AFFAIRE DE JAKOUBOWO
Wittgenstein, pour tendre un piège à Oudinot, avait brusquement quitté la route de Pétersbourg pour se jeter sur la gauche et sur l'arrière-garde de l'armée française, qu'il allait attaquer en flanc et en queue! En effet, nous entendîmes bientôt le canon, et peu après la fusillade.
Le maréchal Oudinot, quoique surpris par une attaque aussi imprévue, se tira assez bien du mauvais pas où il s'était engagé. Faisant faire un à gauche aux diverses fractions de sa colonne, il se mit en ligne en face de Wittgenstein, dont il repoussa si vigoureusement les premières attaques que le Russe ne crut pas devoir les renouveler ce jour-là, et se retira derrière Jakoubowo. Mais sa cavalerie avait eu un assez beau succès, car elle avait pris sur nos derrières un millier d'hommes et une partie des équipages de l'armée française, entre autres nos forges de campagne. Ce fut une perte immense, dont la cavalerie du 2« corps se ressentit péniblement pendant toute la campagne. Après cet engagement, les troupes d'Oudinot ayant pris position, la brigade Gastex reçut l'ordre de rétrograder jusqu'à Kliastitsoui, afin de garder l'embranchement des deux routes, où l'infanterie du général Maison vint se joindre à nous. L'officier russe, prisonnier dans la propre maison de son père, nous en fit les honneurs avec beaucoup de grâce.
Cependant, un combat sérieux se préparant pour le lendemain, les commandants des deux armées prirent leurs dispositions, et au point du jour les Russes marchèrent sur la maison de poste de Kliastitsoui où s'appuyait la droite des Français. Bien qu'en de telles circonstances les deux régiments fussent employés, néanmoins celui qui était de service se mettait en première ligne. C'était le tour du 24* de chasseurs. Pour éviter touto iii. 6
hésitation, io brave général Castex vient se placer en tête du régiment, le conduit rapidement sur les bataillons russes, les enfonce et fait 400 prisonniers, en n'éprouvant qu'une perte légère. Castex entra courageusement le premier dans les rangs ennemis; son cheval fut tué d'un coup de baïonnette, et le général, dans sa chiite, eut un pied foulé. Il ne put pendant plusieurs jours diriger la brigade, dont le colonel A... prit le commandement.
Les bataillons russes que le 24^ venait de sabrer avaient été remplacés sur-le-champ par d'autres, qui débouchaient de Jakoubowo et s'avançaient sur nous rapidement. Le maréchal ayant alors envoyé à M. A... l'ordre de les attaquer, celui-ci commanda le passage de ligne en avant! ce que j'exécutai aussitôt. Arrivé en première ligne, le 23% s'étant remis en bataille, marcha vers l'infanterie russe, qui s'arrêta et nous attendit de pied ferme : c'était le régiment de Tamboff. Dès que nous fûmes à bonne portée, je commandai la charge!.,. Elle fut exécutée avec d'autant plus de résolution et d'ensemble que mes cavaliers, outre leur courage habituel, étaient vivement stimulés par la pensée que leurs camarades du 24* suivaient des yeux tous leurs mouvements!... Les ennemis commirent la faute énorme, selon moi, de démunir leur ligne de tout son feu à la fois, en nous tirant une bordée qui, mal ajustée, ne tua ou blessa que quelques hommes et quelques chevaux : un feu de file eût été bien plus meurtrier. Les Russes voulurent recharger leurs armes, mais nous ne leur en laissâmes pas le temps; nos excellents chevaux, lancés à fond de tram, arrivèrent sur eux, et le choc fut si violent qu'une foule d'ennemis furent jetés à terre!... Beaucoup se relevèrent en essayant de se défendre avec la baïonnette contre les coups de pointe de nos chasseurs; mais après avoir essuyé de grandes pertes, ils reculèrent, puis se