‹ Memoires du general Bon de Marbot (volume 5)Chapitre 150 sur 178 · MONS. 3S · texte numérisé non relu

MONS. 3S

dat, charger les armes, et ordonnai aux tambours de faire les trois roulements précurseurs de la fusillade!

A ce terrible signal, la foule immense qui encombrait la place se mit à courir tumultueusement vers les rues voisines, où chacun se pressait à lenvi pour chercher un refuge, et peu d'instants après, les chefs du parti autrichien, ayant le maire à leur tète, vinrent me serrer les mains et me conjurer d'épargner la ville! J'y consentis, à condition qu'ils enverraient à la minute porter Tordre aux charbonniers et ouvriers de retourner chez eux. Ils s'exécutèrent avec empressement, et les jeunes élégants les mieux montés s'élancèrent sur leurs beaux chevaux et sortirent par toutes les portes de la cité, pour aller au-devant des masses, qu'ils renvoyèrent dans leurs villages sans que personne y mît d'opposition.

Cette obéissance passive me confirma dans la pensée que l'émeute avait des chefs puissants, et que ma garnison et moi eussions été arrêtés si je n'eusse intimidé les meneurs en les menaçant d'employer tous les moyens, même le feu, plutôt que de rendre à des émeuticrs la ville confiée à ma garde!...

Les Belges sont grands musiciens. Il devait y avoir ce soir-là un concert d'amateurs, auquel mes officiers et moi étions invités, ainsi que M. de Laussat, préfet du département, homme ferme et courageux. Nous convînmes de nous y rendre comme à l'ordinaire, et nous fîmes bien, car on nous reçut parfaitement, du moins en apparence. Tout en causant avec les nobles qui avaient dirigé le mouvement, nous leur fîmes comprendre que ce n'était pas aux populations à décider par la i-éb(ïllion du sort de la Belgicjue, mais bien aux années belligi-i'anles; qu'il y aurait donc folie à eux d'exciter au combat des ouvriers et des paysans el de

faire verser le sang pour h;\ler de quelques jours une solution qu'il fallait attendre.

Un vieux général autrichien retiré à Mons, où il était né, dit alors à ses compatriotes qu'ils avaient eu grand tort de comploter l'arrestation de la garnison, car ceût été attirer de nombreuses calamités sur la ville, puisque des militaires ne doivent jamais rendre les armes sans combattre! Chacun convint de la justesse de l'observation, et à compter de ce jour, la garnison et les habitants vécurent en très bon accord, comme par le passé. Les Montois nous donnèrent même peu de jours après une preuve éclatante de leur loyauté; voici à quelle occasion.

A mesure que l'armée des alliés avançait, une foule de vagabonds, surtout des Prussiens, s'équipaient en Cosaques, et, poussés par le désir du pillage, ces maraudeurs se ruaient sur tout ce qui avait appartenu à Fadininistration pendant l'occupation des Français et s'emparaient même sans répugnance des effets des individus non militaires de cette nation.

Une forte bande de ces prétendus Cosaques, après avoir traversé le Rhin et s'être répandue dans les départements de la rive gauche, avait poussé jusqu'aux portes de Bruxelles et pillé le château impérial de Tervueren, où elle avait enlevé tous les chevaux du haras que l'Empereur y avait formé; puis, se fractionnant en divers détachements, ces maraudeurs parcouraient la Belgique. Il en vint dans le département de Jemmapes, où ils essayèrent de soulever les populations; mais n'ayant pas réussi, ils pensèrent que cela provenait de ce que Mons, le chef-lieu, ne se prononçait pas pour eux, tant était grande la terreur que le colonel qui y commandait avait inspirée aux Montois! Ils résolurent donc de m'enlever ou de me tuer; mais pour ne point me donner

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