PLANS AVORTÉS
le suivant avec sa ténacité ordinaire, le rejoignit sur la route de Mohiiew, et, bien qu'il n'eût en ce moment qu une division de 12,000 hommes, il attaqua et battit les 36,000 Russes de Bagration, surpris, il est vrai, sur un terrain trop resserré pour qu'ils pussent se déployer et mettre en action toutes leurs forces. Bagration, ainsi repoussé, alla passer le Borysthène, beaucoup plus bas que Mohiiew, à Novoï-Bychow, et, désormais à l'abri des attaques de Davout, il put enfin aller rejoindre la grande armée russe à Smolensk.
Dans les marches et contremarches que fit Bagration pour échapper à Davout, il surprit la brigade de cavalerie française commandée par le général Bordesoulle et lui enleva tout le 3' régiment de chasseurs à cheval, dont mon ami Saint-Mars était colonel.
La prise du corps de Bagration aurait eu un résultat immense pour Napoléon; aussi sa colère contre le roi Jérôme qui l'avait laissé échapper fut-elle terrible! Il lui ordonna de quitter sur-le-champ l'armée et de retourner en Westphalie. Cette mesure rigoureuse, mais indispensable, produisit dans l'armée un effet très défavorable au roi Jérôme; cependant, était-il le plus coupable? Son premier tort était d'avoir pensé que sa dignité de souverain s'opposait à ce qu'il reçût les avis d'un simple maréchal. Mais l'Empereur, qui savait fort bien que ce jeune prince n'avait de sa vie dirigé un seul bataillon, ni assisté au plus petit combat, n'avait-il pas à se reprocher de lui avoir confié pour son début une armée de 60,000hommes, et cela dans des circonstances aussi graves?... Le général Junot remplaça ie roi Jérôme et ne tarda pas cà commettre aussi une faute irréparable.
A cette époque, l'empereur de Russie envoya vers Napoléon le comte de Balachoff, l'un de ses ministres. Ce parlementaire trouva l'empereur des Français encore m. 5
àAVilna. On n'a jamais bien connu lo but de cette entrevue. Quelques personnes crurent qu'il s'agissait d'un armistice, mais elles furent promptement détrompées par le départ de M. de Balachoff, et l'on apprit bientôt que le parti anglais, dont l'influence était immense à la cour et dans l'armée russe, ayant pris ombrage de la mission donnée à M. de Balachofl", et craignant que l'empereur Alexandre ne se laissât aller à traiter avec Napoléon, avait liautcment exigé que l'empereur de Russie s'éloignât de l'armée et retournât à Saint-Pétersbourg. Alexandre accéda à ce désir, mais il tint à rappeler également son frère Constantin. Laissés à eux-mêmes et stimulés par l'Anglais Wilsonjles généraux russes ne songèrent qu'à donner à la guerre un caractère de férocité qui pût effrayer les Français. Ils prescrivirent donc à leurs troupes de faire le désert derrière elles, en incendiant les habitations et tout ce qu'elles ne pouvaient enlever!
Pendant que du point central de Wilna, Napoléon dirigeait les différents corps de son armée, la rivière de la Dûna avait été atteinte le 15 juillet par les colonnes que dirigeaient Murât, Ney, Montbrun, Nansouty et Oudinot. Celui-ci, n'ayant probablement pas bien compris les ordres de l'Empereur, fit une marche excentrique, et descendant la Dûna par sa rive gauche, tandis que le corps de AVittgenstein la remontait sur le bord opposé, il se présenta devant la ville de Dûnabourg, vieille place mal fortifiée, dont il espérait enlever le pont, afin de passer le fleuve et d'aller sur la rive droite attaquer en queue AVittgenstein. Mais celui-ci, en s'éloignant de Dûnabourg, y avait laissé une forte garnison et une nombreuse artillerie. Mon régiment faisait comme d'habitude l'avant-garde, que le maréchal Oudinot dirigeait en personne ce jour-là.