‹ Mémoires du général Bon de Marbot (volume 2)Chapitre 126 sur 176 · LE COMTE DE MERFELD · texte numérisé non relu

LE COMTE DE MERFELD

ans auparavant, était venu demander au général Bonaparte, alors chef de l'armée d'Italie, le célèbre armistice de Léoben. C'était lui qui avait rapporté à Vienne le traité de paix conclu entre le gouvernem'ent autrichien et le Directoire, représenté par le général Bonaparte. C'était lui qui, dans la nuit de la bataille d'Austerlitz, avait transmis à l'empereur des Français les propositions d'armistice faites par l'empereur d'Autriche, et comme la singulière destinée du général Merfeld le conduisait de nouveau vers Napoléon au moment où celuici avait à son tour besoin d'armistice et de paix, l'Empereur sourit à l'espoir que cet intermédiaire amènerait encore le résultat qu'il désirait. Mais les choses étaient trop avancées pour que les souverains alliés consentissent à traiter avec Napoléon, dont la proposition seule dénotait un grand embarras. Aussi, quoiqu'ils n'eussent pu nous vaincre dans la bataille du 16, ils ne perdirent pas l'espoir de nous accabler par un nouvel effort de leurs troupes supérieures en nombre, et comptaient beaucoup sur la défection des corps allemands qui se trouvaient encore parmi nous, et dont les chefs, tous membres de la société secrète du Tugenhund, profitèrent du repos que donna l'espèce d'armistice du 17, pour se concerter sur la manière dont ils devaient exécuter leur insigne trahison. La mission du comte de Merfeld n'obtint même pas de réponse.

Le 18 octobre, dès le matin, l'armée des coalisés' commença l'attaque contre nous. Le corps d'armée de cavalerie, dont mon régiment faisait partie, se trouva placé, comme il l'avait été le 16, entre Liebert-AVolkwitz et le Kelmberg, ou redoute suédoise. Le combat, engagé sur tous les points, fut surtout terrible vers notre centre, au village de Probstheyda, qu'attaquèrent à la fois un corps russe et un corps prussien; tous deux furent

repoussés avec des pertes immenses. On se battait sur tous les points. Les Russes attaquèrent très vivement Holzhausen, que Macdonald défendit avec succès.

Vers onze heures, on entendit une canonnade en arrière de Leipzig, du côté de Lindenau, et l'on apprit que, sur ce point, nos troupes venaient de rompre le cercle dans lequel l'ennemi se flattait d'enfermer l'armée 1 française, et que le corps du général Bertrand marchait sur Weissenfeld, dans la direction du Rhin, sans que l'ennemi eût pu l'en empêcher. L'Empereur prescrivit alors d'évacuer les équipages vers Lutzen.

Cependant, le plateau de Leipzig était, vers Connev^itz et Lossnig, le théâtre d'un épouvantable engagement; la terre répétait au loin le bruit des feux précipités d'un millier de canons. Les ennemis tentaient de forcer le passage de la Pleisse. Ils furent repoussés, bien que les Polonais eussent fait manquer quelques-unes des charges à la baïonnette de notre infanterie.

Alors, le l*"'^corps de cavalerie française, voyant les escadrons autrichiens et prussiens venir au secours de leurs alliés, sortit de derrière le village de Probstheyda, et, se précipitant au milieu des ennemis, il les enfonça et les poursuivit jusque sur leurs réserves, qu'amenait le prince Constantin de Russie. Les alliés, encore enfoncés sur ce point, réunirent des forces immenses pour enlever Probstheyda; mais ces formidables masses y furent si bien reçues par quelques-unes de nos divisions d'infanterie et par les chasseurs à pied de la vieille garde, qu'elles reculèrent promptement. Nous perdîmes là les généraux Vial et Rochambeau. Celui-ci venait d'être nommé, maréchal de France par l'Empereur.

Bernadotte, prince de Suède, n'avait point encore combattu contre les Français, et paraissait, dit-on, indécis; mais enfin, stimulé et même menacé par le maréchal

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