‹ Mémoires du Général Baron Roch GodartChapitre 37 sur 68 · V. A 13, aux notes · texte numérisé non relu

V. A 13, aux notes

de peine, moi et les officiers supérieurs de ma brigade, à sauver près de deux cents vieillards et enfants que nous avions jusqu’alors nourris et maintenus dans nos cantonnements depuis environ deux mois

Cependant, à la veille de voir mourir ces malheureux de faim, puisque nous manquions nous-mêmes, ou de les voir assassiner, je crus devoir, pour les sauver, les faire conduire par une escorte de cinquante grenadiers aux avant-postes anglais et portugais. Le chef de bataillon commandant l’escorte fut on ne peut mieux accueilli ainsi que deux officiers français. Les Portugais, joyeux de revoir leurs parents qu’ils croyaient massacrés, embrassaient les genoux de mes officiers, et ne savaient comment leur témoigner leur reconnaissance. Deux officiers anglais et portugais furent députés par leurs généraux près de moi pour me remercier de l’acte d’humanité que je venais de faire, et me prièrent d’accepter de leur part six bouteilles de rhum Jamaïque, six pains de sucre et vingt-cinq livres de café. J’acceptai leur présent, mais j'avais été assez payé du plaisir de faire des heureux.

Le général commandant notre corps d’armée, voulant faire une forte découverte sur Rio Major -, nous nous mîmes eu marche au nombre de 3,000 hommes d’infanterie et -450 chevaux pendant la nuit, et nous arrivâmes à la pointe du jour en vue des vedettes ennemies qui se retirèrent à notre approche. Nous entrâmes donc sans la moindre résistance à Rio Major, où tous les vivres que les Anglais avaient laissés furent enlevés. Le général en

1 Cet épisode doit donc se placer au plus tôt dans la seconde moitié de janvier.

2 Sur l’ordre de Masséna. Bien que grossi de la brigade Gratien (division Solignac), il n'avait pas 5,000 hommes, comme il a etc dit. Un rapport ne lui en donne même que 2,500. Le 19 janvier, au matin, on se mit en marche d’Alcanhôde.

chef reçut vers le midi un coup de feu à la figure. Ce fut le premier blessé *.

Après avoir détruit tous les ouvrages que l’ennemi y avait faits, nous nous retirâmes pour rentrer dans nos cantonnements. La cavalerie ennemie, s’imaginant sans doute que la crainte nous déterminait à battre en retraite, voulut charger vigoureusement nos dragons qui étaient d’arrière-garde; mais elle fut reçue par une compagnie de voltigeurs embusqués, de manière à perdre l’envie de revenir à la charge '1 2.

Le prince d’Essling , reconnaissant enfin l’impossibilité de laisser plus longtemps l’armée dans un pays où elle ne pouvait plus subsister, ordonna qu’on l’évacuât, et le mouvement rétrograde commença le 5 mars 1811, à huit heures du soir. Nous nous dirigeâmes par Pernes, Torres Novas, Chao de Maçans, Perelinga, Redinha et Condeixa Velha3. C’est de cet endroit que, le pont de Coïmbre étant coupé, nous fûmes obligés, le 12, de prendre les chemins de traverse pour nous rendre à

1 Après le succès complet, des cavaliers anglais harcelaient les nôtres. Junot alla les reconnaître lui-même, un peu en enfant perdu. De plus son uniforme attirait la vue. Un chasseur de Brunswick, caché dans un bois, l’ajusta; il fut blessé près du nez, et dut remettre le commandement à Clauzel. Sa blessure eut des suites cruelles, et aboutit à la folie. — M. ïhiers fait à peine allusion à cette affaire.

2 C’est Godart qui, dans les cantonnements, se trouvait plus en •contact avec l’ennemi. Le 10 février, une grand’garde sur la route d’Alcanhôde à Rio Major s’étant laissé surprendre, l’ennemi enleva cinq soldats du 22e et quatre dragons.

Richard, lieutenant au 22e, allant avec dix voltigeurs, à la découverte sur la route de Rio Major à Fragoas, fut surpris par 200 cavaliers. Il se retira sur un mamelon, s’y défendit énergiquement et fut atteint de sept blessures avant de se rendre.

3 Les autres relations disent Condeixa tout court. Ce n’est pas un synonyme pourtant. Condeixa Velha est un village à peu de distance au sud-est de Condeixa. Godart précise peut-être l’endroit occupé par sa brigade comme au passage précédent.

Fuente Cuberta et à Miranda de Corvo par les chemins les plus affreux.

Le 15, au passage du pont Tirao Elvas, près du village de Serpao, nous fûmes obligés de brûler plus de soixante voitures, parmi lesquelles était mon fourgon, pour ne point les laisser au pouvoir de l’ennemi, qui nous avait toujours suivis de très près.

L’avant-garde ennemie, s’apercevant du désordre où nous étions, attaqua notre arrière-garde, tandis que 60,000 hommes cherchaient à tourner notre division ; elle n’eut point de peine à la culbuter. En ce moment, cinquante hommes venaient de se noyer en passant la Ceira : le colonel du 39° de ligne prisonnier, l’aigle du régiment perdue1 11, c’en était fait de la division entière, si la contenance de quelques bataillons, qui se réunirent fort à propos, n’eût pas forcé l’ennemi à cesser de nous harceler ; puisqu’il nous restait encore une rivière à passer à deux lieues plus loin, dont le pont cassé exigeait une réparation de trente heures.

Le 17 mars, les travaux étant terminés, le parc de l’artillerie et les équipages filèrent; une grande partie de l’armée le traversa en peu de temps, et fut prendre position à deux lieues en avant.

Le 1<S, le corps d’armée passa à gué la rivière Alva o dos Pinarès. Chaque jour, à la position, nous étions obligés d’envoyer nos soldats chercher des vivres. Ce

1 11 s’agit du colonel Lamour, blessé avant d'ètre fait prisonnier.

Le 39e régiment, appartenant à la première brigade de la division Mermet, avait été constitué le 19 nivôse an IV (8 janvier 1796), et avait servi en Italie jusqu’à l’an IX, puis à l’intérieur. 11 fut partagé entre la Grande Armée et l’Espagne (1808-1813). Le gros du corps fut fait prisonnier à Landau en 1814.

Son aigle ne tomba pas au pouvoir de l’ennemi dans cette journée. C’est quelque temps après que, les eaux étant basses, elle fut retrouvée par des paysans dans le lit de la rivière.

BARON GODART

même jour, sur les deux heures, l'ennemi nous attaqua et nous força de quitter uos positions, et de nous réunir au IIe corps d’armée qui se trouvait engagé avec l’ennemi, lequel voulait couper la route que tenait le centre de notre année. Nous marchâmes toute la nuit suivante, et, à la pointe du jour, nous arrivâmes à Yenda d’Oporco. Nous continuâmes de marcher jusqu’au 23 mars, jour où nous arrivâmes à Celorico l.

Depuis notre entrée en Portugal, la mésintelligence avait toujours régné entre les principaux chefs des trois corps d’armée. Le prince d’Essling, commandant en chef, était pour ainsi dire toujours contrarié par les deux autres maréchaux, et chacun ne faisait à peu près qu’à sa volonté. Ce fut pendant les 21, 22 et 23 mars que la bombe éclata entre eux, au point que le prince résolut dès ce moment de quitter l’armée et de se rendre à Paris 2.

De Celorico, où nous étions, on fit filer de suite, dès le 22 mars, les équipages de l’armée, ainsi que les malades et les blessés, sur Almeida. On fit également filer le parc d’artillerie sur Guarda, ville assez considérable, et l’armée s’y dirigea ensuite . Le quartier général du prince y resta jusqu’au 29, jour où il manqua d’être enlevé par l’ennemi, notamment sa maîtresse pour la sûreté de laquelle il fallut se battre dans les environs et aux portes de la ville, tandis qu’elle s’occupait à faire ses paquets et à monter en voiture.

L’évacuation de Guarda força tous les corps d’armée de rétrograder sur Belmonte et Sabugal, où le II0 corps prit position. Le nôtre se porta à Alfayates où bientôt le

1 V. A 14, aux notes.

2 II commença par y envoyer Ney qui se refusait ouvertement à un nouvel etljrt contre le Portugal. Il le remplaça par le général Loison

22 et 23 mars).

IIe corps d’armée, attaqué par l’ennemi, fut obligé de se retirer après avoir perdu environ 400 hommes'.

Le 3 avril 1811, nous quittâmes nos positions, et nous marchâmes jusqu’au 15, pour arriver à Toro, ville dans les environs de laquelle les différents corps d’armée prirent des cantonnements.

Ici finit la campagne du Portugal. L’armée qui en avait entrepris la conquête était formée de trois corps, sous les ordres du prince d’Essling.

On peut dire avec vérité que cette armée, qui, au commencement de la campagne, était composée de superbes troupes, fut à la fin considérablement réduite par les pertes nombreuses qu’elle avait faites, tant sous le rapport des fatigues et des privations, que sous le rapport des combats et des marches continuelles, soit de nuit, soit de jour, ainsi que des pluies qui ne cessèrent de tomber pendant trois mois consécutifs. J’ajouterai à cela la quantité innombrable de malades qu’on a perdus faute de soins et de médicaments, puisque les chemins, dans notre retraite, étaient couverts çà et là de cadavres mêlés parmi les chevaux morts et les débris de voitures qu’on ne pouvait plus traîner2.

Si nous perdîmes peu de canons, nous ne pûmes sauver eu revanche un tiers de nos caissons, ainsi que des fourgons d’ambulances et de nos administrations. Beaucoup furent pillés par nos propres soldats.

Le fourgon qui m’appartenait fut pillé et brûlé ensuite :

1 F. A 15, aux notes.

i L’armée était diminuée de 20,000 hommes et ne comptait plus que 39,905 hommes et dix canons. Mais cette armée, si diminuée, si mécontente, si mal dirigée, isolée, oubliée, sans solde, sans magasins, sans moyens de transports, sans éclaireurs, tandis que les guérillas en fournissaient abondamment les Anglais, avait, par tant d'épreuves, acquis une solidité qui en fit la première armée française avec celle de Davoust.

je perdis habits de grand uniforme, chapeau, plusieurs autres effets d'habillement, un nécessaire de campagne, cartes géographiques, livres, chevaux, mulets1, et je dépensai beaucoup d’argent. Voilà tout le profit que je retirai pour mon compte de la campagne de Portugal, très heureux encore qu’avec d’anciennes blessures et les fatigues que j’endurai, je n’y aie pas succombé.

Je reviens aux cantonnements que nous occupions dans les environs de Toro. Là, comme en Portugal, il nous était impossible de sortir sans de fortes escortes. Notre éloignement de l’Espagne avait facilité l’insurrection, au point qu’on y comptait quarante-cinq bandes de guérillas organisées et payées 2.

Le 1er mai, je me rendis avec ma brigade à Fuente-el- Sauco. Elle fut cantonnée dans les villages voisins pour pouvoir y vivre pendant le mois.

Le l01’ juin, je quittai mes cantonnements pour aller à Matilla, où j’arrivai le 53.

Le 8 juin, nous reçûmes l’ordre de marcher au secours de Badajoz qui se trouvait assiégé par les Anglais, les Espagnols et les Portugais. Je fus chargé d’escorter avec ma brigade le grand parc d’artillerie de l’armée. Malgré les mesures que je pris pour ne point exposer un convoi aussi important, je fus plusieurs fois inquiété les premiers jours de marche.

1 A l’attaque de l’arrière-garde française, le 15 mars, il eut un cheval tué par la mitraille et deux chevaux enlevés avec ses eifets, par la cavalerie anglaise. L’indemnité pour ses chevaux et effets perdus au Portugal fut réglée, le 8 novembre 1814, à 1,352 francs.

1 L’importance des guérillas fut cause de la création d’un septième gouvernement militaire en Espagne, au mois de février. Il comprit Toro, Zamora, Salamanque, Ciudad Rodrigo, et fut confié au général Thiébault. En quinze jours, il avait remporté de grands succès sur les guérillas; mais le retour de l’armée de Portugal, battant en retraite, ajouta beaucoup à la recrudescence de chaque printemps.

3 V. A 16, aux notes.

Le 11 juin, j’eus à traverser le fameux col de Béjar, et je parvins avec beaucoup de peine à faire transporter la

totalité de mon parc sur le haut de la montagne, et ensuite le faire conduire jusqu’à Banos, où j’arrivai à sept heures du soir.

Cette montagne fait la séparation des provinces de Salamanque et de l’Estrémadure.

Je suivis les gîtes de la Oliva, Plasencia (capitale de l'Estrémadure), et, le 15, j’arrivai sur le Tage, en face d’Almaraz, où nous bivouaquâmes. Nous partîmes ensuite pour Jaraïcigo, et, le 17, nous arrivâmes à Truxillo, grande ville qui, deux ans auparavant, avait été pillée et ravagée par une avant-garde de cavalerie française

Je ne puis m’empêcher d’interrompre encore le récit de ma marche pour faire connaître la surprise, que nous témoignèrent les habitants, de voir une armée aussi nombreuse que l’était la nôtre, aussi bien disciplinée, et ne commettre aucune vexation envers les habitants. Des personnes dignes de foi nous assurèrent que les premiers Français qui étaient entrés dans Truxillo y avaient commis mille horreurs : piller, voler, brûler, violer et massacrer, arracher les oreilles des femmes pour en avoir les bijoux, et poursuivre les plus respectables familles jusque dans les montagnes pour les achever de dépouiller ; telle fut, disaient-ils, la conduite barbare qu’ils tinrent dans cette ville. Ces bonnes gens se plaisaient à nous assurer que, si les premières armées qui étaient entrées en Espagne s’étaient comportées comme la nôtre, jamais aucun Espagnol n’eût pris les armes contre les Français; mais qu’ils ne pouvaient plus leur pardonner les vexations de toute espèce qu’on leur avait fait éprouver, etc., etc. Enfin le nom seul de Français leur était en horreur depuis cette époque.

Avec de tels sentiments fondés de vengeance, aurait-on

1 Le maréchal Victor, poursuivant le général espagnol La Cuesta, arriva à Truxillo, et en partit le 25 mars 1809 pour Medellin, y laissant un corps hollandais.

pu espérer de se maintenir eu Espagne et de gagner le cœur de ses habitants? Impossible.

Les 18, 19 et 20 juin, nous continuâmes de marcher '. Le 2o, nous arrivâmes à Alcuesca où notre division prit des cantonnements dans les environs, jusqu’au 10 juillet suivant.

Dans cet intervalle, la place de Badajoz fut débloquée à l’approche de l’armée de Portugal. L’ennemi, qui déjà avait considérablement souffert dans deux assauts qu'il avait voulu donner le 6 et le 9 juin, refusa la bataille et leva le siège1 2. L’armée resta dans les environs3 * pendant quelque temps pour faciliter le ravitaillement de Badajoz. Ensuite elle se retira dans la province de l’Estrémadure \

Le 18 juillet, nous passâmes le Tage; le 19, nous traversâmes le Tiétar; le 20, nous couchâmes à Plasencia; le 21, à Oliva; le 22, à Aldea Nueva del Camino, où nous restâmes.

J’occupai avec ma brigade les villages de Garganda la Olla, El Cerro, Puerta de Hondura, Hervas, Lejoura, Cabezavellosa, Casas del Monte, Granja et Granadilla, petite ville très élevée 5.

Ces différentes communes devaient pourvoir à tous les besoins de ma brigade, et j’étais convenu avec l’alcade

1 V. A 18, aux notes.

2 II le lit du 10 au 14 juin. Marmont et Soult, réunis â Mcrida le 13, entrèrent à Badajoz le 20.

Sur les deux rives de la Guadiana. Le quartier général était â Mérida.

* C’est celle de Plasencia, que Godart appelle particulièrement Estrémadure. La 6" division se trouva de nouveau à Truxillo, les 11, 12 et 13 juillet; à Jaraicijo les 16 et 17.

“ La 6e division occupait Plasencia et le pays jusqu’au col de Banos. Toute l'armée s'étendait d'Avila à Truxillo, ayant le quartier général à Naval Moral.

du chef-lieu que celles qui n’exécuteraient point leurs fournitures seraient exposées à des amendes en raison de leurs taxes; lesquelles amendes serviraient à indemniser les meuniers, boulangers, infirmiers, ouvriers, bouchers et autres que j’aurais pu employer pendant notre séjour L

Le “28 juillet, une partie de la division se porta sur Miranda, à l’effet de protéger l’entrée d’un convoi venant de Valladolid et se rendant à Ciudad Rodrigo, place qui était menacée d’un siège. Le 30, le convoi entra dans la place, et les troupes revinrent dans leurs cantonnements.

Je fis partir un fort détachement d’infanterie pour La Alberca, à l’effet de prendre des renseignements sur la marche de l’armée anglaise, et sur l’existence du nommé Julien, chef d'insurgés.

Le 3 août, je m’établis à Granadilla, quatre lieues de mon quartier général, pour être à môme de forcer les communes les plus éloignées de mon arrondissement à fournir leur contingent de denrées. Aussitôt qu’elles se furent exécutées, je fis confectionner pour douze jours de biscuit.

Le 26 août, je reçus l’ordre de quitter mes cantonnements pour aller occuper ceux de Banos, Hervas, El Cerro, Peno de Cavaleria, Montemajor, Yaldesage, Lagunilla del Puerto de Banos et Cantagallo2.

1 Marmont, dès le début, avait déclaré que toute réquisition serait payée, et, le 16 juin, restreint aux généraux de division (et avec l’autorisation du général en chef) le droit de réquisition.

■ Ce déplacement faisait partie du mouvement général de concentration sur Plasencia et vers le nord. Marmont établit son quartier général entre Plasencia et le col de Banos. Toute l’armée était ramenée au nord du Page, a cause du mouvement des Anglais.

M. Thiers dit que Marmont ne connut pas la marche de l’armée anglaise avant le l6'' septembre.

Avant que de quitter les autres cantonnements, je fis venir l’alcade, en présence duquel je soldai moi-mème tous les employés avec les fonds provenant des amendes. Il me restait encore quatorze cents réaux d’Espagne dont j’obligeai l’alcade de se saisir. Ce brave homme fut telle' ment étonné de ce procédé, qu’il me remercia en me disant que tous les alcades de sou arrondissement en auraient connaissance, et sauraient la manière avec laquelle j’avais administré leur pays pendant le court séjour que j’y avais fait.

Je restai dans mes nouveaux cantonnements jusqu’au 18 septembre. Dans ces entrefaites, d’après une demande que j’avais adressée précédemment1, je reçus de S. E. le ministre de la guerre l’autorisation de rentrer en France pour être employé dans l’intérieur2.

A cette époque, le général en chef se proposait de se réunir au corps d’armée qui partait de Valladolid sous les ordres du comte Dorsenne pour, de concert, ravitailler Ciudad Rodrigo et en éloigner l’ennemi.

Je ne voulus point, en conséquence, quitter l’armée avant que l’expédition fût terminée.

Le 19, elle commença son mouvement3. Je couchai, ce jour-là, avec ma brigade à la Calzada; le 20, à Cristoval ; le 21, à Villanueva del Confie; le 22, à Segueros; le 23, à Cercada; le 24, à El Maïllo; le 25, à Moras Verde; le 26,

1 Le 31 mai, à l'annonce des marches à effectuer vers le midi, en quittant Arcediano, et peu après l’arrivée de Marmont, qui facilita tout d’abord le départ des officiers supérieurs fatigués ou mécontents. Godart, outre les mêmes motifs que bien d’autres, avait peut-être quelque sujet particulier d’être l’un et l’autre, avec le souvenir de- Gospich et de Krems.

4 L’autorisation par l’Empereur est du 19 juillet. L’ordre adressé à Godart est du 18 août.

3 Elle passa le col de Banos et marcha sur Ciudad Rodrigo. La brigade de Godart laissa le col à droite.

à Tenebron; le 27, à San Miguel de Cadilla, et le 28, à Ciudad Rodrigo.

Ce même jour, nous nous joignîmes au corps d’armée parti de Valladolid.

Le 29, après un combat de quatre heures1, nous repoussâmes l’eunemi jusqu’à Alfayates 2.

Le 30, nous retournâmes à Ciudad Rodrigo3 4 5.

Le 1er octobre, après avoir pris congé de MM. les généraux en chef et de division \ je partis avec un régiment de la jeune garde3 pour me rendre à Salamanque, où je restai trois jours, et, de là, je continuai ma route avec le même régiment jusqu’à Yalladolid, en passant par Merisco, Torrecilla, Alaejos, Simancas. Dans notre marche de Salamanque à Yalladolid, nous fûmes plusieurs fois inquiétés par les insurgés. Nous restâmes dix jours à Yalladolid.

Le 19, je partis escorté par ce régiment, et j’arrivai à Burgos le 22.

Le 23, je pris le commandement de ce convoi consistant en trente voitures, tant berlines que calèches et fourgons, appartenant à l’administration de l’armée; eu 200 voitures chargées de blessés et de malades; 300 prisonniers anglais, portugais et espagnols, et environ 100 officiers de tous grades se rendant en France.

1 Combat d'Elbodon. Montbrun et sa cavalerie attaquent la cavalerie anglaise de Crawford; mais Dorsenne envoie son infanterie trop tard.

4 Dorsenne ne veut pas livrer bataille. On livre cependant le combat heureux d' Alfayates.

3 Le 22' régiment continua de servir en Espagne jusqu'à la fin de 1813, puis fut envoyé en Hollande, et tint Maastricht en 1814.

4 Les généraux en chef sont Marmont et Dorsenne.

5 Napoléon demanda à Dorsenne ses régiments de la jeune garde dan$ les derniers jours de décembre (Thiers). Celui-ci, cependant, dut être demandé au commencement de septembre.

L'escorte du convoi se composait de huit compagnies de grenadiers et voltigeurs, de 100 gendarmes à pied, de 50 gendarmes à cheval et de deux pièces de canon.

Je me mis en marche dans l’ordre suivant : une avantgarde de cinq gendarmes à cheval et vingt hommes d’infanterie, avec un officier, marchant à deux cents pas de ma colonne; ensuite quatre pelotons d’infanterie en colonne; les voitures de maître et les fourgons ;!un peloton d’infanterie; les prisonniers escortés par les gendarmes à pied, qui avaient l’ordre de tirer sur le premier qui s’écarterait de son rang; marchaient ensuite les voitures des malades sur trois de front; quatre pelotons flanquaient; le restaut de la troupe fermait la marche. Toutes mes dispositions ainsi prises, j’arrivai, le 2o, à Vittoria sans avoir été inquiété par l’ennemi.

Le 26, je continuai ma route dans le même ordre, pour me rendre à Bayonne. Mon escorte avait été renouvelée à Vittoria, et le convoi était augmenté. Je savais que le passage le plus dangereux était de Vittoria à Tolosa, et que, trois mois auparavant, un convoi de 800 prisonniers et 400 malades avait été entièrement dissous; que les prisonniers avaient été délivrés, et les malades français égorgés; le tout survenu en grande partie par le défaut de surveillance et de précaution du commandant du convoi1. Je redoublai donc moi-même de surveillance, en assignant à chacun des officiers employés ou isolés, des postes dans la colonne. J’intimai au chef de la gendarmerie l’ordre de faire serrer les prisonniers en un

1 Ce convoi était de 1,000 prisonniers et 100 voitures de malades et de blesses, et était long d’une lieue. 11 était escorté par 550 hommes, sous le colonel Dentzel. C’est au défilé de Salinas que Mina avait paru. Les prisonniers, délivres, s’étaient armés et joints à lui ; la plupart avaient péri, mais avec un grand nombre de nos blessés et 150 hommes de l’escorte.

seul peloton eu cas d’attaque; de les faire coucher par terre pendant le combat; et, en cas de révolte, de faire main basse sur tous. Cette mesure de rigueur était justifiée par les exemples précédents.

Mon convoi ne tenait point plus d’une portée de fusil de profondeur, et se maintint pendant toute la route de la même manière. Les insurgés, chaque jour, paraissaient sur nos flancs; mais ils ne me firent aucun mal, et n’en secondèrent que mieux mes vues pour la discipline et l’ordre de la marche.

J’arrivai à Bayonne le 1er novembre, et j’y déposai mon

convoi.

Page 1