‹ Mémoires du Général Baron Roch GodartChapitre 4 sur 68 · SOLDATS DE LA PATRIE · texte numérisé non relu

SOLDATS DE LA PATRIE

Est-elle enfin comblée la mesure d’ignominie que l’on déverse sur vous depuis plus de deux ans? Etes-vous assez abreuvés de dégoûts et d’amertume ? Jusques à quand souffrirez-vous qu’un Tyran vous asservisse; et laisserez-vous river entièrement les fers dont vous êtes enchaînés? Qu’est

devenue votre gloire; à quoi ont servi vos triomphes? .

Etait-ce pour rentrer sous le joug de la Royauté que pendant dix ans de la guerre la plus sanglante vous avez prodigué vos veilles et vos travaux, que vous avez vu périr à vos côtés plus d’un million de vos camarades? .

APPENDICE

Soldats! vous n’avez plus de Patrie, la République n’existe plus, et votre gloire est ternie; votre nom est sans éclat et sans honneur. Un Tyran s’est emparé du pouvoir ; et ce tyran, quel est-il? . Bonaparte . !

Lâche déserteur de vos drapeaux, infâme assassin de vos Chefs et de vos Compagnons; tous les crimes lui sont familiers pour satisfaire ses vues ambitieuses. Consultez vos frères d’Égypte : ils vous diront à quels maux horribles il les a exposés en les abandonnant; ils vous diront que sa main meurtrière a dirigé le poignard qui leur a enlevé le chef le plus vertueux et le plus digne de les commander; ils vous diront enfin que ce Tyran Farouche, craignant que ses crimes ne soient dévoilés, a fait circuler le poison jusques dans les veines de ceux d’entre eux que le fer de l’ennemi avait mis hors de combat. Mille atrocités semblables se présentent à notre mémoire; mais notre plume répugne à les tracer.

Quel était votre but en combattant pour la République? d’anéantir toute Caste noble ou religieuse, d’établir Légalité la plus parfaite . Votre but était rempli; mais votre

ouvrage ne subsiste plus. Les émigrés sont rentrés de toutes parts; des prêtres hypocrites sont salariés par le Tyran. Les uns et les autres composent son conseil ; les uns et les autres occupent les emplois, les dignités. C’est en vain que vous avez vaincu partout ces enfants dénaturés, armés contre leur patrie; leurs crimes sont des titres de recommandation; leurs services sous les drapeaux de nos ennemis leur procureront les récompenses que l’on refuse aux vôtres. Déjà beaucoup d’entre eux ont osé venir se mêler dans vos rangs, beaucoup occupent les premières places parmi vous; et vous êtes assez lâches pour le souffrir! .

Attendrez-vous que ceux qui ont partagé vos fatigues et

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votre gloire, qui vous ont constamment conduits dans le chemin de l'honneur et de la victoire, soient décimés, chassés, exilés, déportés et plongés dans la misère pour

ouvrir les yeux? . 11 sera trop tard alors, vos coups

seront détournés par les protégés, les Amis du Tyran; et vous ne ferez que des efforts infructueux .

Attendrez-vous que des Prêtres fanatiques, portant la superstition, le de'sordre et l’épouvante dans le sein de vos familles, aient aliéné contre vous l’esprit de vos parents, vous aient dépouillé de leur héritage, aient dévoué aux poignards les Acquéreurs des Domaines Nationaux, gage

précieux de vos triomphes et de votre gloire? . Alors

vous serez sans amis, sans ressources, et vos coups porteront à faux.

Soldats, vous n’avez pas un moment à perdre si vous voulez conserver votre liberté, votre existence et votre honneur.

Et vous, Officiers Généraux, qui vous êtes couverts de lauriers, qu’est devenue votre énergie? Que sont devenus ces élans sublimes de patriotisme qui vous ont fait braver

tant de dangers? . Etes-vous aussi tombés dans l’apathie,

ou êtes-vous devenus les Amis du Tyran? Non, nous

n’osons le croire . Pourquoi donc souffrez-vous que

votre ouvrage soit détruit, que vos enfans soient proscrits

et que vos ennemis triomphent? . Le repos, les richesses,

les rivalités ont-elles anéanti votre courage ? Grands Dieux! Serait-il possible que ceux qui ont fait de si grandes choses pour conquérir leur liberté, fussent devenus assez lâches pour croupir dans l’esclavage! . Est-il

besoin, pour ranimer vos forces et votre énergie, de vous

retracer les maux auxquels votre faiblesse vous expose ? .

Déjà plusieurs d’entre vous ont été proscrits, exilés pour avoir osé élever la voix. Eh bien! le même sort vous

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menace tôt ou tard. Si l’on vous ménage encore, c’est qu’on vous craint; mais vos dangers sont les mêmes, vous êtes tous proscrits. Si vous tardez plus longtemps, la honte et l’infamie seront votre partage, vos noms ne rappelleront plus ces époques glorieuses de vos triomphes, on ne les prodiguera plus qu’aux Lâches et aux Esclaves.

Sire,

En 17 9^, j’ai eu l’honneur de connaître Votre Majesté, lorsque vous étiez général de brigade. Vous voulûtes bien me confier vos craintes sur les mauvaises intentions que le Comité de Salut public se proposait à votre égard. J’en ai compris toute l’étendue. Vos regrets étaient de quitter votre patrie à laquelle vous étiez tout dévoué. Vos craintes se sont réalisées peu de temps après. Je n’ai pu vous suivre que de mémoire et de cœur. Je vous vois aujourd’hui élevé au poste qui vous était dû par votre rang et votre naissance. Je m’applaudis, ainsi que tous les bons Français, de vous posséder pour notre Roi citoyen. Nous sommes assurés que la France reprendra le rang qu’elle n’aurait jamais dû perdre. Vous pouvez compter sur notre dévouement sans borne. Nous verserons notre sang pour soutenir la cause que vous avez embrassée.

Je suis un des premiers généraux qui ont élé mis à la retraite. Mes couleurs ne convenaient pas au gouvernement déchu. A votre avènement au trône, je me suis empressé de me rendre à Paris pour offrir mes services. J’ai adressé ma réclamation à M. le Ministre de la guerre. Je lui demande le commandement d’une place de premièreligne, ou d’être honoré du titre de général de division.

ATTENDICE

avec la retraite affectée à ce grade, et qu’on me désigne pour organiser et instruire la garde nationale du département d’Ille-et-Vilaine. Je remplirai mes devoirs avec zèle -et fidélité.

J’ai l'honneur d’être avec le plus profond respect,

Sire,

De Votre Majesté

le très humble et très fidèle sujet, le mal de camp

Godart

Paris, 5 septembre 1830.

Rennes , le 11 mai 1834.

Monsieur le Ministre,

J’ai l’honneur de vous rendre compte que M. le baron Godart, maréchal de camp en retraite, venu de S1 Servan à Rennes pour y passer quelques jours, est décédé à l’Hôtel de France, le 8 de ce mois.

Les obsèques ont eu lieu le 9, à six heures du soir. Les honneurs funèbres ont été rendus à cet officier général.

Je suis avec respect,

Monsieur le Ministre,

Votre très humble et très obéissant serviteur

Pr le gaI commdl la 13e divon milaire le Mal de camp Cdt par intérim

DU

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