‹ Mémoires du Général Baron Roch GodartChapitre 38 sur 68 · NOVEMBRE 1811 - DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

NOVEMBRE 1811 - DÉCEMBRE

Godârt commandant du departement du Tarn. — Appelé soudain à Vilna. — Routes affreuses en Allemagne. — Son état de souffrance l’empêclie de rejoindre la Grande Armée. — 11 est gouverneur de Vilna. — Le service administratif à Vilna. — Vilna découvert par suite des combats de Polotsk et de Slonim. — Mesures de défense. — Corps envoyés au-devant de l’armée en retraite. — Connaissance des désastres. — Aflluenceet confusion déjà; cependant réunion de troupes et de subsistances en prévision de l’arrivée imminente de la colonne principale. — Passage de l'Empereur. — Invasion de la masse des fuyards qui déborde partout, Godart étant alité. — Leur abattement et leur épuisement. — Le roi de Naples ordonne l’évacuation de Vilna.

Le 4, je partis eu poste pour me rendre à Bordeaux, où j’attendis des ordres du ministre de la guerre pour ma nouvelle destination. Ce ne fut que le 16 décembre que je reçus l’avis que je serais employé dans la 9e division militaire L

Je me rendis en conséquence à Montpellier, près du général de division Chabot qui, d’après ma demande '2, m’accorda le commandement du département du Tarn.

1 En poste, parti de Bayonne le 4, on arrivait à Bordeaux le 9 ! Il descendit à l’hôtel des Ambassadeurs, et demanda, le 10, un congé d’un mois pour aller à Saint-Servan chercher sa famille qu’il n’avait pas vue depuis plus de six ans. Ce jour-là lui était adressé l’ordre de partir en poste pour Montpellier. Informé le 16, il arriva le 26.

8 Chabot ne lui accorda rien en réalité. C’est d’après sa demande d’un commandement à l’intérieur qu’il avait obtenu sa nomination pour le Tarn, datée du 27 novembre.

Le 1er janvier 1812, j’arrivai dans le chef-lieu de mon département, à Albi, où je restai jusqu’au 1S août suivant '.

M’étant figuré, dès le commencement de mon séjour à Albi, que je serais longtemps dans ce pays, j’y fis l’acquisition d’une maison et d’un beau jardin. J’étais eu train de faire bâtir une maison de maître, lorsque, le 13 août, je reçus l’ordre 2 de me rendre en poste à la Grande-Armée à Vilna (Russie).

Le 16 août, à deux heures du matin, je quittai ma famille, et me rendis à Paris où je ne restai que le temps nécessaire pour terminer mes affaires. J'arrivai à Mayence le 31 août; et, le lor septembre, je passai le Rhin pour me diriger sur Francfort et ensuite sur Dresde. Courant jour et nuit, et ayant à traverser des chemins affreux, particulièrement dans beaucoup d’endroits de la Saxe où il n’existait point alors de chaussées, j’eus beaucoup à souffrir des cahots de la voiture, et très souvent je fus forcé de travailler moi-même, faute d’ouvriers, à réparer provisoirement maint et maint objet cassé ou perdu à ma voiture pendant la route. J’arrivai à Dresde, capitale de la Saxe, où je restai cinq heures. J’en partis le même jour et me dirigeai sur Bautzen,Gœrlitz, Bunzlau, Hainau, Neumarktet Breslau, capitale de la Silésie prussienne.

Je restai à peu près trois heures dans cette ville. Je me remis en route pour me rendre à Varsovie. Je par-

1 En mars, il avait demandé un [congé pour aller prendre les eaux à Bourbonne. Il avait appris, à la fin de mai, qu’il lui était accordé, une fois terminées les opérations de la conscription et l’organisation des cohortes.

1 Cet ordre était parvenu à Chabot le 5 août. Godart ne fut pas remplacé à Albi.

courus les endroits ci-après : Oels, Wartenberg, Bralin, Kempén, Wieruszow, Naramice,Widawa,Rosniatowicze, Petrokow, Rawa, Glowno, Lowicz, Blonie et Varsovie.

A mon arrivée dans cette grande ville, la vitesse que j'avais mise jusqu’à ce jour, et le peu de repos que j'avais pris, m’avaient tellement gonflé la jambe gauche 1 que je fus obligé de prendre des bains, et de m’arrêter pendant trois jours pour me reposer.

Le 12 ou le 13 septembre, je remontai en voiture pour me rendre à Vilna. A mon passage à Grodno sur le Niémen, je fus encore forcé d’y coucher, à cause du gonflement de ma jambe qui me faisait beaucoup soufrir. Dès le lendemain, je me remis en route, et voyageai toute la journée et toute la nuit pour enfin arriver à ma destination, le 18 septembre à midi.

J’appris à Vilna que je devais continuer ma route à l'effet de rejoindre la Grande Armée2 qui, à cette même époque, faisait son entrée à Moscou; mais les fatigues que j’éprouvais par suite d’un voyage aussi long et aussi précipité, les douleurs de ma jambe qui était dans un état affreux, m’obligèrent à me mettre au lit, et me déterminèrent en même temps à demander de suite à S. A. le prince major-général, l’autorisation d’être employé dans une des provinces conquises par la Grande Armée. Ma demande fut appuyée par le général de division gouverneur de la Lithuanie, envoyée à Moscou, et, quinze jours après, je reçus l’ordre du major-général de prendre le commandement de la place et de la province de Vilna en qualité de gouverneur.

1 Cette jambe, atteinte tant de fois, fera constamment souffrir le général jusqu’à sa mort.

* En effet, son état de services dit : Employé au IVe Corps, le 17 septembre. C’est le corps commandé par le prince Eugène. 11 devait entrer dans la 13e division.

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