‹ Mémoires du général Bon de Marbot (volume 2)Chapitre 24 sur 176 · DUNABOURG · texte numérisé non relu

DUNABOURG

Diinabourg est situé sur la rive droite; nous arrivions parla gauche, qui est gardée par un ouvrage considérable servant de tête au pont de communication situé entre la place et l'avancée que sépare le fleuve, très large en cet endroit. A un quart de lieue des fortifications, qu'Oudinot prétendait n'être pas garnies de canons, je trouvai un bataillon russe, dont la gauche s'appuyait à la rivière et dont le front était couvert par les baraques

' en planches d'un camp abandonné. Ainsi postés, les ennemis étaient fort difficiles à joindre. Le maréchal

- m'ordonna cependant de les attaquer. Après avoir laissé à l'intelligence des officiers le soin d'éviter les baraques en passant par les intervalles qui les séparaient, je commande la charge. Mais à peine le régiment a-t-il fait quelques pas en avant au milieu d une grêle de balles lancées par les fantassins russes, que l'artillerie, dont le maréchal avait nié l'existence, tonne avec impétuosité du haut des fortifications, dont nous étions si près que les boîtes à mitraille passaient au-dessus de nos têtes avant d'avoir le temps d'éclater. Un des rares boulet'; , qui s'y trouvaient mêlés traversa une maison de pêchei c et vint briser lajambe d'un de mes plus braves trompettes qui sonnait la charge à mes côtés!... Je perdis là plusieurs hommes.

Le maréchal Oudinot, qui avait eu le tort grave d'attaquer le camp de baraques ainsi protégé par le canon et la mousqueterie, espéra débusquer les fantassins ennemis en envoyant contre eux un bataillon portugais qui précédait notre infanterie ; mais ces étrangers, anciens prisonniers de guerre, qu'on avait enrôlés en France, un peu malgré eux, se portèrent au feu très mollement, et nous restions toujours exposés. Voyant qu'Oudinot se tenait bravement sous les balles ennemies, mais sans donner aucun ordre, je compris que si cet état de choses

prolongeait encore quelques minutes, mon régînient allait être détruit. J'ordonnai donc à mes chasseurs de 66 disperser et fis sur les fantassins russes une charge en foiirragmrs, qui eut le double avantage de leur faire lâcher pied et d'éteindre le feu des artilleurs, qui n'osaient plustirerde crainte d'atteindre leurs tirailleurs mêlés aux Français. Sabrés par mes cavaliers, les défenseurs du camp s'enfuirent dans le plus grand désordre vers la tète du pont. Mais la garnison chargée de la défense de cet ouvrage était composée de soldats de nouvelles levées qui, craignant de nous y voir entrer à leur suite, fermèrent les portes à la hâte, ce qui contraignit les fuyards à s'élancer vers le pont de bateaux pour gagner l'autre rive et chercher un refuge dans la ville même de Diinabourg.

Ce pont n'avait pas de garde-fou, les barques chancelaient, la rivière était large et profonde, et j'apercevais de l'autre côté la garnison de la place sous les armes et cherchant à fermer ses portes! Aller plus avant me paraissait une folie ! Pensant donc que le régiment en avait assez fait, je l'avais arrêté, lorsque le maréchal survint en s'écriant : « Brave 23% faites comme à Wil- « komir, passez le pont, forcez les portes et emparez- (( vous de la ville! » En vain le général Lorencez voulut lui faire sentir queles difficultés étaient ici beaucoupplus grandes, et qu'un régiment de cavalerie ne pouvait attaquer une place forte, si mal gardée qu'elle fût, lorsque, pour y arriver, il fallait passer deux hommes de front sur un mauvais pont de bateaux : le maréchal s'obstina en disant : « Ils profiteront du désordre et de la terreur des ennemis! » Puis il me renouvela l'ordre de marcher sur la ville. J'obéis; mais à peine étais-je sur la première travée du pont avec le premier peloton, à la tête duquel j'avais tenu à honneur de me placer, que la gar-

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