de cavalerie me poursuivait de si près que j’entendais l’officier qui me criait : « Rendez-vous, colonel; je réponds de votre personne. »
Je me retirai avec les débris de mon régiment, tout chagrin de la malheureuse issue d’une affaire que je n’avais que trop prévue. Je perdis 600 hommes en tués et prisonniers. Il restait de mon régiment à peu près autant.
Le môme soir, Brégenz et Lindau furent évacués par le 38° régiment qui se retira à Tettnang. J’allai prendre position à Ravensburg *.
Trois jours après, je reçus l’ordre de me rendre à Biberach2 3 pour y prendre et y escorter jusqu’à Huningue le grand parc d’artillerie, tous les équipages de l’armée, ainsi que toutes les ambulances et administrations1’. Avec un convoi aussi étendu à conduire pendant plusieurs jours, cette mission me paraissait d’autant plus difficile que j’aurais à combattre sur toute ma route des partis
1 V. AB, aux notes.
2 Un autre convoi de bagages et équipages, couvert par Desaix, qui commandait le centre, fut dirigé sur Neufbrisach.
3 V. AC, aux notes.
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de cavalerie ennemie pour m’ouvrir le passage. Je n'avais pas à beaucoup près assez de troupes de ce qui restait de mon régiment pour escorter ce convoi, et l’on m’autorisa à prendre environ 600 hommes d’infanterie, les meilleurs que je pus trouver dans les petits dépôts qui se trouvaient réunis aux environs de Biberach. J’en formai un bataillon. L’on m’accorda également environ 300 hommes de cavalerie tant bien que mal équipés; ainsi qu’un détachement de 45 hommes de grosse cavalerie, assez bien monté et commandé par un brave officier. Comme ce détachement était ce que j'avais de meilleur, j'en fis ma réserve. J'avais mis tous les débris de dépôts pour flanquer le convoi. Tous les hommes blessés légèrement devaient être armés sur des voitures pour en détendre l’approche des cavaliers ennemis. Des officiers supérieurs étaient placés de manière à veiller à l’exécution de tous les détails.
Le troisième jour *, ma caravane ainsi organisée, je me mis en marche. Je devais, le premier jour, traverser un bois pour me rendre à Riedliugen. Je trouvai la route coupée dans ce bois par des abattis. J’arrêtai le convoi qui tenait à peu près une lieue, et je le fis parquer en attendant que la route fût débarrassée, et que je me fusse assuré si l’ennemi n’était pas plus loin embusqué. Bientôt des coups de fusil se firent entendre, et je sus d’un prisonnier que mes tirailleurs venaient de faire, qu’il y avait à peu près 150 hommes de cavalerie et quelques paysans armés sur notre route.
Ayant fait fouiller le bois, je me remis en marche, et
1 Le 14 vendémiaire (4 octobre). Les premiers mouvements de la retraite commencèrent le (i vendémiaire à trois heures du matin. Mais pour l’effectuer avec sécurité, il fallait- une victoire. Ce fut celle de Biberach le 1 1 vendémiaire (2 octobre).
je fus obligé, en approchant de Riedlingen, de recommencer l’attaque, de débusquer l’ennemi de la ville et de le chasser à une lieue au delà sur la route de Stuttgard. Je pris position pour la nuit. Je savais qu’un régiment d’infanterie et deux escadrons de cavalerie marchaient sur cette dernière ville pour couvrir mes mouvements, et n’ôtre point attaqué sur mou liane droit ; ma gauche était couverte par les montagnes de la Suisse. Je craignais donc peu d'ètre inquiété sur mes flancs. Le lendemain matin (15 vendémiaire), je me dirigeai sur Mengen où j’arrivai en effet sans la moindre inquiétude. Le jour suivant (16 vendémiaire), je me rendis à Mœskirch. Je ne fus pas tout à fait aussi tranquille, parce que j'avais à craindre les routes de Hechingen et Tuttlingen. Cependant aucun événement ne survint pendant la nuit. A la pointe du jour, je partis pour Stockach, et le lendemain pour Lauffenburg où je restai avec les meilleures troupes. Là, je fis filer le convoi sur Huningue, de sorte que, à l’exception d’une vingtaine de voitures de munitions qui furent brûlées, faute de chevaux pour les traîner il arriva très heureusement à sa destination. Je me rendis ensuite à Huningue1 2.
A l’époque où j’avais passé le Rhin avec l’armée, mon régiment était fort de 2350 hommes présents. Il me manquait depuis environ 700 tués où blessés, 700 prisonniers et 300 malades 3.
1 Eblé écrit à Moreau, le 2 brumaire (23 octobre), qu'on a perdu vingt-sept caissons, dont une partie a été brûlée par ordre du général Paillard.
' V. AD, aux notes.
3 Le général de génie Dedon, qui fit cette campagne et en publia une relation, donne l’effectif de 2,315 hommes : les pertes sont évaluées à 04 officiers et 600 sous-officiers et soldats. Au nombre des prisonniers, furent le chef de bataillon Petit, et le capitaine Boyer. Celui-ci blessé,
Ali.MKE DU lï II J. N
Pendant cette dernière campagne je fus assez heureux de n’avoir reçu que de légères contusions. J’eus, avec cela, mes vêtements percés, mon fourreau de sabre fracassé d’un coup de balle, mon cheval touché deux ou trois fois sous moi. Dans toutes les affaires que j'eus avec l’ennemi, je puis me flatter de l’avoir presque toujours battu malgré qu'il était toujours infiniment plus fort que moi : j’avais à la vérité d’excellents soldats.
Si j’avais couru des dangers en combattant les Autrichiens, ma vie n’avait pas moins été exposée au milieu de mes soldats. Cinq coups de fusil, tirés par de mauvais sujets de mon régiment, avaient été dirigés contre moi dans la retraite d’Isny *. J’en fus prévenu par deux braves militaires alsaciens qui me servaient d’interprètes. Le chef de bataillon Tréboutte, dont j’ai eu occasion de parler plus haut, était pour beaucoup dans toutes les insurrections qui se tramaient contre moi; aussi j’attendais le moment favorable pour le tancer d’importance. C’est ce qui ne tarda point, car il fit tant de sottises que je me vis forcé de l’envoyer dans les prisons de Strasbourg pour dix jours 2.
Mon régiment perdit dans cette campagne quatre voitures d’habillement et d’équipement, ainsi que tous les porte-manteaux des officiers, dont je ne pus obtenir la moindre indemnité.
totalement dépouillé, emmené en Hongrie, revint au bout de trente mois à Schelestadt, l'ancien dépôt delà 79°. Jourdan écrivit de Limoges à Moreau pour appuyer ses réclamations.
* V. AE, aux notes.
2 V. AF, aux notes.
HAROS GODART.