‹ Mémoires du général Bon de Marbot (volume 2)Chapitre 11 sur 176 · PRÉPARATIFS DE CAMPAGNE · texte numérisé non relu

PRÉPARATIFS DE CAMPAGNE

Confédération germanique rangés sous la bannière de Napoléon, s'étaient mises en mouvement, et leur marche vers la Pologne n'était ralentie que par la difficulté de se procurer les moyens de nourrir leurs nombreux chevaux, les herbes et même les blés étant à peine hors de terre, à cette époque, dans les contrées du Nord. Cependant, l'Empereur quitta Paris le 9 mai, et, accompagné de l'Impératrice, il se rendit à Dresde, où l'attendaient son beau-père, l'empereur d'Autriche, et presque tous les princes d'Allemagne, attirés, les uns par l'espoir de voir accroître l'étendue de leurs États, les autres par la crainte de déplaire à l'arbitre de leur destinée. Parmi les rois, le seul absent était le roi de Prusse, parce que, ne faisant pas partie de la Confédération du Rhin, il n'avait pas été appelé à cette réunion et n'osait s'y présenter sans l'autorisation de Napoléon I 11 la fit humblement solliciter, et, dès qu'il l'eut obtenue, il s'empressa de venir augmenter la foule des souverains qui s'étaient rendus à Dresde pour faire leur cour au tout-puissant vainqueur de l'Europe.

Les protestations de fidélité et de dévouement qui furent alors prodiguées à Napoléon l'étourdirent au point de lui faire commettre une faute des plus graves dans l'organisation des contingents qui devaient former la grande armée destinée à porter la guerre en Russie. En effet, au lieu d'affaiblir les gouvernements d'Autriche et de Prusse, ses anciens ennemis, en exigeant d'eux qu'ils lui fournissent la plus grande partie de leurs troupes disponibles, que la prudence aurait dû l'engager à faire marcher à l'avant-garde, tant pour épargner le sang français que pour être à même de surveiller ses nouveaux et chancelants alliés, non seulement Napoléon ne demanda que 30,000 hommes à chacune de ces puissances, mais il en forma les deux ailes de son armée I...

Les Autrichiens, sous le prince Schwarzenberg, tinrent la droite en Yolhynie; les Prussiens, auxquels il donna pour chef un maréchal français, Macdonald, occupèrent la gauche, vers l'embouchure du Niémen. Le centre était composé des corps français et des contingents de la Confédération du Rhin, dont la fidélité avait été éprouvée par les campagnes d'Iéna et de Wagram.

Le vice de cette organisation frappa beaucoup de bons esprits, qui voyaient avec peine les ailes de la Grande Armée composées d étrangers restant sur les frontières de leurs pays respectifs et à même de former, en cas de revers, deux armées sur nos derrières, lorsque notre centre, composé de troupes sûres, se serait enfoncé dans l'Empire russe. Ainsi, l'Autriche, qui avait 200,000 soldats sous les armes, n'en mettant que 30,000 à la disposition de Napoléon, en gardait 170,000 prêts à agir contre nous en cas d'insuccès!... La Prusse, bien que moins puissante, avait, outre son contingent, 60,000 hommes en réserve. On s'étonnait donc que l'Empereur tint si peu compte de ce qu'il laissait derrière lui; mais sa confiance était si grande que le roi de Prusse l'ayant prié de permettre que son fils aîné (le roi actuel)^ fît la campagne auprès de lui en qualité d'aide de camp. Napoléon ne voulut pas y consentir. Cependant ce jeune prince eût été un otage précieux, un gage bien sûr de la fidélité de son père.

Pendant que les fêtes se succédaient à Dresde, les troupes de Napoléon sillonnaient le nord de l'Allemagne. Déjà l'armée d'Italie, franchissant les montagnes du Tyrol, se dirigeait sur Varsovie. Les 1^% 2« et 3*" corps français, commandés par les maréchaux Davout, Oudinot et Ney, traversaient la Prusse pour marcher sur la

1 Frédéric- Guillaume IV>

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