ARMÉES DU NORD ET DE S AM B R E- E T - M E U S E
bataillon en pied, prenant sa retraite, me laissa le commandement1. Aucun registre de comptabilité, aucun registre de matricule, aucun registre d’ordre ni de correspondance n’avaient été commencés. Le quartiermaître, fripon fieffé, se contentait d’avoir quelques feuilles volantes au moyen desquelles il trompait le conseil d’administration. Il se bornait à dire : Reçu tant, reste en caisse tant ; donc dépensé tant. Telles étaient les raisons dont il payait les membres qui devaient surveiller sa gestion. Avec un pareil administrateur et un conseil d’administration aussi confiant, il n’était pas surprenant que les comptes du bataillon fussent beaucoup embrouillés2. Ce fut à cette époque que le général de division, commandant à Dunkerque, ainsi que les représentants du peuple Carnot et Duquesnoy, vinrent à l’improviste pour les vérifier. Quelle fut leur surprise, quand, au lieu de leur exhiber des registres établis, le quartier-maître 11e leur présenta que des morceaux de papier chiffrés ! Le général proposait déjà de nous faire arrêter l’un et l’autre, et de nous faire conduire dans les prisons de Dunkerque. Ma justification n’était point difficile à leur prouver, puisque je ne commandais le bataillon que depuis peu de jours, et que je pouvais attester que le quartier-maître seul avait continuellement trompé la confiance de mou prédécesseur, et avait
' La nomination officielle de Godait est du l"r août, bien postérieure à la démission de son prédécesseur, août semble être pour avril.
* « Les quartiers-maîtres font tous des fortunes brillantes en un clin d’œil, les commissaires des guerres sont ignorantissimes... les volontaires 11e veulent s'assujettir à aucune discipline, et toutes les prisons de la République ne suffiraient pas pour contenir tous les voleurs et les traîtres. « (Lettre de Carnot à la Convention, 29 avril.) L’affaire du quartier-maître du 6e bataillon du Pas-de-Calais, qui semble s’ètre passée de la fin d’avril an commencement de juin, fut peut-être pour quelque chose dans les impressions de Carnot.
1SAR0N GODAHT.
fait jusqu’alors tout ce qu’il avait voulu. Je m’engageai par exemple à l’avenir à surveiller moi-même, comme je le devais, mon quartier-maître, et à répondre personnellement de l’administration. Le général et les représentants furent pleinement convaincus de ma bonne foi, agréèrent mes assurances, et m’offrirent leur protection au besoin.
Flatté d’avoir pu regagner la confiance de ces messieurs après l'opinion défavorable qu'ils avaient conçue sur mon compte, je redoublai de zèle pour continuer de la mériter, et tâcher de m’instruire dans cette partie de l’administration, que je ne connaissais que très imparfaitement. Je fis sur-le-champ acheter tous les registres qui étaient nécessaires, et j’obtins de mon quartiermaître la promesse qu’il inscrirait désormais exactement toutes les recettes et dépenses, et ferait un journal. J’eus le chagrin, au bout de quinze jours, de voir que rien n’avançait, et, persuadé qu’une plus grande indulgence de ma part envers lui ne servirait qu’à lui faire commettre de nouvelles fautes et à me compromettre moimême aux yeux du général et des représentants, je pris le parti de le faire charger de force sur mon fourgon, avec les registres et tous les papiers qui lui étaient utiles pour travailler, et de le faire conduire, par une escorte de vingt-cinq hommes et un officier, dans les prisons de Dunkerque, où il devait rester jusqu’à ce que son travail fût entièrement terminé. Je rendis compte de cette mesure de rigueur au général et aux représentants qui m’approuvèrent. J’eus lieu de m’en applaudir moi-même, car, au bout de dix-huit jours, tous les comptes furent arrêtés et vérifiés. Quelques jours après, sur la demande du Comité de Salut public, je fis partir cet officier pour Paris où il devait faire partie d’une