‹ Memoires du general Bon de Marbot (volume 5)Chapitre 144 sur 178 · LES PLACES FORTES · texte numérisé non relu

LES PLACES FORTES

connue par ceux-ci, rcndail leur nouvelle proposilion illusoire !...

Nos troupes furent indignées de cet odieux manque de foi; mais que pouvaient entreprendre des détaclieinents isolés de 2 à 3,000 hommes, que les ennemis avaient pris la précaution de faire entourer par des bataillons placés d'avance sur les lieux où chaque petite colonne française devait apprendre la rupture de la capitulation de Dresde? Toute résistance devenait impossible; nos gens furent donc dans la triste nécessité de mettre bas les armes !...

Après la trahison commise sur le champ de bataille de Leipzig, venait la transgression des capitulations, engagements jusque-là sacrés parmi toutes les nations civilisées. Les Allemands n'en ont pas moins chanté victoire, car tout, même l'infamie, leur paraissait permis pour abattre Tempereur Napoléon. Tous les souverains alliés ayant adopté ce nouvel et inique droit des gens, inconnu de nos pères, ils le mirent en pratique à l'égard de la garnison de Danzig.

Le brave général Rapp, après avoir longtemps défendu cette place avec la plus grande vigueur, mais n'aj^ant enfin plus de vivres, consentit à se rendre, à condition que la garnison rentrerait en France. Cependant, malgré le traité signé par le prince de Wurtemberg, commandant h corps d'armée qui faisait le siège, cette condition fut indignement violée, et les courageux défenseurs de Danzig, encore au nombre de i 0,000, furent envoyés comme prisonniers en Russie, où la plupart périrent de misère.

Un des traits les plus saillants de ce siège niéniural»le

fut la conduite d'un capKaiiu; d'infanterie de la garnison,

noiiimi' .M. de Cliauihni'c (]ct olïicii'r. miipli décourage oi

d'intelligence, avait demandé et obtenu l'autorisation de

faire une compnfjnie franche, choisie parmi les plus intrépides volontaires. Celte troupe s'était vouée aux entreprises les plus téméraires. Elle allait pendant la nuit surprendre les postes des assiégeants, pénétrait dans leurs tranchées, dans leurs camps, détruisait leurs ouvrages sous le feu même de leurs batteries, enclouait leurs pièces et allait au loin dans la campagne, enlever ou piller leurs convois. Chambure. s'étant embarqué pendant la nuit avec ses hommes, surprit un cantonnement russe, mit le feu à un parc de munitions, détruisit plusieurs magasins, tua ou blessa plus de cent cinquante hommes, n'en perdit que trois et rentra dans la place, triomphant.

Peu de temps après, M. de Chambure se porte une nuit sur la batterie de brèche, s'en empare, encloue toutes les bouches à feu, et, joignant la raillerie au courage, il dépose dans la gueule d'un mortier une lettre adressée au prince de Wurtemberg et ainsi conçue : « Prince, vos bombes m'empêchant de dormir, je suis « venu enclouer vos mortiers; ne m'éveillez donc plus, « ou je serai forcé de vous faire de nouvelles visites. » En effet, Chambure revint plusieurs fois, réussit constamment et répandit la terreur parmi les travailleurs et les canonniers ennemis. Horace Vernet a popularisé son nom en le représentant au moment où il dépose dans un mortier la lettre adressée au prince de Wurtemberg.

Les nombreuses défections qui se produisirent à cette époque me rappellent lanecdote suivante'. Parmi les

' Dans les garnisons de la plupart dos placos fortes, et notamiiicnl dans celle de Danzig, composées de troupes de diverses ii.it lonalitrs. on <'ut à regretter quelqurs désertions même parmi Ihs oiriciers; ceux-ci trouvèrent dans le <am|> russe l'accueil le plus empressé et nous couibultircnt dans la campagne de France.

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