‹ Memoires du general Bon de Marbot (volume 5)Chapitre 102 sur 178 · COMBATS EN SILESIE. 2G · texte numérisé non relu

COMBATS EN SILESIE. 2G

Cependant, l'Empereur, dont le projet était de se porter en Bohème, trouvant partout les ennemis prévenus et sur leurs gardes dans cette direction, résolut de marcher sur l'armée prussienne de Silésie et d y faire reprendre l'offensive par les corps français, qui avaient été forcés de se retirer devant Blûcher. En conséquence, Napoléon se rendit, le 20 août, à Lowenberg, où il attaqua une masse considérable de coalisés, composée de Prussiens, Russes et Autrichiens. Divers combats eurent lieu, les 21, 22 et 23, dans les environs de Goldberg, Graditzberg et Bunzlau. Les ennemis perdirent 7,000 hommes, tués ou pris, et se retirèrent derrière la Katzbach.

Pendant un des nombreux engagements qui eurent lieu durant ces trois jours, la brigade Wathiez, qui poursuivait les ennemis, fut arrêtée tout à coup par un large et bourbeux ruisseau, affluent du Bober. Il n'existait d'autres passages que deux ponts en bois, situés à un demi-quart de lieue l'un de l'autre, et que l'artillerie russe couvrait de boulets. Le 24° de chasseurs qui était passé sous le commandement du brave colonel Schneit, ayant reçu l'ordre d'attaquer le pont de gauche, s'y porta avec son intrépidité habituelle; mais il n'en fut pas de même du 11° régiment de hussards hollandais, qui, nouvellement admis dans la brigade, avait pour mission d'enlever le pont de droite. En vain son colonel, M. Licgeard, bon et brave officier, le seul Français qu'il y eût dans ce corps, exhorta ses cavaliers à le suivre, pas un ne bougeait, tant ils ébaient dominés par la peur. Mais comme mon régiment, placé par son tour de service en seconde ligne, recevait presque autant de boulets que le 11» de hussards, je courus sur le front de ce corps pour aider le colonel à décider ses cavaliers à fondre sur l'artillerie ennemie, ce qui était le seul

moyen d'en faire cesser le feu; mais voyant mes efforts infructueux, et prévoyant que la lâcheté des Hollandais ferait perdre beaucoup de monde à mon régiment, je le fis passer devant eux et allais le lancer, lorsque je vis le pont de gauche s'écrouler sous le premier peloton du 24", dont plusieurs hommes et chevaux furent noyés. Les Russes, en se retirant, avaient préparé cet événement, en faisant scier avec une telle habileté les principales poutres destinées à soutenir le tablier que, à moins dètre prévenu, on ne pouvait s'en apercevoir.

A la vue de ce funeste accident, je craignis que les ennemis eussent tendu un piège semblable sur le pont vers lequel je dirigeais la tète de ma colonne; j'arrêtai un moment sa marche afin de faire examiner le passage. Cette inspection était très difficile, car non seulement c'était le pont vers lequel les ennemis braquaient leur artillerie, mais la fusillade d'un de leurs bataillons le couvrait de balles! J'allais donc demander un homme de bonne volonté pour cette périlleuse entreprise, et j'avais la certitude d'en trouver, lorsque l'adjudant Boir vin, que j'avais cassé naguère pour avoir, faute de surveib lance, laissé évader le chasseur condamné à mort, mit pied à terre et vint à moi en disant « qu'il ne serait pas « juste qu'un de ses camarades fût tué en allant recon- « naître le passage, et qu'il me priait de lui permettre « de remplir cette mission, afin de réparer sa faute ». Cette noble détermination me plut, et je répondis ; « Allez, monsieur, et vous retrouverez votre épaulette « au bout du pont!... »

Boivin, s'avançant alors avec calme, au milieu des boulets et des balles, examine le tablier du pont, descend au-dessous et revient me donner l'assurance que tout est solide et que le régiment peut passer!... Je lui rendis son grade; il reprit son cheval, et, se plaçant en tête de

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